Guerre en Iran : Annoncer la durée des combats n’est « jamais une bonne idée »
Vladimir Poutine avait annoncé la prise de Kiev en quelques jours, mais quatre ans plus tard, son armée se débat toujours dans les tranchées ukrainiennes. Selon un haut dirigeant de Téhéran, « la guerre prendra fin lorsque l’Iran décidera d’y mettre fin, et non lorsque Trump le décidera ».
Vladimir Poutine avait prévu la prise de Kiev en quelques jours. Quatre ans plus tard, son armée lutte toujours dans les tranchées ukrainiennes pour gagner quelques mètres carrés. Après les premières frappes en Iran, Donald Trump avait limité son opération « Epic Fury » à « quatre semaines ou moins ». Le président américain a depuis changé de discours, parlant parfois d’une durée plus courte, parfois plus longue.
Samedi marquera un mois depuis le début du conflit en Iran. Bien que le président américain ait déclaré ce jeudi lors d’une conférence de presse que l’opération militaire est « extrêmement » en avance sur le calendrier – « nous les avons anéantis » – il assure que les négociations continuent « sous les bombes ». Récemment, Donald Trump a réitéré que des négociations sont en cours, ce que l’Iran conteste. « La guerre se terminera lorsque l’Iran choisira d’y mettre un terme, et non pas quand Trump le décidera », a déclaré un haut responsable de Téhéran mercredi sur la télévision publique.
### Rassurer l’opinion publique
Comment interpréter ces déclarations ? S’agit-il d’un bluff de la part du président américain pour respecter ses délais ou de véritables négociations secrètes ? Quoi qu’il en soit, « ce n’est jamais une bonne idée » de déclarer la fin d’un conflit avant qu’il ne soit réellement terminé, affirme Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, historien, stratégiste et auteur de *L’ours et le renard – Entretiens sur la guerre en Ukraine* (Perrin). Cette communication vise avant tout à apaiser l’opinion publique. Personne ne souhaite une guerre prolongée, alors les efforts, qu’ils soient économiques ou humains, doivent être les plus courts possibles.
Cette question est d’autant plus pressante pour Donald Trump avec les élections de mi-mandat qui approchent en novembre prochain. « Ceux qui déclarent la guerre sont convaincus qu’ils vont la gagner rapidement », ajoute Michel Goya.
### Une balle dans le pied
Se fixer une limite temporelle revient à se tirer une balle dans le pied. En effet, l’ennemi peut simplement prolonger le conflit pour infliger une première défaite, celle de la communication. Cela donne l’impression d’une perte de contrôle, même au niveau du calendrier. D’autres cas démontrent que l’adversaire peut jouer avec l’information pour reprendre l’ascendant : comme lorsque Barack Obama a annoncé le retrait des troupes américaines d’Afghanistan. « Les talibans n’ont eu qu’à attendre pour saisir le pouvoir », rappelle Yohann Michel, chercheur à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD).
La question de la durée du conflit soulève également celle des ambitions des États-Unis : la chute du régime iranien ? La fin du programme nucléaire ? « Lorsque l’on masque des objectifs de guerre irréalistes, on risque de scier la branche sur laquelle on est perché, car on contraint l’opération sans lui donner les moyens d’y parvenir », insiste Yohann Michel. Cela représente une contrainte temporelle supplémentaire par rapport aux objectifs militaires ou politiques.
### Des estimations « irréalistes »
Les estimations de temps avancées par les chefs d’État sont « trop souvent irréalistes », confie Yohann Michel. « Les promesses d’une guerre courte sont quasiment systématiques, mais les conflits qui se terminent rapidement sont rares », précise-t-il. Dans le cadre du conflit au Moyen-Orient, les États-Unis sont partagés avec Israël, dont les objectifs ne coïncident pas nécessairement avec les leurs. Cette semaine, à l’opposé des déclarations de Donald Trump, Benyamin Netanyahou a affirmé qu’il continuerait les frappes en Iran et au Liban.
L’ennemi a aussi son mot à dire. « Ce n’est pas parce qu’un jour Donald Trump va dire « ça suffit » que l’Iran va obligatoirement cesser d’envoyer des missiles ou de débloquer le détroit d’Ormuz », souligne Yohann Michel. « Personne ne peut prédire l’évolution de cette guerre et sa conclusion. Elle est complexe, imprévisible et à distance… Il n’existe pas d’avancées sur le front qui permettent de déterminer la direction », ajoute Michel Goya, en soulignant les différentes « batailles simultanées » qui alourdissent les coûts déjà considérables de cette guerre.
Donner une date limite peut permettre de « masquer des objectifs flous ou irréalistes », notamment dans le cadre du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Lorsque les bombardements cesseront, Donald Trump devra justifier une victoire. « Donald Trump parvient à rester suffisamment flou et affirme tout et son contraire. Il pourra toujours dire »je vous l’avais bien dit » », conclut Michel Goya. Reste à savoir quand il prononcera cette phrase pour clore le conflit.

