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Guerre économique : l’Europe ne doit pas craindre le retrait de Visa et MasterCard.

Wero revendique 47 millions d’utilisateurs sur l’ensemble des marchés où la solution a été lancée. Le cadre législatif de la version dématérialisée de l’euro fait actuellement l’objet d’un débat au Conseil et au Parlement européen, et la mise en circulation de l’euro numérique n’interviendrait pas avant 2028.

Edit 14h30 : Mise à jour du nombre d’utilisateurs de Wero revendiqués

La relation entre les Européens et les États-Unis se dégrade de plus en plus. Concernant le Groenland, que le président américain souhaite voir intégrer les États-Unis, Donald Trump menace d’imposer des surtaxes douanières aux pays qui s’y opposeraient, y compris la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. En ce qui concerne le refus d’Emmanuel Macron de rejoindre son « Conseil de paix », le président républicain a réagi en menaçant d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français. Si les taxes douanières constituent un moyen de rétorsion privilégié, elles ne sont pas les seules armes à la disposition de l’ancien allié.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les États-Unis ont intensifié les sanctions individuelles, principalement via l’Office for Foreign Assets Control (OFAC), une agence du département du Trésor américain. Parmi ceux visés par ces sanctions se trouve le juge français de la Cour pénale internationale (CPI) Nicolas Guillou, impliqué dans le mandat d’arrêt visant le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui a témoigné en octobre des difficultés auxquelles il est confronté au quotidien. « Ces sanctions […] interdisent à toute personne physique ou morale américaine, y compris leurs filiales à l’étranger, de fournir des services à une personne sous sanctions, que ce soit contre rémunération ou gratuitement », a-t-il expliqué.

Visa et MasterCard représentent 69 % des transactions par carte en zone euro

En conséquence, les comptes de ce juge auprès « d’entreprises américaines sont fermés », comme « Airbnb, Amazon, Paypal », et « les paiements sont la plupart du temps supprimés ». Cela s’explique par le fait que les entreprises américaines Visa et MasterCard représentent 69 % des transactions par carte en zone euro, selon la Banque de France. Quant aux solutions de paiement comme Apple Pay et Google Pay, elles sont également américaines.

En cas de rétorsion contre les Européens, les États-Unis pourraient-ils décider de couper les services de Visa et MasterCard aux Européens, comme cela a été le cas pour Nicolas Guillou ? « Non seulement c’est techniquement possible, mais c’est aussi très simple », rapporte Joël-Alexis Bialkiewicz, président de DeluPay et expert des infrastructures de paiement en France. « Visa et Mastercard étant soumises au droit américain, si demain l’OFAC décide de sanctionner un pays ou toute l’Union européenne, ces réseaux devront obéir. On l’a vu notamment avec l’Iran. Des entreprises européennes parfaitement légales au regard du droit européen ont été coupées des réseaux de paiement américains, du jour au lendemain ».

Dépendance européenne aux systèmes de paiements américains

Une telle mesure serait économiquement désastreuse, entraînant d’importantes perturbations économiques. Elles toucheront les consommateurs, mais également les entreprises et les systèmes financiers des deux côtés de l’Atlantique. « Ce serait économiquement douloureux pour les États-Unis, mais sans commune mesure avec le coût pour l’Europe », selon Joël-Alexis Bialkiewicz, qui évoque une « asymétrie totale » dans les relations transatlantiques, au profit des États-Unis.

Si le scénario d’une coupure est aujourd’hui théorique, il illustre la dépendance actuelle de l’Europe vis-à-vis des systèmes de paiement américains. En effet, 25 ans après l’introduction de l’euro, une solution numérique de paiement paneuropéenne et souveraine reste à développer. L’alternative la plus avancée à l’heure actuelle est Wero, un portefeuille de paiement numérique paneuropéen basé sur les virements instantanés SEPA, développé par l’European Payments Initiative (EPI), un consortium de banques européennes. Utilisable en magasin, en ligne et entre particuliers, cette solution fonctionne dans l’Union européenne et est indépendante de Visa et MasterCard. Au début de l’année, Wero revendiquait 47 millions d’utilisateurs sur les marchés où la solution a été lancée. Cependant, son déploiement à l’échelle européenne est encore lent, et l’acceptation par les commerçants est limitée. « Wero n’est pas encore au point pour les paiements, contrairement à DeluPay », indique Joël-Alexis Bialkiewicz. « Si nous avons quelques milliers d’utilisateurs aujourd’hui en France, notre solution est capable, demain, de traiter des centaines de milliers, voire des milliards de transactions dans toute l’Europe ».

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Concernant l’euro numérique, soutenu par la Banque centrale européenne, le cadre législatif de la version dématérialisée des pièces et des billets est actuellement en discussion au Conseil et au Parlement européens. La finalisation du projet de règlement est attendue pour courant 2026. Ce projet devrait permettre des transferts d’argent entre particuliers ainsi que des paiements par téléphone et par carte chez les commerçants et en ligne. Fonctionnant également « hors ligne », son plafond serait, selon les discussions actuelles, fixé à 3.000 euros. Toutefois, la mise en circulation de l’euro numérique ne devrait pas intervenir avant 2028. Un délai considérable au regard des déclarations menaçantes presque quotidiennes des États-Unis.