France

Guerre au Moyen-Orient : Qeshm, perle touristique et verrou stratégique.

Dans le contexte de la guerre entre les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, qui est contrôlé par les Gardiens de la révolution iraniens. Selon le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (CAREP), une usine de dessalement d’eau de mer a été la cible d’une frappe attribuée à Israël le 8 mars, laquelle a été suivie le lendemain de représailles iraniennes sur une usine de dessalement au Bahreïn.


Dans la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui s’étend à l’ensemble du Moyen-Orient, c’est l’approvisionnement en pétrole qui préoccupe principalement Donald Trump et ses alliés, plus que les victimes. En effet, 20 % de la consommation mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe Persique au Golfe d’Oman et est contrôlé par les Gardiens de la révolution iraniens, notamment depuis l’île de Qeshm. Cette île est devenue un lieu à la fois touristique et militaire.

Avec ses 1 500 km², Qeshm est la plus grande île du Golfe Persique, située en face de la ville de Bandar Abbas, et à 150 km de Dubaï, de l’autre côté du détroit. En temps de paix, Qeshm est une destination prisée des touristes en Iran, ayant même droit à une page entière sur le site du Routard. Outre sa mangrove protégée au nord et son géoparc classé à l’UNESCO, plusieurs sites remarquables y sont recensés, tels que la vallée des étoiles et la grotte de sel de Namakdan. Les visiteurs peuvent y faire des excursions en bateau, découvrir des villages traditionnels, visiter des petits ports de pêche et randonner dans des paysages rappelant le Grand Canyon.

Cependant, la situation géographique stratégique de Qeshm a conduit l’Iran à développer des infrastructures militaires sur l’île. Au sud, en effet, se trouve une base de la marine iranienne où sont stationnés des catamarans lance-missiles, visible sur Google Earth, à proximité d’un joli port de pêche et d’un lac ouvert à la baignade. Sur la même côte, un autre port apparemment ordinaire accueille des embarcations militaires. Selon la BBC, il abrite des vedettes rapides de la marine iranienne, armées de missiles anti-navires, ainsi que des hors-bords civils adaptés avec des missiles et des mitrailleuses, d’après le site hisutton.

Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) rapporte également la présence de plusieurs centres de missiles disséminés sur Qeshm, incluant des installations « souterraines » protégées par « cinq couches de béton et de terre ». Par ailleurs, le site israélien Alma indique que l’île est dotée d’une base de lancement de drones de type Shahed-171 et Saegheh-1, identifiés sur des images satellites de 2023. Il est à noter que le drone mentionné par Alma n’apparaît plus sur les images de Google Earth actuelles, qui datent également de 2023.

Ainsi, Qeshm revêt une importance stratégique sur plusieurs niveaux. Sa position offre à l’Iran des possibilités d’interventions maritimes rapides, renforcée par ses ressources, en particulier en eau. Des usines de dessalement d’eau de mer y sont installées, fournissant de l’eau douce à des millions de personnes. Une de ces usines a été visée par une frappe que l’Iran attribue à Israël le 8 mars, selon le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (CAREP). Cette attaque a été suivie le lendemain de représailles iraniennes contre une autre usine de dessalement au Bahreïn, suscitant des inquiétudes quant à un déplacement du conflit vers la problématique de l’eau, selon le CAREP.