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Guerre au Moyen-Orient : les casques bleus au Liban, « force inutile »

Trois soldats indonésiens sont morts dans le Sud Liban en deux jours, faisant partie des casques bleus déployés par la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul). Le mandat de la Finul, visant à « rétablir la paix et la sécurité internationales », ne semble pas atteint, avec 1.238 personnes tuées depuis le début des combats entre Israël et le Hezbollah, dont 124 enfants.


En l’espace de deux jours, trois soldats indonésiens ont perdu la vie dans le Sud Liban. Ils n’étaient engagés ni aux côtés du Hezbollah libanais, ni du côté israélien. Ces soldats faisaient partie des casques bleus déployés sur place, au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul), dont la mission est de veiller au maintien de la paix le long de la frontière avec Israël. Cette opération a été mise en place par le Conseil de sécurité de l’ONU il y a presque 50 ans, mais les résultats sont préoccupants, attestant du bilan humain le plus lourd de toutes les missions de maintien de la paix de l’ONU.

Au moment de la création de la Finul en 1978, son objectif était de « confirmer le retrait israélien du Liban, de rétablir la paix et la sécurité internationales et d’aider le gouvernement libanais à recouvrer son autorité effective dans la région ». Cependant, les événements qui ont suivi ont été troublés. Avec l’invasion israélienne de 1982, la guerre de 2006 et la nouvelle invasion par Israël en 2024, la Finul a été chargée à chaque fois de surveiller le cessez-le-feu et de garantir l’accès humanitaire pour les civils.

Les hostilités dans le sud Liban n’ont jamais cessé et se sont intensifiées, notamment après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, à la fin février dernier. La présence de la Finul, composée de 8.195 personnels, n’y change rien. « Mes camarades là-bas l’appellent la Force inutile des Nations Unies au Liban », ironise Guillaume Ancel, écrivain et ancien officier de l’armée française ayant servi plusieurs fois sous mandat de l’ONU.

Les récents incidents montrent que la présence de casques bleus ne parvient pas à préserver la paix au Liban. « Leur présence dérange quand même, surtout les Israéliens qui n’apprécient pas que des militaires observent leurs actions », indique l’ancien soldat. L’ONU a mentionné des circonstances inconnues concernant les explosions ayant causé la mort de ses trois casques bleus, dimanche et lundi, mais atteste tout de même de tirs ciblés. L’un de ces tirs a eu lieu « dans une position de la Finul » et l’autre a « détruit leur véhicule ». Le week-end dernier, le chef d’état-major de la Finul, le général français Paul Sanzey, a été mis en joue par des soldats israéliens, et un convoi logistique du contingent militaire onusien a été touché par des tirs de l’armée israélienne.

« Ce n’est pas la première fois que des soldats de la Finul sont pris à partie par des militaires israéliens, qui leur ordonnent de s’arrêter et de partir, c’est à peine s’ils n’ont pas été désarmés », précise Guillaume Ancel. Selon lui, les casques bleus auraient dû passer en force, car ils ne sont pas censés recevoir d’ordres de l’armée israélienne. « Mais les soldats de la Finul ont interdiction de riposter, que ce soit contre les Israéliens ou contre le Hezbollah. Cela leur enlève toute forme d’autorité et les autres le savent », déplore l’ancien militaire. Pourtant, en 2006, avant d’envoyer 2.000 soldats français pour renforcer la Finul, le président Jacques Chirac avait demandé à l’ONU des clarifications concernant les règles d’engagement, lesquelles devaient garantir la liberté de circulation de la force et sa capacité d’action face à d’éventuelles situations hostiles.

Ce « paradoxe » des casques bleus, Guillaume Ancel l’a expérimenté à Sarajevo lors de la guerre en ex-Yougoslavie. « Nous avions pour ordre de ne jamais riposter. Les Serbes, une fois qu’ils l’avaient compris, tiraient sur nous et nous, nous leur envoyions des lettres de  »strong protest » ». Toutefois, la Charte des Nations unies permet l’usage de la force dans le cadre de ses missions de maintien de la paix, et cette possibilité est largement détaillée dans les deux volumes du « Manuel du bataillon d’infanterie des Nations Unies ». Dans la section 2.5.3, il est clairement stipulé que l’usage proactif de la force est acceptable en cas de « légitime défense » ou pour « défendre le mandat » des casques bleus. En pratique, cette situation est survenue rarement, comme au Congo ou au Mali.

En plus de l’ex-Yougoslavie, où les massacres n’ont pu être empêchés par les casques bleus de l’ONU, le génocide au Rwanda constitue un autre exemple. À l’époque, l’assassinat de dix casques bleus belges chargés de la protection du Premier ministre n’a entraîné aucune riposte, à part le retrait du contingent belge de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Pour l’ancien militaire, « laisser l’impunité se répandre chez les agresseurs » mine l’autorité des casques bleus.

Concernant le Liban, le mandat initial de la Finul, axé sur « le rétablissement de la paix et de la sécurité internationales », n’est clairement pas atteint. Selon des chiffres fournis par le ministère libanais de la Santé, relayés par BFM, 1.238 personnes ont été tuées depuis le début des combats entre Israël et le Hezbollah, dont 124 enfants, 87 femmes et 52 personnels soignants et secouristes. Israël a également exprimé sa volonté de réoccuper durablement une partie du sud Liban. La Finul, qui ne pourra pas s’y opposer, est contrainte de quitter le Liban à partir de la fin 2026, conformément à une résolution de l’ONU votée l’été dernier à la demande des États-Unis et d’Israël. Au cours de ces presque 50 années de mission, l’ONU a perdu plus de 340 de ses personnels. Le Département des opérations de paix (DPO) de l’ONU n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes.