Guerre au Moyen-Orient : « Le marché est tellement volatil »… Quel prix pour l’essence ?
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient il y a un mois, le prix du gazole a battu un nouveau record absolu depuis 1985 en France, atteignant 2,188 euros en moyenne la semaine dernière. Les économistes conviennent que l’État ne peut pas aider tout le monde face à cette hausse historique des prix des carburants, en raison de l’état des finances publiques.
Pour les automobilistes, faire le plein est devenu de plus en plus compliqué depuis le début du conflit au Moyen-Orient il y a un mois. La situation est devenue encore plus préoccupante ces deux dernières semaines avec une flambée des prix des carburants. La semaine passée, le prix du gazole a atteint un nouveau record, culminant à 2,188 euros le litre en moyenne en France, et bien plus dans certaines stations.

Et rien n’indique que cette hausse des prix va se stabiliser bientôt si le conflit se poursuit. Mais jusqu’où les prix du gazole et de l’essence pourraient-ils grimper ? « C’est impossible à prédire », déclare Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’observatoire Cetelem.
Comment expliquer une telle flambée des prix du carburant ?
Il est en effet possible de parler de choc pétrolier avec une augmentation des prix observée en quelques semaines. Avant le début des frappes en Iran, le prix du baril de Brent se situait autour de 65 dollars. Les prévisions indiquaient déjà que ces prix allaient rester assez constants en 2026, fluctuants entre 60 et 70 dollars le baril. Cette stabilité était due à une abondante offre de pétrole et à une demande relativement stable, surtout de la Chine. La guerre a, cependant, modifié cette dynamique, notamment en raison du blocus du détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial, entraînant un choc sur l’offre et une augmentation inévitable des prix.
Cette flambée va-t-elle se poursuivre ? Et si oui, jusqu’où les prix peuvent-ils grimper ?
Il est très difficile, voire impossible, de prédire ce qui se passera prochainement. Cela dépendra évidemment de la durée du conflit et du blocus du détroit d’Ormuz. Si la situation s’améliore demain, une baisse des prix pourrait être envisagée. Cependant, retrouver le prix de 65 dollars le baril semble incertain. Il faut également tenir compte d’un paramètre encore indisponible à l’heure actuelle : l’évolution de la demande. Si la croissance économique mondiale s’avère moins forte que prévu, comme cela semble se dessiner, la demande en pétrole diminuera, influençant alors les prix.
Mais si la guerre perdure, les prix à la pompe vont forcément augmenter ?
Pas nécessairement, car des prix aussi élevés peuvent inciter à une augmentation de l’offre de pétrole sur le marché. Des puits de pétrole non conventionnels aux États-Unis ou dans d’autres régions, qui n’étaient pas rentables à 60 euros le baril, pourraient redevenir exploitables à plus de 100 dollars. Ainsi, l’offre pourrait s’accroître si le choc pétrolier se prolonge. Toutefois, il faut faire preuve de prudence, car le marché est extrêmement volatile. En moins de 48 heures, le prix du baril a chuté de 115 dollars à moins de 100 dollars simplement en raison des déclarations de Trump. Les fluctuations sont donc quotidiennes. Même si cette baisse se confirme, elle ne se répercutera pas immédiatement à la pompe. Pour cela, il faudrait que le prix du baril descende durablement sous les 100 dollars. Mais encore une fois, nul ne peut prédire l’évolution du marché, tant cela reste incertain.
Que peut faire l’État face à cette hausse historique des prix des carburants ?
Les marges de manœuvre de l’État sont très limitées en raison de la situation des finances publiques. Il ne peut pas apporter une aide généralisée à tous, car il ne dispose pas des ressources nécessaires. Selon les économistes, il est également préférable de ne pas aider tout le monde de la même manière. La crise est très inégalitaire et impacte particulièrement les ménages modestes ou ceux vivant dans des zones rurales, qui dépendent de leur véhicule. Par conséquent, baisser les prix pour tout le monde inclurait également ceux qui ne rencontrent pas de difficultés financières et pour qui une hausse de 25 euros sur un plein ne représente pas un problème.
Notre dossier sur le prix des carburants
Vous défendez donc le principe d’aides ciblées ?
Oui, et je plaide encore plus en faveur d’aides durables pour promouvoir l’électrification du parc automobile. Cette crise pétrolière pourrait servir d’électrochoc. Actuellement, ceux qui roulent entièrement à l’électrique se sentent en sécurité, et cela se reflète chez les concessionnaires qui constatent un afflux de clients désireux de passer à l’électrique. Plus les prix augmentent, plus la voiture électrique devient compétitive.

