Groenland : Trump ne veut pas de Saint-Pierre-et-Miquelon en danger ?
Donald Trump souhaite acquérir le Groenland, qui est sous la souveraineté du Danemark, entraînant des préoccupations parmi les puissances européennes. La sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, Annick Girardin, a exprimé ses inquiétudes auprès d’Emmanuel Macron concernant un projet de transfert de contrôle d’une partie de l’espace aérien français au Canada, qu’elle qualifie « d’abandon manifeste » de souveraineté.
Dans un nouveau contexte mondial tendu, les ambitions expansionnistes de Donald Trump suscitent de plus en plus d’inquiétudes parmi les puissances européennes, particulièrement vis-à-vis des territoires proches des États-Unis. Le dernier cas en date est celui du Groenland, que le président américain souhaite acquérir du royaume du Danemark. D’autres régions pourraient-elles être en danger ?

Des interrogations émergent au sujet des menaces potentielles pesant sur Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel autonome sous la souveraineté de la France, à l’instar du Groenland avec le Danemark, situé à proximité du Canada, lui-même convoité par Donald Trump. « Tant qu’il n’y a pas d’hydrocarbures ou de terres rares, vous n’avez pas à vous inquiéter », déclare Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur à l’IRIS et enseignant à Sciences Po. « L’avantage majeur de Saint-Pierre-et-Miquelon par rapport au Groenland, c’est que Donald Trump ignore même son existence, tout comme une grande majorité des Américains », confie-t-il à 20 Minutes. « Votre meilleure protection, c’est l’ignorance », insiste le chercheur.
Cependant, selon ce spécialiste des États-Unis, la question se trouve ailleurs : « Pourquoi ce retournement assez soudain de Donald Trump concernant le Groenland [qui a retiré sa menace de droits de douane] après sa rencontre avec le chef de l’OTAN, Mark Rutte ? » s’interroge Jeff Hawkins. À mon avis, il y a eu d’autres pressions. Peut-être de son parti, des sénateurs et des députés, ou des sondages montrant la grande réticence de l’électorat américain à envisager une telle acquisition du Groenland, surtout à l’approche des élections de mi-mandat… ».
Petit, mais bien placé
Si l’éventualité d’un intérêt américain pour Saint-Pierre-et-Miquelon semble très improbable, ce petit territoire français de 245 km² et d’à peine 6 000 habitants pourrait malgré tout susciter des convoitises ou tomber sous l’influence du Canada. Il est stratégique, situé à quelques kilomètres au sud de Terre-Neuve et dans les eaux de l’Atlantique Nord.
Récemment, la sénatrice de l’archipel, Annick Girardin, a exprimé ses inquiétudes auprès d’Emmanuel Macron suite à l’annonce d’un projet de transfert au Canada du contrôle d’une partie de l’espace aérien français au-dessus de l’archipel. Elle qualifie cette initiative d’« abandon manifeste » de souveraineté, même si le gouvernement justifie cette démarche par des raisons techniques et administratives. Quoi qu’il en soit, elle souligne : « Comment prétendre défendre notre influence diplomatique, notre crédibilité stratégique […] si nous ne sommes pas en mesure de protéger nos propres territoires ? »
Est-il trop tôt pour s’en préoccuper ? « Le Groenland est un peu un modèle pour d’éventuelles conquêtes », note Jeff Hawkins. En déconstruisant les arguments sécuritaires, militaires et économiques avancés par Donald Trump, le chercheur propose l’hypothèse d’une recherche d’hégémonie et de territoire. « Cette insistance à se positionner sur ce territoire s’inscrit dans une mentalité du XIXe siècle, visionnant l’Amérique comme une puissance continentale et régionale. Donald Trump y voit un héritage, celui d’avoir agrandi l’Amérique, d’avoir ajouté un vaste territoire. Or, acquérir Saint-Pierre-et-Miquelon n’agrandirait pas l’Amérique, ça ne changerait rien », sourit Jeff Hawkins. « Mais on ne sait jamais avec Donald Trump. »

