Grève du 9 janvier : Pourquoi les transports roulent-ils (plutôt) bien dans les grandes villes de province ?

Tramway à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes

  • A Paris, seules deux lignes de métro fonctionneront normalement ce jeudi, pour le nouvel appel à la mobilisation contre la réforme des retraites.
  • Dans les grandes villes de province, quelques perturbations sont à prévoir, mais les tramways et les métros rouleront plutôt bien.
  • Que les réseaux de ces métropoles soient gérés par Keolis ou en régie, les conducteurs sont calés sur le régime général des retraites, et ne bénéficient pas de régime spécial, ce qui explique une moindre mobilisation.

Au 35e jour de grève contre le projet de réforme des retraites, la mobilisation reste forte à la SNCF comme à la RATP. Pour la nouvelle journée de mobilisation de ce jeudi 9 janvier, seules deux lignes de métro circuleront normalement à Paris, et seulement 50 % des Transiliens. Une galère quotidienne depuis plus d’un mois pour les usagers de la capitale et de sa banlieue.

Dans les transports en commun des grandes villes de province, la grève est en revanche presque indolore pour les usagers depuis un mois… Elle n’est en tout cas absolument pas comparable avec ce qu’il se passe en Ile-de-France. Exemple à Nantes, où le réseau de la Tan n’a quasiment pas été perturbé depuis le début du conflit, ou alors par la tenue des manifestations qui coupent les lignes les jours concernés.

« Pas de grévistes tous les jours »

A Bordeaux, l’entreprise privée Keolis (dont la SNCF est actionnaire à 70 %) qui gère le réseau TBM, annonce un taux de grévistes de 24 % chez ses conducteurs pour ce jeudi, ce qui aura certes des conséquences sur le trafic avec un tram toutes les 7’30, mais toutes les lignes circuleront de 5h à 1h.

Surtout, « contrairement à ce qu’il se passe à Paris, nous n’avons pas de grévistes tous les jours, explique Eric Moinier, directeur de Keolis Bordeaux Métropole : ils se manifestent durant les journées de mobilisation nationale, leur stratégie étant d’être centrés sur quelques jours où ils vont essayer de mobiliser davantage. »

« Pour nous, c’est 62 ans comme tout le monde »

La raison de cette moindre mobilisation est toute simple : chez Keolis, qui gère les réseaux de transports de Bordeaux, Rennes, Lyon, et Lille, « nous sommes sur le régime général des retraites, explique Eric Moinier, donc nos salariés ne sont pas concernés par les régimes spéciaux qui sont en vigueur pour les cheminots à la SNCF, ou à la RATP. »

Et c’est la même chose dans les réseaux gérés en régie, comme à Nantes, Nice, Marseille, Strasbourg et Toulouse. Ainsi, chez Tisséo à Toulouse, « il n’y a pas d’avantage particulier », précise la direction des ressources humaines. « Pour nous, c’est 62 ans comme tout le monde, même si les gens pensent à tort qu’on est au même régime que nos collègues de la RATP », explique Benjamin Borderes, syndicaliste à la régie et responsable national de la Fédération nationale des chauffeurs routiers.

« Il y a un amalgame qui est fait, car nous sommes bien au régime général, confirme Mathieu Obry, délégué CGT chez Keolis Bordeaux Métropole. Il n’empêche que nous restons farouchement opposés à cette réforme, c’est pourquoi nous nous mobilisons, même si nous préférons cibler certaines journées, notamment aux appels de la confédération. »

La mobilisation du 5 décembre à Bordeaux, « l’une des plus fortes de l’histoire récente du réseau »

Les syndicats ont d’ailleurs réussi, ponctuellement, à mobiliser fortement leurs troupes. A Marseille, où le réseau sera aussi partiellement impacté ce jeudi, le trafic avait été fortement perturbé le 5 décembre, notamment au niveau des bus. A Strasbourg, où les syndicats CGT et CFDT « ont déposé un préavis illimité pour pouvoir agir quand ils le souhaitent », la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) s’attend à une mobilisation « certainement forte ce jeudi 9 janvier. »

A Bordeaux, « nous étions partis très haut le 5 décembre, avec 62 % de grévistes chez les conducteurs », rappelle pour sa part Mathieu Obry. « Cette mobilisation du 5 décembre est sans doute l’une des plus fortes de l’histoire récente du réseau » concède le directeur de Keolis. « Ensuite nous étions descendus très bas, à moins de 10 %, et là ça remonte, même si personnellement je suis déçu par la mobilisation de ce jeudi, analyse Mathieu Obry. Il faut savoir que nous avons un délai de prévenance : un préavis doit être déposé quinze jours à l’avance, et l’appel à la grève 48 h à l’avance, cela peut jouer dans la mobilisation. Il y a aussi des personnes qui ont déjà fait cinq jours de grève en décembre, et qui lèvent peut-être un peu le pied. Mais je ne suis pas inquiet sur les futures actions, car il y aura un roulement au niveau des conducteurs. »

A Toulouse, le syndicaliste Benjamin Borderes prédit même « un mouvement beaucoup plus dur, une fois que la vraie réforme sera connue ».

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