Grève du 5 décembre : Télétravail, réveil aux aurores, RTT ou nuit chez belle-maman… En préparation pour un « jeudi noir »

Dans une station de métro à Paris, en novembre 2007, en période de grève dans les transports. — MEIGNEUX/SIPA

  • Contre la réforme des retraites, un appel à la grève illimitée est lancé à compter de jeudi à la SNCF et la RATP.
  • Pouvant difficilement se rendre au bureau, certains vont opter pour le télétravail.
  • Mais pour d’autres qui n’ont pas cette possibilité, il faudra être très patient. Ou poser un congé.

Quel plan B pour le jour J (et ceux d’après) ? Inscrit au calendrier social depuis des semaines, ce jeudi 5 décembre s’annonce noir. Pour faire barrage à la réforme des retraites , plus de 150 manifestations sont prévues dans le pays, et les transports, notamment franciliens, risquent la paralysie. Les perturbations devraient démarrer dès mercredi soir, sachant que les premières prévisions de trafic sont attendues mardi en fin d’après-midi.

Pour les usagers, la galère s’annonce donc massive et longue, avec un appel à la grève illimitée. D’ailleurs, près de 4 Français sur 5 (78 %) estiment que les grévistes vont longuement pénaliser leur quotidien à partir du 5 décembre, selon un sondage Yougov. Mais comment les personnes concernées vont-elles faire pour aller bosser ? Ont-elles trouvé une solution pour jeudi, et pour les jours suivants si la situation s’enlise ? 20 Minutes leur a posé la question.

Pour les mieux lotis, du télétravail

Pour les travailleurs les plus chanceux, la galère dans les transports va se résoudre via… l’absence de transports. « (Mon) responsable nous permet de faire du télétravail lors de ce type d’événements exceptionnels (pour la canicule, également), et nous met à disposition du matériel (ordinateur portable, logiciel…) », indique Oriane, l’une des internautes qui a répondu à notre appel à témoignages. Mélissa, qui travaille à la Défense, a les mêmes facilités. « Sans moyen de transport, ce sera télétravail assuré » avance-t-elle.

Hors de question, donc, d’aller se battre pour espérer monter dans un wagon. « Une journée noir fluo s’annonce, prédit Fabien, qui a la même stratégie. Je passe 4h40 dans les transports par jour ; en période de grève, c’est plutôt six voire sept heures. C’est juste impossible à vivre. Résultat : travail à distance, formation sur Internet ». Mais le joker télétravail risque d’avoir ses limites, comme l’estime un autre internaute : « Cette solution, viable sur quelques jours, est complexe à appréhender pour une grève qui pourrait durer. De plus, (ma) société étant américaine, la notion de grève totale est très peu connue et comprise ».

Pas le choix, faut y aller

Adeline habite à 25 km de son travail et doit traverser Paris. Elle prévoit aussi du home office si la grève perdure, mais pour jeudi, elle va simplement avancer son réveil. « En temps ordinaire, je mets 1h30 en transports pour un aller et autant pour le retour. Comme mon métier privilégie le présentiel, je prendrai la voiture et partirai à 5 heures du matin ». L’amplitude horaire, c’est aussi ce que va devoir gérer Frédérique, employée en crèche : « Je dois y aller et j’ai 1h50 de trajet en temps normal, autant le soir. Plus de congés, pas les moyens de faire grève. D’autant plus que ça ne sera pas une grève d’une journée ! », s’inquiète-t-elle. Beaucoup, comme elle, n’auront pas d’autre choix que de prendre la direction du boulot… et d’y arriver. « Si je ne viens pas, (mon employeur) ne reconduira pas mon contrat », explique Gwen. « J’ai obtenu la possibilité de faire du télétravail pour le 5 décembre. (Mais) je ne peux pas prendre plusieurs jours de télétravail et je n’ai pas assez de congés… Si je n’ai pas la possibilité de me rendre au travail, je risque de perdre mon apprentissage, et ainsi mon école, alors qu’il ne me reste que quelques mois avant d’être diplômée », ajoute Emilie.

Ils prendront peut-être la voiture, malgré le trafic. Jean prévoit de faire 50 km aller-retour. Il a calculé : il en aurait pour « 4h15 à pied de chez (lui). » Quant à Emmanuel, le programme – déprimant – de jeudi semble déjà tout tracé : « Me lever plus tôt, sortir la voiture, payer de l’essence en plus d’une carte de transport qui ne sert à rien, polluer, ronger mon frein dans les bouchons, éviter l’accident, trouver une place pour me garer, arriver en retard, subir une remontrance du chef de service, perdre mon emploi ».

Budget, potes et belle-maman

Pour certains, la question ne va pas être « comment aller au boulot ? », mais plutôt « pour combien ? ». Coralie travaille dans une boutique de luxe dans la capitale : « C’est bien beau de parler covoiturage, vélo et trottinettes électriques, mais je ne compte pas payer pour aller travailler, tous les matins et tous les soirs. » « Je ne peux pas mettre d’argent dans le covoiturage ou le taxi », abonde Joanie. Quant à Chantal, ça devrait être « pas top pour (son) budget » : elle a prévu de prendre un taxi ou de faire du covoiturage pour se rendre sur le lieu de rendez-vous… d’un autre covoiturage.

Pour ne pas se ruiner ou gagner du temps, d’autres ne rentreront tout simplement pas chez eux. Marie, qui compte travailler puis manifester, ira « dormir durant deux nuits chez des amis parisiens ». Concernant Julie, ce sera peut-être un peu moins jovial : « Je n’ai pas d’autre solution que d’aller dormir chez mes beaux-parents ».

Le congé en dernier recours

Voilà pour ceux qui iront au bureau ou travailleront à distance. Et les autres ? Si certains prévoient déjà de se mettre en arrêt maladie, d’autres devront poser une journée off. « Mon employeur a prévenu : on pose notre journée via RTT ou via congé sans solde, expose Max. Encore une fois, ce sont les travailleurs qui trinquent… ».

Pour tous, cette solution fait office de dernier recours. « Habitant à 100 km aller et 100 km retour, je n’ai (pas) d’autre choix », se résigne Murielle. Quant à Aurélie, son entreprise « ne prend aucune disposition pour les travailleurs habitant loin de Paris ou en proche banlieue. Aucune aide concernant le covoiturage et le stationnement. Prix trop élevé pour 11 heures de stationnement. Des jours de congé vont m’être retirés alors que je suis en capacité et disposée à aller au travail », peste-elle.

La grève côté positif

Et puis, il y a ceux pour qui la galère annoncée devient une opportunité. « Ce sera en Vélib’ ou à pied s’il n’y en a pas de disponible, anticipe Lucie. Je devrais marcher 1h30 pour me rendre à mon travail. (Mais) un peu d’exercice, cela ne fait pas de mal ».

Alfred, lui, ne travaille pas. Mais il veut se substituer aux transports habituels : « je ferai toutes les stations de ma ligne avec ma camionnette pour dépanner les gens qui veulent aller bosser ». Des problèmes qu’Hugues a déjà évacués : « Je pars au Vietnam. Un mois ».

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