Grève du 19 janvier : Ils seront « dans la rue » contre la réforme des retraites

« Je vais aller manifester pour la première fois de ma vie et j’irais autant qu’il le faudra ! » Comme Michel, 60 ans, des milliers de Français s’apprêtent à battre le pavé jeudi contre la réforme des retraites. « La « prise en compte » des carrières longues, qui consiste en son saucissonnage en trois tranches, m’assomme de cinq trimestres supplémentaires. C’est hypocrite et brutal », ajoute-t-il.

Dès l’annonce des mesures du nouveau texte par Elisabeth Borne le 10 janvier dernier, comme le décalage de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, les syndicats ont lancé un appel à la mobilisation et à une convergence des luttes aussi impressionnante que celle de 2019.

« Les propos de Borne ne passent pas et me mettent en colère, s’énerve Isabelle, enseignante en lycée professionnel. Avec cette réforme, je devrais travailler 44 ans pour pouvoir partir à taux plein à 64 ans. Donc oui je ferai grève. Je suis aussi très inquiète pour l’avenir de mes étudiants. » Aide-soignante, Reine vit aussi cette réforme comme une injustice : « Je travaille à l’hôpital depuis mes 20 ans. Ça défonce le dos, mes repos sont hachés, je suis mal payée et maintenant on décale ma retraite. Evidemment que je serai dans la rue. »

Pour sa première manifestation depuis « le dernier tour de la présidentielle qui opposait (Jean-Marie) Le Pen à (Jacques) Chirac », Gilles a posé « un RTT ». « Bravo au gouvernement et à notre président qui n’écoutent pas la population ! », déplore-t-il. Un avis bien tranché que partage Suzanne, 27 ans, qui « s’engage à être dans la rue jeudi pour protéger (ses) droits » : « C’est tout sauf démocratique, ce gouvernement paupérise une partie de la population. » Même sans être directement concerné par les changements prévus car déjà retraité, André aussi ira manifester « par solidarité envers ceux qui vont subir la réforme ».

« Les grèves ne servent plus à rien »

« La France serait-elle si forte qu’elle puisse se permettre d’avoir l’âge de départ à la retraite le plus faible d’Europe ? », se demande pour sa part Jean-Luc, qui ne comprend pas cette énième mobilisation pour une réforme qui lui semble indispensable. Et ce n’est pas le seul. Daniel pense, lui, que la suppression des régimes spéciaux était la bienvenue « depuis longtemps ». « C’est une injustice vis-à-vis des autres. Le problème c’est que ceux qui vont bloquer le pays sont ceux qui ont tous ces avantages. » Idem pour Marguerite qui n’ira pas « manifester avec les privilégiés. Honte aux syndicats qui ne représentent qu’une petite partie des travailleurs. Les jeunes feraient mieux de bosser avant de penser à la retraite. »

« Je suis retraité et je ne participerai pas à cette manifestation, raconte Jean-Pierre. Quand j’ai commencé à travailler la semaine était de 42 heures. A cette époque la retraite était à 65 ans et les conditions de travail étaient plus pénibles. Et puis les actifs étaient davantage nombreux que les retraités. La situation s’est inversée. Refuser une réforme nécessaire c’est léguer le problème aux générations futures. »

Pour d’autres, la question n’est pas là. « Les grèves ne servent plus à rien. Il faut trouver d’autres formes de lutte », assure Jean-François. « Les grèves c’est toute l’année : SNCF, RATP, Education nationale… Les Français sont habitués », ajoute Patrice. « Je ne vais pas manifester de toute façon la réforme passera avec le 49.3, il ne faut pas oublier que ce texte était un projet fort du programme de Macron pour qui les citoyens ont voté… »