Grève du 19 janvier : Cheminots, enseignants, soignants… Qui se mobilise contre la réforme des retraites ?

Réforme des retraites et tensions sociales… Voilà le menu de cet hiver 2023. À l’occasion de la première journée de mobilisation intersyndicale contre le report de l’âge légal à la retraite, plusieurs secteurs seront paralysés par les grèves. Des milliers de personnes sont attendues dans les premières manifestations de grande ampleur depuis la réélection d’Emmanuel Macron.

A moins de 48 heures d’une mobilisation inédite depuis une dizaine d’années – les syndicats n’ayant pas fait front commun depuis 2010, lors d’une précédente réforme des retraites – 20 Minutes revient sur les perturbations secteur par secteur.

Les professeurs au rendez-vous

Si vous comptiez laisser vos enfants à l’école ce jeudi, attention aux enseignants grévistes. D’après Guislaine David, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, 70 % des enseignants des maternelles et des élémentaires feront grève. « On peut se poser la question de la pénibilité dans le métier d’enseignant. Car si on travaille jusqu’à 64, 65 voire 67 ans, on peut se demander dans quel état on sera », a expliqué la syndicaliste ce mardi. À Paris, le SNUipp-FSU prévoit jeudi qu’au « moins un tiers des écoles » soientcomplètement fermées.

De lourdes perturbations sont aussi à prévoir dans les collèges et lycées, même si le taux de grévistes n’est pas encore connu, les professeurs du second degré n’étant pas obligés de signaler 48 heures à l’avance leur absence. Des blocages d’établissements par des lycéens risquent également d’être organisés, comme le demandent plusieurs organismes sur les réseaux sociaux.

Les transports à l’arrêt

« Ce sera un jeudi de galère, [accompagné] de fortes perturbations », a anticipé sur France 2 le ministre délégué chargé des Transports, Clément Beaune, qui invite au « télétravail quand c’est possible ». Que ce soit à la SNCF ou à la RATP, peu de salariés devraient se présenter à leur poste jeudi matin. Les syndicats des transports parisiens sont d’autant plus remontés que le gouvernement veut supprimer, à terme, leur régime spécial de retraite, comme il l’a déjà fait pour les cheminots. Mardi, la RATP a annoncé que le trafic sur son réseau sera « très perturbé », avec trois lignes de métro totalement fermées (8, 10, 11) et dix lignes «exploitées partiellement» ou ne fonctionnant qu’aux heures de pointe.

A la SNCF, le message de l’intersyndicale composée de la CGT, l’Unsa, SUD et la CFDT est clair : « opposition totale au recul de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans accompagné d’une hausse de la durée de cotisation ». Les quatre organisations « sont prêtes à lancer la bataille nécessaire » et appellent dans un communiqué « à une grève puissante » (et reconductible) dans le rail ce jeudi.

D’autres fédérations appellent elles aussi à la mobilisation. FO-Transports et logistique, qui rassemble aussi bien les routiers que les ambulanciers, chauffeurs de car ou transporteurs de fonds, souhaite aller « au bout du possible dans ce combat ».

Quelques perturbations sur dans les airs sont à prévoir, selon une « notice pour les missions aériennes » (NOTAM) publiée mardi après-midi par la DGAC : « les compagnies aériennes doivent réduire de 20 % leur programme de vols initialement prévus à l’aéroport de Paris-Orly de 5h00 à 22h30 le 19 janvier ».

Les grèves vont compliquer l’approvisionnement en carburant

De longues files d’attente devant les stations-service sont à prévoir. Dans les raffineries, les salariés de TotalEnergies ont déposé des préavis de 24 heures jeudi, puis 48 heures la semaine prochaine et 72 heures début février. Des pénuries plus nombreuses que d’ordinaire ont été observées en ce début de semaine, signe d’une possible peur de manquer chez certains automobilistes.

Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a appelé à ce que cette mobilisation « ne se traduise pas par un blocage du pays ». Des propos tenus sur l’audiovisuel public, dont les programmes devraient être largement perturbés jeudi.

La fonction publique de sortie

L’intersyndicale de la fonction publique a appelé « tous les agents publics à se mobiliser […] massivement » contre le projet de réforme des retraites jugé « injuste et inutile » lors de la journée de grèves prévue le 19 janvier.

Tous les syndicats de police participeront aussi avec leur centrale syndicale respective à la manifestation. Le bloc syndical majoritaire (13 syndicats de policiers et personnels techniques, scientifiques et administratifs) conduit par Alliance-CFE-CGC et Unsa police ont appelé à la participation à la manifestation de jeudi, avec comme slogan : « On ne touche pas au statut spécial des policiers ».

Dans les hôpitaux, les agents et soignants seront aussi dans les rues ce jeudi, les syndicats ayant déposé des préavis à cet effet. « Nous ne voulons pas passer de l’hôpital au cimetière ! Nous avons donné sans compter toute notre carrière de soignant Nous avons le droit de profiter de notre retraite on ne cherche pas à vivre plus longtemps en EHPAD », peut-on lire dans un tweet du SNPI, le syndicat d’infirmier.

Des coupures d’électricité pour les élus favorables à la réforme

Toujours dans le secteur de l’énergie, en plus des grèves, des coupures ciblées sont envisagées par la Fédération CGT des mines et de l’énergie (FNME-CGT) contre les élus qui soutiendront la réforme des retraites, divisant la classe politique entre la droite qui dénonce des « méthodes illégales » et la gauche qui les juge non-violentes.

La CGT Mines-Energie a présenté vendredi un « plan de bataille » pour obtenir le « retrait pur et simple » du projet du gouvernement. Ce plan prévoit une « reprise en main de l’outil de travail sous toutes ses formes » : « rétablissements électricité et gaz aux plus précaires, énergies gratuites, coupures ciblées, baisses de production »…