Grève du 10 décembre à Paris : « Je vais terminer à pied »… On a suivi des usagers privés de transports

L’entrée de la station Mairie de Clichy, sur la ligne 13 est fermée. — Caroline Politi/20 Minutes

  • Une dizaine de lignes de métro sont à l’arrêt à Paris depuis le début de la grève contre la réforme des retraites.
  • Covoiturage, vélo ou trottinette…, les Franciliens optent pour des systèmes D.
  • A la gare Saint-Lazare, ce mardi matin, les usagers patientent calmement.

« Tu peux nous faire un papier sur les usagers des transports en commun ? » En soi, la commande n’aurait pas été bien compliquée à honorer si mon chef n’avait pas eu la bonne idée d’ajouter : « Tu peux peut-être aller faire un tour du côté de Saint-Lazare ? » Encore faut-il y arriver. D’ordinaire le trajet depuis Clichy où j’habite m’aurait pris une dizaine de minutes grâce à la ligne 13. Mais la ligne de métro la plus empruntée d’Europe est fermée, comme une petite dizaine d’autres à Paris, depuis le début du mouvement de grève contre la réforme des retraites. Avantage : cela fait six jours que je n’ai pas eu à caler ma tête sous l’aisselle de mon voisin pour pouvoir monter dans un wagon. Inconvénient : pour me rendre sur place il va falloir que j’use mes baskets.

J’opte pour le bus. La RATP en annonce un sur deux aux heures de pointe. A peine arrivée à la station, premier dilemme : j’en ai vu un partir sous mes yeux et le panneau ne précise pas dans combien de temps passe le suivant. Est-ce bien raisonnable d’attendre ? Ma flemme me répond « oui ». On est une petite dizaine à patienter. Parmi elles, Nouria. Elle a 34 ans et doit se rendre à Issy-les-Moulineaux – à l’autre bout du département – pour un entretien d’embauche. « A la base, je devais le passer vendredi, ils ont décalé mais ils ne peuvent pas le faire indéfiniment, ils cherchent quelqu’un rapidement », précise-t-elle. Elle a prévu de la marge – plus de deux heures – et une paire de chaussures confortables si elle doit faire une partie du chemin en marchant. Nous avons de la chance, le bus 54 arrive moins de cinq minutes plus tard. Il ne va pas à Saint-Lazare mais m’avance considérablement. Et je ne suis pas dépaysée : on est entassés comme dans la ligne 13.

Chouette une trottinette

J’ai bien, un temps (quelques minutes), envisagé de prendre un Vélib’mais la côte à l’entrée de Paris m’a plus refroidie que les 4 degrés qu’affiche le thermomètre. Quant aux Vélib’électriques, les deux restants sont hors d’usage. Nicolas, croisé sur mon trajet, a opté pour la trottinette électrique pour faire les 3,5 km qui le séparent de son lieu de travail. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a l’air conquis. Au point d’envisager de continuer ainsi après la grève. « Je mets moins d’une demi-heure, j’évite les transports et, à part hier matin où il pleuvait des cordes, le trajet est plutôt sympa. » J’avais réfléchi à cette option et téléchargé une application mais force est de constater qu’il y a très peu de trottinettes électriques en banlieue.

Le bus arrive place de Clichy, il me faut encore une dizaine de minutes à pied pour rejoindre mon but. Mon trajet aura duré 50 minutes. C’est cinq fois plus que d’habitude…. Et à deux minutes près le temps que j’aurais mis si j’avais marché tout du long (ça, je le découvrirai sur le trajet du retour en constatant qu’il faut attendre vingt-sept minutes le bus). Gare Saint-Lazare, point de scène de cohue ou de bousculade ce mardi matin. Seuls quelques usagers courent pour attraper l’un des rares transiliens qui va du côté de Mantes-la-Jolie. « Le soir, il y a beaucoup de monde, mais les gens sont plutôt conciliants, assure un « gilet rouge » de la SNCF, chargé d’accompagner les usagers. J’ai vu peu d’usagers en colère, peut-être parce que c’est un mouvement interprofessionnel. »

L'entrée de la station Mairie de Clichy, sur la ligne 13 est fermée. L’entrée de la station Mairie de Clichy, sur la ligne 13 est fermée. – Caroline Politi/20 Minutes

« Ça ne me facilite pas la tâche »

« Je suis solidaire du mouvement à 100 % mais c’est vrai que ça ne me facilite pas la tâche », confirme Kaitlene, 18 ans. Elle est partie de Rosny-sous-Bois à 7 h 40 pour rejoindre l’entreprise de Levallois-Perret dans laquelle elle est en alternance. Elle a pris le bus puis a attrapé le RER A jusqu’à Auber, a marché jusqu’à Saint-Lazare et s’apprête à reprendre le bus. « Ça va m’avancer un peu et ensuite je vais terminer à pied, heureusement que ma boîte est compréhensive sur les horaires. » Il est presque 10 heures du matin. La veille, une de ses collègues était passée la chercher, demain, elle avisera. Audrey, de son côté, sait qu’elle fera du télétravail mercredi. Elle en a déjà fait jeudi et lundi. Mais aujourd’hui, une grosse réunion l’attendait. « D’habitude, je mets 30 minutes environ pour faire Ermont-Eaubonne – La Défense, là je suis partie il y a déjà plus d’une heure et surtout on verra comment ça se passera ce soir pour rentrer », détaille-t-elle, sourire aux lèvres.

Devant la gare, je tombe sur un spécimen rare : un usager de la RATP qui n’est pas affecté par le mouvement de grève. Luc, 47 ans, habite et travaille à proximité de la ligne 14. « Il y a beaucoup plus de monde que d’habitude mais je suis mal placé pour me plaindre », reconnaît-il. C’est vrai qu’il est mal placé pour le faire, mais à vrai dire, personne ne le fait : les usagers prennent leur mal en patience. Alors que d’ordinaire, c’est la soupe à la grimace dans les transports, je trouve ce mardi matin, les gens plus souriants. Est-ce tout simplement parce que, pour une fois, je les regarde au lieu de me plonger dans mon portable ou mon bouquin ?

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