Grenoble : Audience cruciale pour l’avenir de Go Sport

Le distributeur d’articles sportifs Go Sport est-il en cessation de paiements ? Le tribunal de commerce de Grenoble examine, ce lundi matin, le dossier de ce groupe fondé en 1978, qui emploie 2.160 salariés en France. L’audience, à huis clos et qui s’annonce tendue, a débuté peu après 09h00 au palais de justice de Grenoble, non loin du siège du groupe, à Sassenage (Isère).

Quelques représentants du personnel étaient présents, se déclarant « révoltés, en colère ». Les dirigeants de la maison mère Hermione People and Brands (HPB), pour leur part, n’ont pas souhaité s’exprimer.

« Faire un état précis de la situation financière »

L’audience est consacrée à l’examen du dossier remis le 9 janvier par le juge enquêteur, mandaté fin décembre, pour « faire un état précis de la situation financière » du groupe et de sa filiale Go Sport France, avec l’aide de ses cabinets d’audit et de ses commissaires aux comptes.

La décision des juges devrait être mise en délibéré et communiquée ultérieurement, selon l’avocate du comité social et économique central (CSEC) de Go Sport, Evelyn Bledniak.

Fin décembre, la justice avait entendu une première fois les différentes parties, puis chargé le juge enquêteur de faire la lumière sur la situation du groupe. Les points de vue divergent diamétralement entre les représentants des salariés, qui craignent le pire, et HPB, qui l’avait racheté fin 2021 pour un euro symbolique et s’affiche optimiste.

Dix-sept années de pertes

Les dirigeants de HPB martèlent que Go Sport « n’est pas en état de cessation de paiements » et que sa situation n’a rien à voir avec celle de Camaïeu, liquidé de manière abrupte fin septembre. Après « dix-sept années de pertes », Go Sport devrait renouer avec les bénéfices « dès 2023 », a assuré Wilhelm Hubner, le président de HPB.

Le 3 janvier, le groupe a nommé à la tête de l’enseigne un spécialiste en restructuration d’entreprises en difficulté, Patrick Puy, auparavant patron du fleuron déchu du textile Vivarte (Caroll, Minelli, La Halle, Naf Naf, Chevignon…), surnommé le « cost killer de choc » par le quotidien L’Humanité en 2017. Sa mission est de « poursuivre la nécessaire transformation » de l’entreprise, selon HPB.

A l’inverse, les salariés de Go Sport, et surtout leurs représentants syndicaux ainsi que le comité social et économique central (CSEC), s’inquiètent de la situation : des commissaires aux comptes et un expert mandaté par ce CSEC avaient fait des constats sévères. Ils avaient estimé que l’entreprise était en cessation de paiements sur la période octobre-novembre et s’étaient alarmés d’une remontée de 36 millions d’euros de trésorerie de Go Sport vers HPB. Le CSEC espère « que la lumière sera faite ».

« La peste ou le choléra »

Autre motif d’inquiétude : HPB a annoncé, jeudi, « l’acquisition de GAP France par Go Sport », une opération présentée l’avant-veille « auprès des CSE extraordinaires des deux entreprises », selon un communiqué.

Cette acquisition, d’un montant de 38 millions d’euros, a « pour objectif de renforcer l’activité Lifestyle et Sportwear de ces deux marques de HPB, tout en préservant des stratégies spécifiques », selon la même source.

Mais pour Christophe Lavalle, délégué Force ouvrière et membre du CSEC, il s’agit d’une « manœuvre malhonnête, une mascarade simplement destinée à tenter de masquer la disparition de 36,3 millions d’euros, qui sont remontés depuis février du groupe Go Sport vers la holding HPB ».

« On n’est pas dupe, on sait dans quel état est notre société : aujourd’hui ce qui nous attend c’est la peste ou le choléra, c’est-à-dire soit une conciliation qui sera dirigée encore par HPB, vis-à-vis duquel on a une défiance totale, soit un redressement judiciaire », dit-il à l’AFP, pointant « dans les deux cas (les risques) de casse sociale ».

Pourtant, Go Sport n’est « aujourd’hui dans cette situation que parce qu’on lui a piqué 36 millions (…) elle a sa place sur le marché du sport français », souligne-t-il. « J’espère qu’en cas de malversations, la justice fasse son travail », conclut-il.