Grèce : La justice annule la procédure pour « espionnage » contre 24 travailleurs humanitaires à Lesbos

La fin d’une « farce », de « la plus grande affaire de criminalisation de la solidarité en Europe ». La justice grecque a annulé ce vendredi la procédure pour « espionnage » à l’encontre de 24 travailleurs humanitaires sur l’île de Lesbos, a annoncé le tribunal où sont jugés ces bénévoles, mettant un terme à un procès controversé dénoncé par l’ONU et des ONG. L’île de Lesbos, en mer Egée, l’une des principales portes d’entrée en Europe des migrants, a vu affluer des centaines de milliers de réfugiés fuyant notamment les conflits au Moyen-Orient ces dernières années.

Cette procédure déclenchée en 2018 avait conduit à ce que la plupart des ONG de secours aux migrants cessent leurs activités en mer en Grèce, pays par ailleurs accusé de pratiquer des refoulements illégaux à ses frontières vers la Turquie voisine. « Ce genre de procès est vraiment inquiétant, parce qu’il criminalise les actions qui sauvent la vie des gens et crée un dangereux précédent », a dénoncé vendredi Elizabeth Throssell, une porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies.

Une autre procédure pour trafic de migrants

« Nous nous sentons comme des otages depuis quatre ans et demi », a réagi Nasos Karakitsos, l’un des principaux accusés, juste après la décision de la cour. Parmi les autres accusés figure la réfugiée syrienne Sarah Mardini, qui a inspiré avec sa sœur nageuse olympique une fiction diffusée sur Netflix.

La cour de Mytilène, chef-lieu de l’île grecque, a pris cette décision en raison de vices de procédure, notamment l’absence de traduction de l’acte d’accusation à destination des accusés étrangers, tous d’anciens bénévoles portant secours aux migrants, selon le tribunal. Une procédure distincte visant ces travailleurs humanitaires, notamment pour trafic de migrants, est toutefois toujours en cours d’instruction en Grèce.