Grand-Est : La Région et l’Eurométropole veulent remettre la SNCF sur les bons rails

L’offre était alléchante. Le premier RER hors Ile-de-France, le Réseau express métropolitain européen (Reme), lancé le 11 décembre dernier à Strasbourg, devait apporter bonheur et sérénité aux usagers de la SNCF. Et surtout, leur donner confiance avec une vraie alternative à la voiture. Malheureusement, quelques semaines plus tard, le « grand choc des mobilités » promis par les collectivités avec la prévision de 800 trains supplémentaires par semaine et un cadencement aux petits oignons, c’est surtout un choc pour les nerfs de très nombreux usagers. Confrontés aux retards en cascades ou ceux qui regardent depuis le quai, les trains qui passent mais ne s’arrêtent pas, la colère gronde.

Aussi, une réunion ce mardi, mettant autour de la table la région Grand-Est, l’Eurométropole de Strasbourg et la SNCF, avait pour objectif une mise à plat des problèmes rencontrés et la recherche de « solution concrètes et prochaines », explique Thibaud Philipps, vice-président de la Région en charge des transports. Une Région qui attendait aussi ce mardi un discours de vérité, de connaître « la capacité ou pas de la SNCF à tenir les échéances On a l’impression de ne pas avoir le service qui était attendu et qui promis par la SNCF ». De son côté, la Sncf aurait expliqué au cours de cette réunion selon l’élu, des problèmes d’organisation et d’anticipation, essentiellement dû à la complexité t’echnique de ce réseau express, qui, rappelons-le, est un projet pilote.

« Rétablir la confiance avec les usagers »

Une réunion « pour rétablir la confiance », comme une première réponse aussi à ce départ chaotique du Reme et aux voyageurs mécontents qui se mobilisent et expriment leur colère, notamment sur une page Facebook dédiée. Page sur laquelle ils rassemblent témoignages, plaintes, informations et espoirs. Une mobilisation via aussi une pétition, qui en deux semaines, a déjà obtenu plus de 2.500 signatures. Celle-ci dénonce une situation qui s’est dégradée depuis la mise en service du Reme ou bien encore pointe des dysfonctionnements « depuis la rentrée de septembre 2022 sur certaines lignes et sur toutes les lignes depuis le mois de novembre ». Des usagers en colère qui demandent un « remboursement partiel ou total des abonnements des trois derniers mois » mais aussi que le cadencement des trains soit « réétudié », voire que « le Reme soit éventuellement suspendu, le temps de réunir les moyens humains et techniques pour qu’il soit un réel succès ».

Face à cette fronde, la Région a déjà obtenu jeudi dernier de la SNCF de prendre en charge 50 % du prix des abonnements pour les trois prochains mois et la vente pour les voyageurs occasionnels de 500.000 billets à petits prix de février à fin avril. Pour François Giordani, président de la Fédération des associations d’usagers des transports (Fnaut) Grand-Est, cette proposition de compensation « malencontreusement baptisée geste commercial », n’est qu’« un premier pas », assure à 20 Minutes le président de la Fnaut Grand-Est. Il souhaite surtout une « indemnisation pour service non fait, sur les trois mois passés » et non pas ceux à venir. Et il prévient que la Fnaut n’hésitera pas, « si les demandes individuelles d’indemnisations à la SNCF sont refusées, de saisir le médiateur des transports, car il y a un préjudice qui est clair et qui existait avant même le Reme ». Du côté de la Région Grand-Est, Thibaud Philipps conçoit en revanche ce geste déjà « comme une compensation pour les désagréments qui ont déjà été subis et qui existaient en fin et début d’années. »

Un plan de transport mal adapté

Si la Fnaut reconnaît « un peu moins de suppressions intempestives ces derniers temps » , elle regrette surtout le « plan de transport adapté » mis en place par la SNCF laissant le sentiment que tout est fait pour que le Reme fonctionne, « au détriment » du trafic TER classique. Comme « dans la Vallée de la Bruche, la plaine d’Alsace ou vers le nord vers Wissembourg, où des arrêts ont été supprimés. Mais qui connaissent aussi des changements d’horaires qui mettent en difficulté des lycéens, des gens qui travaillent, des trains aux heures de pointe au profit des trains omnibus de la REME avec ses trains directs ou semi-direct » , peste François Giordani.

Autant de complaintes qui semblent en partie entendues ce mardi. Il a été « clairement » établi avec la SNCF, ont expliqué Thibaud Philipps et le vice-président de l’Eurométrople en charge des transports Alain Jund, et ont croisé le fer avec la Sncf lors de la réunion, que « si les difficultés devaient perdurer, il serait demandé d’étendre les compensations au-delà des trois mois ». Principal point d’achoppement, le plan de transport adapté. Fermement discuté, un nouvel échéancier, avec des étapes réalistes pour la SNCF et ponctuées de bilans, est acté. L’idée étant à présent « d’une montée en charge progressive » afin d’arriver, vers fin août, au Reme qui était initialement prévu, expliquent les élus.

Cela va ainsi se traduire, dès le 6 février, avec « des trains omnibus, qui s’arrêteront à nouveau, « comme avant en attendant une offre supplémentaire », explique Thibaud Philipps, dans les gares intermédiaires et aux heures de pointe, sur des lignes où de gros problèmes ont été relevés. « C’est tout l’enjeu du Reme, redesservir les gares intermédiaires, pour que les gens ne soient plus obligés de prendre leur véhicule personnel, pour qu’il retrouve confiance et le chemin du rail », a martelé Alain Jund lors d’un point presse. Un pari qui ne demande qu’à être relevé pour le premier Reme de France, et dont la mise en place est observée bien au-delà de la capitale Alsacienne…

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