Grand débat national: «Brouhaha», «sujets tabous», «devoir» citoyen… Les internautes divisés sur leur participation

Des «gilets jaunes» écrivent leur doléance avant une manifestation — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

  • Le grand débat national décidé par Emmanuel Macron pour sortir de la crise des gilets jaunes commence ce mardi.
  • « Je souhaite que le plus grand nombre de Français puisse participer », a écrit le chef de l’Etat dans une lettre envoyée dimanche.
  • 20 Minutes a interrogé ses lecteurs pour savoir s’ils souhaitaient prendre part à la consultation.

Le « grand débat national » va-t-il mobiliser les foules ?  Emmanuel Macron se déplace mardi à Grand Bourgtheroulde (Eure) pour lancer la consultation. « Je souhaite que le plus grand nombre de Français, le plus grand nombre d’entre nous, puisse participer », écrit le chef de l’Etat dans une lettre envoyée dimanche. Sera-t-il entendu ? 20 Minutes a demandé à ses lecteurs s’ils comptaient prendre part au débat. Les avis sont partagés.

Ceux qui ne participeront pas

« Je suis persuadé que cela ne mènera à rien d’autre qu’un brouhaha de revendications diverses et nombreuses qui resteront lettre morte », écrit Majuro. « C’est un geste inutile. Après seulement 18 mois, Macron a perdu tout crédit, c’est dommage. Ses petits mots blessants ont jeté de l’huile sur le feu et fait monter une haine. A présent, toutes ses démarches ne lui permettront pas de retrouver la confiance des Français », ajoute Marie-Jeanne.

Gérard, retraité, ne participera pas non plus. « Ce débat est inutile, nous voyons maintenant clairement la politique de Macron. Il a d’ailleurs asséné qu’il ne changerait pas, sa lettre aux Français le confirme entre les lignes ». Comme lui, plusieurs internautes déplorent que certains sujets soient exclus de la concertation par l’exécutif.

« Un débat où on refuse de revenir sur les hausses de la contribution sociale généralisée (CSG) ou la suppression de l’impôt sur la fortune ( ISF), c’est du temps perdu », pense Zorbagreek. « C’est un débat complètement cadré à l’avance. Il n’est même pas question de l’ISF alors que c’est le sujet de conversation principal sur les ronds-points », renchérit Gilbertduroux.

Déplorant que « les vrais sujets » soient « tabous », Folken prédit qu’à l’issue du débat, « le président pourra se targuer d’un faible intérêt de la population et l’assimilera à un désaveu envers les « gilets jaunes » ». « Très pessimiste sur le résultat du débat », Joël craint aussi une faible participation et que « la majorité silencieuse le reste. Le débat ne serait alors pas représentatif ».

Stéphane est convaincu que le gouvernement cherche à gagner du temps. « Les questions sont trop « ouvertes », il sera impossible de compiler les réponses et d’en tirer des conclusions. Pour moi, c’est de la poudre aux yeux en attendant les élections européennes ».

Ceux qui participeront

De nombreux internautes souhaitent en revanche participer au débat. « Cela permettra de remonter les idées de chaque citoyen sans intermédiaire, les vrais problèmes des gens au quotidien, et non ceux d’une minorité qui crie plus fort que les autres », dit Cédric. « J’espère pouvoir participer physiquement en fonction des lieux et horaires proposés. Boycotter ce débat me semble être un acte de lâcheté démocratique ». Pour Impasse, c’est « même un devoir » d’y prendre part.

« Si les « gilets jaunes » sont sincères dans leur démarche, ils doivent participer et confronter leurs propositions aux autres personnes plutôt que de clamer qu’ils ont raison car ils sont le peuple », tranche PatocheMTP.

« Les « gilets jaunes » veulent des réponses instantanées, comme si le gouvernement avait une baguette magique. Emparons-nous du débat et ceux qui n’y participent pas n’auront pas le droit de se plaindre », juge Martine.

Florence entend participer, quitte à sortir du cadre fixé. « Je ne tiendrai pas compte des pistes lancées dans la lettre du président et m’autoriserai à aborder tous les sujets. Je répondrai aux questionnaires en ligne, j’irai aux assemblées-débat proposées dans ma commune… Bref, je saisirai toutes les occasions données durant ces deux mois ».

Ceux qui participeront mais…

D’autres appréhendent l’atmosphère des échanges. « Je crains des représailles des « gilets jaunes » qui ont pu montrer leur violence », écrit Manu. Mario et son épouse ne souhaitent ainsi participer qu’en ligne, pour éviter « les assemblées où l’on s’écharperait à qui mieux mieux ». Même constat chez Laurence : « Les débats dans les mairies, pour que ça devienne une foire d’empoigne, ce n’est pas la peine. Je crains que certaines questions ne soient pas à la portée de tous », ajoute-t-elle.

Des doutes pointent chez les partisans de ce débat. « Chacun doit y participer afin qu’il soit le plus représentatif de l’avis général », estime Clément. « La vraie question est de savoir si le gouvernement, qui a annoncé vouloir tenir le cap des réformes, fera un virage à 180 degrés, ce qui me semble totalement illusoire ». Un internaute met en garde : « il faut débattre de tous les sujets mais attention », écrit Républicain-Pacifiste. « Il faudra une vigilance absolue sur la collecte des doléances, le traitement des sujets et les propositions que fera le gouvernement. S’il y a des embrouilles, cela risque de déclencher des manifestations pires ! »

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