GP de France: «La passion avant les convictions!» On a parlé urgence climatique avec des fans de F1

Pierre Gasly et des fans lors du GP de France au Castellet. — G. Julien / AFP

  • Si quelques irréductibles disent « se foutre » de la pollution générée par un Grand Prix, la plupart des fans de F1 ont conscience des progrès que leur sport favori doit accomplir.
  • Les F1 consomment de moins en moins d’énergie et les circuits, notamment celui du GP de France, font des efforts pour limiter leur impact sur l’environnement.

Au Castellet (Var),

Une orgie d’essence et de décibels. Entre les allées et venues des hélicoptères qui déposent les VIP à 50 mètres du circuit, la course des Formule 3 et un spectacle aérien, l’arrivée au Castellet vous plonge d’emblée dans une ambiance très… carbonée. Combien de tonnes de CO2 Lewis Hamilton a-t-il produit pour remporter le GP de France, ce dimanche ? Difficile de fournir une réponse précise : la dernière étude sur ce sujet date de 2007.

Un chercheur belge a établi qu’un GP en Europe émettait environ 8.400 tonnes de CO2. Mais les F1 en elles-mêmes n’ont produit que… 54,4 tonnes de dioxyde de carbone, le gros des émissions (83 %) étant provoquées par les déplacements des spectateurs. Ce qui permet au directeur général du GP de France Gilles Dufeigneux d’affirmer, sans sourciller, que « la Formule 1 n’est pas un sport plus polluant que les autres. »

Ceux que « ça travaille » et ceux qui « s’en foutent »

Dans les tribunes du Castellet, les fans sont moins radicaux : « La pollution générée par la Formule 1, ça me travaille », souffle Claude, qui est à la fois fan de sports mécaniques… et militant écolo. Ce sexagénaire, qui se bat, entre autres, contre le projet de LGV, soupire : « Une passion passe avant beaucoup de choses… Même avant les convictions ! » Il déplore, toutefois, que la Formule 1 « encourage le développement des moteurs thermiques ou hybrides, alors que l’heure est au 100 % électrique ! »

Le sujet « travaille » aussi le jeune Hugo, 11 ans. Il pose, avec sincérité, cette question : « Franchement, je ne comprends pas pourquoi les Formule 1 ne sont pas électriques ? Ce serait tout aussi intéressant et tout aussi difficile pour les pilotes. » Lancés sur ce sujet sensible de la « Formule E », de nombreux fans ont des réactions épidermiques. Christopher, qui avoue « s’en foutre complètement de l’environnement », peste contre cette variante électrique, qui « n’a aucun intérêt, car ça ne fait pas de bruit… Un moteur électrique, ce n’est pas un vrai moteur ! »

« La Formule E ne me fait pas rêver ! »

« La Formule E tue le mythe, embraye Benoît. Ça n’a rien d’authentique, ça ne pollue pas mais ça ne me fait pas rêver. Même si vous m’offrez une place en loges et le champagne, jamais je n’irai à un Grand Prix électrique ! » Pour lui, la pollution « est un faux débat car tous les sports polluent. »

Lewis Hamilton (à droite) a fait la course en tête, ce dimanche, au Castellet. Lewis Hamilton (à droite) a fait la course en tête, ce dimanche, au Castellet. – C. Paris / AP / SIPA

C’est aussi l’argument de Gilles Dufeigneux, qui rappelle, à raison, « que ce qui pollue le plus, c’est de faire venir les gens… 50.000 personnes à Roland-Garros, au Castellet ou au Vélodrome, c’est la même chose ! »

La troisième édition du GP de France sera « celle de l’écologie »

Le DG du GP insiste aussi sur les « progrès » des F1, « qui consomment à peine 110 litres d’essence sur un Grand Prix, contre plus de 200 litres autrefois. » Et il déroule l’argument naturel des amateurs de sports mécaniques : « La F1 est, depuis 30 ans, LE laboratoire d’innovation de l’automobile. Elle a permis, notamment, de développer les moteurs hybrides et de consommer de moins en moins. »

Quant à l’impact écologique direct du GP de France, il est en baisse, assure-t-il : « Nous sommes dans une recherche de performance environnementale, et je peux vous annoncer que la troisième édition sera celle de l’écologie ! » Une étude – qu’il nous a été impossible de consulter – a été commandée à des étudiants de Dauphine. Et le circuit Paul Ricard va poursuivre sa mue écolo.

Elle est déjà bien réelle, selon Nathalie Reitzer, qui cumule les postes de directrice des ressources humaines et de directrice du développement durable :

On s’est demandé, il y a dix ans environ, quel était l’impact environnemental du circuit. Et les mesures sont excellentes ! Les analyses des polluants sur les abeilles sont meilleures ici que dans la forêt des Landes ! »

L’immense pinède qui entoure le circuit du Castellet agit, selon Nathalie Reitzer, comme un « poumon vert » qui nettoie l’atmosphère des rejets polluants. Pour les limiter encore plus, le circuit met en avant le covoiturage et les transports en commun (particulièrement pour le GP) et se bat pour limiter les déchets : « Sur les buvettes, tous les gobelets sont en carton », affirme la directrice du développement durable. Et le circuit accueille de plus en plus d’activités douces : accrobranche, kart à pédales et même les « 24 heures vélo ».

Le Castellet veut aussi être « un laboratoire pour les industries vertes » : son électricité est en partie produite par des panneaux photovoltaïques et une installation produit de l’hydrogène vert, qui sert notamment de carburant à un Kangoo conduit par les techniciens du circuit. Mais pas encore à la F1 de Lewis Hamilton.

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