Golfe de Gascogne: Des répulsifs acoustiques sur les bateaux pour enrayer les hécatombes de dauphins

Un garde de l’office national de la chasse faune sauvage prend la taille d ‘une dizaine de dauphins trouvés échoués sur une plage du littoral atlantique. (Photo illustration). — MICHEL GANGNE / AFP

  • Ces échouages massifs de cadavres dauphins, qui pour la plupart se tuent en étant pris accidentellement dans les filets de pêche, sont constatés depuis 1989 par l’Observatoire Pelagis. Mais le phénomène prend une dimension préoccupante depuis 2017.
  • Pointés du doigt, les pêcheurs sont en quête de solutions. Ils viennent de généraliser pour les chalutiers pélagiques – a priori les plus concernés par ces échouages – les pingers, des répulsifs acoustiques qui permettent d’éloigner les dauphins des filets.
  • Déjà expérimentés l’été dernier, ces pingers permettraient de réduire de 65 % les prises accidentelles. Il reste encore à l’améliorer et à trouver des autres solutions pour les autres techniques de pêche.

C’est une triste scène qui se répète bien trop souvent dans le golfe de Gascogne ces dernières années. Des cadavres de dauphins communs, sont régulièrement déposés par la mer sur les plages du littoral atlantique français.

« Ils ont les nageoires coupées, des plaies profondes qui sont les signes, raconte Hélène Peltier, ingénieure recherche à l’Observatoire Pelagis, (CNRS-université de La Rochelle), qui assure un suivi des populations de mammifères marins en Atlantique. Et quand les cadavres sont suffisamment « frais » pour y pratiquer une autopsie, on conclut bien souvent à une mort par asphyxie. » Autant de signes que ces dauphins se sont laissés prendre dans des engins de pêche et y sont morts, leurs corps dérivant ensuite jusqu’au littoral. »

26 cadavres retrouvés mardi dans le nord de la Vendée

Sur la seule journée de mardi, avec un collègue, la scientifique en a trouvé vingt-six sur le littoral vendéen, entre Saint-Jean-de-Mont et Talmont-Saint-Hilaire. « Une quinzaine était trop abîmée pour établir un diagnostic, les autres portaient quasi exclusivement les blessures « classiques » ». D’autres relevés étaient prévus ce mercredi par Pelagis, dans ce même département après de nouveaux signalements. Un peu plus au sud encore, Dominique Chevillon, président de l’association Ré nature et environnement, s’attend à faire, lui aussi, de nouvelles découvertes macabres sur les plages de son île. « Nous avons ramassé 22 cadavres de dauphin commun rien que depuis ce dimanche, compte-t-il. Ils s’ajoutent aux huit déjà enregistrés depuis le début de l’hiver. » En Gironde, une centaine de dauphins ont aussi échoué sur la côte altantique en une semaine.

Le phénomène n’est pas nouveau. Hélène Peltier remonte à 1989 le premier échouage massif de dauphins communs constaté dans le golfe de Gascogne [entre la Bretagne et le nord de l’Espagne]. Mais les intensités varient d’une année sur l’autre. Parfois, il n’y a que quelques échouages épars constatés. Et puis, il y a les années noires. Celles-ci s’enchaînent même depuis 2017 « Cette année-là, 900 échouages de dauphins communs avaient été enregistrés dans le golfe de Gascogne dont 800 entre février et mars », rapporte l’ingénieur de recherche à Pélagis.

Des captures accidentelles dans les engins de pêches

La pêche au bar et au merlu est pointée du doigt pour expliquer ces captures accidentelles. Celle en particulier que pratiquent les chaluts pélagiques français en bœuf et dont la saison s’étale de janvier à mi-mars. Ce qui correspond à la période à laquelle l’observatoire Pélagis constate la recrudescence des échouages de dauphins.

Cette technique de pêche consiste à faire tracter par deux navires, en haute mer, un filet en forme d’entonnoir fermé pour ramasser les poissons convoités. La France compte dix-neuf paires de chaluts pélagiques travaillant dans le golfe de Gascogne. « La difficulté est que les bars et merlus que nous pêchons se nourrissent des mêmes petits poissons (anchois, sardines…) que ces dauphins communs », explique Hubert Carré, directeur général du Comité national des pêches maritimes. Tout le monde se retrouve au même endroit. »

Les scientifiques peinent à expliquer pourquoi ces dauphins se laissent prendre dans les mailles du filet. « Ces engins de pêche font beaucoup de bruit et les dauphins sont des animaux très sensibles au stress, avance Hélène Peltier. Sans doute alors que même s’ils ont toujours la capacité à s’extraire des filets, ils paniquent, tentent de remonter à la surface et meurent d’arrêt cardiaque ou d’asphyxie. »

Des répulsifs acoustiques pour éloigner les dauphins

Le Comité des pêches maritimes ne nie pas ces captures accidentelles et accompagnent les pêcheurs français mobilisés pour trouver une solution. Une solution qui pourrait s’appeler « pingers » du nom de ces répulsifs acoustiques qui équipent désormais les chalutiers pélagiques français. « Ils sont installés directement sur le chalut et émettent des sons qui permettent aux dauphins de détecter la présence des engins de pêche et de s’en écarter, le son produit leur étant désagréable », explique Hubert Carré.

Les pingers, ces répulsifs acoustiques, équipent désormais les 19 paires des chalutiers pélagiques français. Les pingers, ces répulsifs acoustiques, équipent désormais les 19 paires des chalutiers pélagiques français. – / Photo Les pêcheurs de Bretagne

Le dispositif a été long à mettre sur pied. « Il a fallu trouver la bonne fréquence, raconte Perrine Ducloy, chargée de mission au comité des pêches maritimes. Celle qui dissuade les dauphins communs de s’approcher sans blesser leurs systèmes auditifs ni attirer, à l’inverse, d’autres cétacés dans les filets, chaque espèce ayant des fréquences qui l’attire ou la repousse. »

L’efficacité des « pingers » a été testé sur trois paires de chalutiers entre février et avril 2018 sur un total de plus de 220 opérations de pêches dans le golfe de Gascogne. Résultat ? Une diminution significative des captures accidentelles de l’ordre de 65 % pour les chaluts équipés de « pingers ». « Cette saison, les 19 paires françaises se sont portées volontaires pour s’équiper de ces « pingers » et accueillent aussi des observateurs indépendants pour tenter de mieux comprendre ces captures accidentelles », explique Hubert Carré.

Les chaluts, pas seuls responsables

Malgré tout, les échouages se poursuivent ces dernières semaines. « 2019 part même sur de très mauvaises bases », craint Dominique Chevillon. « Preuve qu’il faut encore augmenter l’efficacité de ces « pingers », commence Hélène Peltier. C’est l’objet d’un programme de recherche européen, en cours, et qui visera à mettre un système de « pingers » plus performant encore qui ne se déclenchera qu’à l’entrée du chalut et qu’en présence du dauphin. »

Preuve aussi que les chaluts pélagiques ne sont pas les seuls responsables des échouages de dauphins communs sur les côtes du golfe de Gascogne. « Nous sommes aujourd’hui persuadés également que la pêche au filet engendre aussi des captures accidentelles, reprend la scientifique de Pelagis. La technique consiste non pas à tracter un filet mais à le déposer dans le fond ou à le laisser dériver entre deux eaux avant de le relever plus tard. « Il est probable que ces filets agissent alors comme une barrière physique dans laquelle peuvent se prendre les dauphins communs », reprend Hélène Peltier.

Ces bateaux fileyeurs ont des capacités de pêche moins importantes que les chalutiers, mais ils sont beaucoup plus nombreux et leur saison de pêche est plus longue. Il faudra aussi équiper ces bateaux d’une solution contre les captures accidentelles de cétacés. Mais Hélène Peltier comme Perrine Ducloy s’accordent sur ce point : équiper tous les filets de « pingers » n’est sans doute pas la solution… au risque de transformer tout le golfe de Gascogne en territoire hostile pour les dauphins communs.

Planète

Pourquoi donc le thon rouge est de retour en Europe du Nord ?

Planète

Méditerranée: Sphyrna, le drone maritime, s’en va écouter les baleines tout l’été