Golf : « En tant que n°1 française, il y a plus d’attente », explique Céline Boutier avant l’Open de France

Adieu l’Aquitaine et le golf du Médoc, bonjour la Normandie et Deauville. Le Lacoste Ladies Open de France déménage cette année dans la très chic station de la Côte fleurie. De jeudi à samedi, 108 participantes tenteront de remporter la 32e édition de l’épreuve, dont la tenante du titre, Céline Boutier. La Francilienne de 28 ans, installée au Texas, assume l’étiquette de favorite qu’elle doit aussi à son indiscutable rang de n° 1 tricolore. Plutôt rare en France, la golfeuse habituée au circuit américain (LPGA), deux fois lauréate de la Solheim Cup avec l’équipe européenne, s’est confiée à 20 Minutes.

En tant que tenante du titre, vous voyez-vous comme la favorite de cette édition ?

Je pense, un peu. En tant que numéro 1 française, il y a aussi un peu plus d’attente. Je suis également partenaire avec Lacoste, donc ça me tient à cœur. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, il faut juste savoir gérer la situation.

Après votre victoire l’an dernier, vous parliez d’un moment « spécial ». Qu’est-ce que cela change pour vous de jouer et de gagner en France ?

C’est l’Open national, je l’avais joué trois ou quatre fois auparavant sans réussir à le gagner. De plus, j’évolue principalement aux Etats-Unis et je ne rentre en France pour une compétition que deux fois par an. Quand je reviens, j’ai envie de bien figurer. C’est aussi sympa de jouer devant le public français. C’est souvent de belles semaines, et l’emporter l’an dernier avait rendu la semaine encore plus spéciale. C’était aussi le premier tournoi professionnel que j’avais disputé en tant qu’amateur. Il y a donc toujours un peu d’émotion. Et quand tu as déjà gagné ce tournoi, tu as envie de le remporter de nouveau.

Pour un non-spécialiste, le golf est un sport de concentration. Est-ce qu’on peut se sentir poussé(e) par le public ?

Oui, complètement. Quand on arrive à avoir un peu de monde qui suit, ça aide, c’est plus sympa. Avoir des gens qui apprécient nos beaux coups, nos birdies, tout ça, c’est super encourageant.

Cette année, le tournoi se joue pour la première fois à Deauville. Est-ce un élément susceptible de rebattre les cartes ?

Oui, je pense que ça change pas mal de choses. Premièrement parce que je n’y ai jamais joué et deuxièmement parce que c’est un endroit et un cadre complètement différents du golf du Médoc. Je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre. Ça va être comme un nouveau tournoi, avec une formule un peu différente.

Vous êtes la meilleure golfeuse française, et avez atteint en août la 15e place mondiale, le meilleur classement de l’histoire pour un(e) Tricolore à égalité avec Victor Dubuisson. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

De manière générale, je ne porte pas trop attention aux classements. C’est vraiment davantage une conséquence de nos performances sur le parcours et je me focalise là-dessus. Mais forcément, c’est assez gratifiant de se dire qu’on a fait un peu partie de l’histoire du golf français.

Lors du British Open sur le parcours écossais de Muirfield, le 7 août 2022.
Lors du British Open sur le parcours écossais de Muirfield, le 7 août 2022. – Neil Hanna / AFP

Malgré les initiatives de la Fédération, le golf garde une image élitiste, et on parle davantage du golf masculin que féminin. Avez-vous le sentiment que cela évolue ?

Cette image reste très présente. On demande à avoir le même respect que les hommes. Ceci dit, c’est quelque chose qui change, lentement mais sûrement. Notamment aux Etats-Unis, quand on voit le nombre de tournois qui augmente, et les tournois qui augmentent leur dotation. Il y a un petit « shift » dans la mentalité des gens, plus de respect et d’appréciation du golf féminin. Mais ça prend du temps et je ne sais pas si on arrivera un jour à l’égalité parfaite hommes-femmes.

Certains sports peuvent-ils vous inspirer dans ce sens, comme le tennis ou le foot aux Etats-Unis ?

Carrément. Mais il y a tellement d’autres sports qui sont dans des positions bien moins bonnes que nous. Forcément, on aspire à mieux mais je sais que j’ai beaucoup de chance de pouvoir vivre du golf. Tous les sports n’offrent pas cette possibilité et c’est quelque chose qu’il faut prendre en compte.

Sentez-vous que vous inspirez des jeunes filles, notamment en France ?

J’espère que ce sera une conséquence de mes performances. Ce qui créé de l’engouement et de l’attention, c’est d’avoir des joueuses et des joueurs qui gagnent des tournois, qui donnent envie de regarder leurs compétitions. La Fédé fait beaucoup pour aider. Quand Victor Dubuisson était au top et commençait à jouer des Ryder Cup, on a vu l’engouement autour du golf augmenter en France. C’est vraiment ce qu’il nous faut, plus de joueurs et de joueuses qui gagnent sur le PGA et le LPGA, qui vont inspirer plus de monde.

Vous-même, aviez-vous un modèle au moment de vous lancer ?

J’ai commencé à l’âge de 7 ans. Forcément, il y avait déjà Tiger Woods qui était au top de sa forme. C’était difficile de l’ignorer ! Chez les filles, je regardais beaucoup Michelle Wie qui a « performé » très tôt. C’était assez inspirant. Il y a aussi Lydia Ko, elle aussi très précoce.

Vous vivez depuis dix ans aux Etats-Unis. Seriez-vous la même golfeuse si vous étiez restée en France ?

Non. Cela m’a fait pas mal grandir en tant que personne et en tant que golfeuse. J’ai connu beaucoup plus de styles de jeu, de parcours. C’est beaucoup plus compétitif et on est obligés de faire évoluer son jeu. J’ai dû apprendre à jouer sur davantage de types d’herbe et surtout à m’adapter beaucoup plus rapidement. Ça m’a fait aussi découvrir une autre culture beaucoup plus basée sur la performance et sur l’ambition.

Vous voyagez tout au long de l’année. Ne ressentez-vous jamais de lassitude ?

Chaque semaine, c’est un tournoi différent et on repart de zéro. C’est difficile de s’ennuyer. Bien sûr, c’est fatigant comme style de vie. On est bien épuisée à la fin de saison. Il faut savoir se gérer tout au long de l’année pour pouvoir donner le meilleur jusqu’au dernier tournoi.

Quel tournoi rêvez-vous encore de gagner ?

Honnêtement, je prendrais n’importe quel Majeur. Mais si je devais n’en choisir qu’un, Evian est un peu plus spécial pour moi en tant que Française.