Girondins de Bordeaux : « Pour eux, c’est une PME »… King Street, ce mystérieux propriétaire

Frédéric Longuépée est l’unique représentant public de King Street aujourd’hui. — NICOLAS TUCAT / AFP

  • Depuis le rachat des parts de GACP, King Street est l’unique propriétaire des Girondins de Bordeaux.
  • Le fonds d’investissement américain, toujours aussi silencieux, laisse planer de gros doutes sur sa stratégie sportive avec le club mais réaffirme son engagement.
  • Si des repreneurs se sont bien positionnés, le propriétaire actuel leur a adressé une fin de non-recevoir pour le moment.

Qui sont-ils ? Que veulent-ils faire du club ? Ces questions les supporters des Girondins de Bordeaux se les posent très souvent depuis plus d’un an. Et encore plus depuis le 16 décembre dernier. En effet depuis ce jour, King Street, alors propriétaire majoritaire du club (86 %), est devenu le propriétaire exclusif du club avec le rachat des parts de GACP.

Cette prise de pouvoir, ses dirigeants ne l’avaient pas vraiment prévue. Comme ils n’avaient pas prévu d’investir dans un tel projet au départ : « Ce n’est pas dans leur stratégie de gérer un club de football de 65 millions d’euros [le budget du club]. C’est d’ailleurs leur tout premier investissement dans le sport », rappelle d’entrée un financier de la City à Londres. Mais à l’époque GACP a réussi à les convaincre et notamment Niklas Von Daehne (ex-salarié de King Street et toujours membre du conseil d’administration des Girondins). « C’est lui qui menait le dossier pour eux. Il posait beaucoup de questions. S’il n’avait pas été là, King Street ne seraient pas là », explique un membre du club.

Un anonymat très agaçant pour certains, normal pour d’autres

Aujourd’hui, le fonds d’investissement est là et bien là. Pourtant, il y a ce paradoxe : aucun dirigeant de cette société américaine n’a jamais pris la parole publiquement notamment dans la période de crise de l’automne. « J’ai rencontré Frédéric Longuépée [PDG du club]. Il m’a informé qu’il serait la personne responsable de King Street. C’est avec lui que je dois parler pour tout ce qui concerne l’avenir », expliquait début janvier Paulo Sousa, l’entraîneur des Girondins. Finalement, la seule chose que l’on sait des dirigeants de King Street, ce sont les noms de ses membres nommés au conseil d’administration des Girondins : Daniel Ehrmann, Julius Kling, Graham Morrison et Rafael Coste-Campos. Quelques-uns sont parfois présents au stade comme ce sera le cas dimanche (21h) contre Marseille.

Si pour beaucoup, cet anonymat est surprenant voire agaçant comme pour les Ultramarines (le plus grand groupe de supporters bordelais) qui demandent à rencontrer ces propriétaires depuis des semaines, c’est tout à fait normal pour d’autres. Antoine qui les côtoie régulièrement rappelle que « tout est une histoire de discrétion dans la finance et surtout chez ces fonds d’investissement. Ils ne veulent surtout pas être en première ligne ! Ils délèguent très souvent le management et ils regardent le résultat à la fin. » GACP était là pour ça. Maintenant, c’est au tour de Frédéric Longuépée.

Cette forme de communication est de plus en plus répandue dans le monde du football. Des proches du fonds d’investissement citent les exemples de Chelsea, Manchester City ou encore du PSG « où les propriétaires sont extrêmement silencieux à l’image de l’émir Al-Thani qui ne parle jamais » alors qu’un autre fait « remarquer que Nasser Al-Khelaïfi est très discret depuis le retour de Leonardo ». A Bordeaux, la seule prise de parole se résume à un communiqué officiel le 16 décembre dernier où le fonds d’investissement « rassure l’ensemble des parties prenantes du club, ses collaborateurs, les équipes sportives, ses supporters et les institutions sur son engagement dans la durée au sein du club » et à une prise de parole de Frédéric Longuépée : « King Street est engagé aux Girondins pour longtemps ».

Un projet sportif illisible aujourd’hui

Reste que le flou demeure sur le projet en lui-même. Selon nos informations depuis le rachat des parts de GACP, les dirigeants américains ont sorti les calculettes pour voir si leur investissement sportif vaudra le coup. « Il ne faut pas oublier que c’est un fonds d’investissement. Il cherche une rentabilité et encore bien plus qu’une entreprise classique. Après il faut remettre tout ça dans son contexte. Pour eux, les Girondins, c’est une PME. Ce n’est rien à côté de leurs autres affaires qui marchent très bien », affirme Damien, l’un de leurs collaborateurs. Pour rappel, King Street gère un portefeuille d’actifs de 19 milliards d’euros et dans le monde de la finance est considéré par beaucoup dans le milieu comme « un beau fonds d’investissement ».

Malgré ça, les critiques se multiplient depuis un an sur le manque d’investissements des propriétaires. Un membre de la nouvelle direction s’en défend :

Je ne comprends pas ces critiques. Ils ont mis 100 millions d’euros sur la table pour acheter le club, ils viennent de faire un transfert à près de 10 millions d’euros [Rémi Oudin] et je peux témoigner que nos demandes en interne, elles sont souvent validées. Ils ont juste une gestion plus rigoureuse ! Avant, ici, tout le monde pouvait engager de l’argent sans aucun processus.

Pour sa part, un ancien salarié ajoute n’avoir « jamais vu quelque chose de borderline et qu’ils ne se sont jamais servis dans les poches des Girondins comme d’autres. » King Street a d’ailleurs fait en juin dernier une lettre de confort à la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion) pour se porter garant sur les dettes du club. Il faut dire que la situation financière est assez préoccupante et suivie de très près par les instances du football français. Selon nos informations lors du passage devant la DNCG, le 30 juin 2019, la direction a présenté un bilan avec une dette de plus de 40 millions d’euros.

Paulo Sousa, l'entraîneur des Girondins et Eduardo Macia, le directeur du recrutement. Paulo Sousa, l’entraîneur des Girondins et Eduardo Macia, le directeur du recrutement. – NICOLAS TUCAT / AFP

Depuis les Girondins font tout leur possible pour boucher ce trou avec notamment la vente des joueurs les plus « bankable » et le départ des plus gros salaires du club. Jules Koundé, espoir du club, a été vendu l’été dernier à Séville pour 25 millions d’euros alors que son copain du centre de formation Aurélien Tchouaméni a rejoint cet hiver l’AS Monaco pour près de 20 millions d’euros. Si ces opérations restent de belles ventes, elles interrogent très clairement sur le projet sportif à moyen terme. Un flou qui ne risque pas de calmer des supporters bordelais excédés qui réclament le départ de ces nouveaux propriétaires. L’objectif est-il de rétablir l’équilibre financier avant de revendre le club ? « Si King Street a racheté les parts de GACP, c’est qu’ils ont l’intime conviction que ce club a beaucoup de potentiel s’il est correctement managé », affirme l’un de leurs dirigeants.

Fin de non-recevoir aux possibles repreneurs pour l’instant

Une chose est sûre, une revente à très court terme est à exclure. Des repreneurs ont bien tenté de tâter le terrain ces dernières semaines mais ils n’ont obtenu aucune réponse à l’image de Bruno Fievet. Cet amoureux du club assure avoir un projet de reprise : « J’ai une soixantaine de familles prêtes à investir dans les Girondins et plus globalement dans la région bordelaise. Même si notre projet est très différent, cela ne veut pas dire que celui de King Street n’a pas d’avenir. On peut laisser la chance à ce projet de réussir mais clairement s’ils sont un jour vendeurs, on fera une proposition », explique-t-il à 20 Minutes.

Selon les informations de ​20 Minutes, l’une des 100 plus grandes fortunes du monde qui a récemment essayé de racheter un club londonien, s’est renseignée sur la situation du club en décembre sans aller finalement plus loin. De son côté, King Street a prévu un prochain point d’étape en juin prochain au moment du passage devant la DNCG. D’ici là, on ne devrait pas en savoir beaucoup plus…

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