Girondins de Bordeaux : Comment l’équipe féminine est-elle passée de la D2 à la Ligue des champions en cinq ans ?

C’était le 9 septembre 2015. Ce jour-là, la section féminine des Girondins dispute le premier match officiel de son histoire grâce à sa fusion avec l’Entente Sportive Blanquefortaise quelques semaines plus tôt. Le club de la banlieue de Bordeaux évolue alors depuis sept ans en D2. Le projet porté par deux femmes, Liliane Delluc [la présidente du club de Blanquefort] et Françoise Brunet [ancienne dirigeante du club bordelais], voit enfin le jour avec l’aval du grand manitou, Jean-Louis Triaud. Dès la première saison, cette équipe détonne ! Avec à sa tête le duo Anthony Vigneron-Théodore Genoux (le premier ayant rejoint l’aventure faute de diplôme du second), elle décroche son accession en D1 après un exercice presque parfait (une défaite en 22 matchs). Une première étape.

Pour développer cette section, les Marine et Blanc font rapidement appel à l’expérimenté Jérôme Dauba. « On était une équipe 100 % amateur, explique-t-il, les filles venaient s’entraîner après les cours ou le travail, on ne s’entraînait même pas au Haillan mais à Blanquefort dans des conditions très compliquées. Moi-même et le staff n’étions pas à temps plein. » A cette époque, le club consacre une goutte d’eau aux féminines, 300.000 euros de budget (sur un budget de 55 millions d’euros). « Au départ, la priorité des priorités était de structurer la section et de former des éducateurs. Triaud m’avait juste dit : « Bon, si vous maintenez l’équipe en plus, ce sera du bonus » », se souvient avec le sourire l’ancien entraîneur des Girondines.

Ramé-Dauba, les bâtisseurs

En coulisses, l’architecte de cette section, Ulrich Ramé, se démène. Son lobbying auprès de JLT finit par payer une première fois avec le recrutement de trois joueuses à la mi-saison (Karchouni, Chatelin et Laurent) pour permettre au club de se sauver lors de la dernière journée face au PSG. Derrière, ce sera tout simplement le début d’une ascension fulgurante jusqu’à ce barrage de la Ligue des champions ce mercredi contre les Allemandes de Wolfsburg. Au fil des saisons, les Bordelaises de Jérôme Dauba progressent sur le terrain, au sens figuré (10e, 7e et 4e) comme au sens propre (elles s’entraînent enfin au Haillan mais doivent encore partager les installations avec le centre de formation).

« On a dû tout construire de A à Z. Il a fallu se battre chaque jour et optimiser les moyens qu’on avait. Mais les filles ont été remarquables, irréprochables, exemplaires… De vraies passionnées », rappelle Jérôme Dauba désormais responsable du pôle Espoirs féminin à Bordeaux. Pour Dauba, la « vraie bascule », c’est en 2018-2019. Après avoir attiré l’internationale irlandaise Niamh Fahey la saison précédente, les Girondines s’offrent un mercato de haute volée avec les internationales françaises Claire Lavogez et Viviane Asseyi ou encore Vanessa Gilles, championne olympique il y a quelques semaines avec le Canada à Tokyo. Le budget passe à 800.000 euros, il sera doublé un an plus tard par les propriétaires américains.

La section va prendre encore une nouvelle dimension avec l’arrivée de Pedro Martinez Losa lors de la saison 2019-2020. L’ex-entraîneur d’Arsenal emmène les Bordelaises sur le podium de la D1 grâce notamment à un OVNI dans son effectif, Kadija Shaw. La Jamaïcaine marche sur le championnat pendant deux ans (35 buts et 11 passes décisives en 39 matchs) avant de rejoindre Manchester City cet été. Charlotte Bilbaut, nouvelle capitaine de l’Equipe de France débarque à son tour, puis Eve Périsset du PSG. Signe que Bordeaux est de plus en plus attrayant pour les joueuses.

A part les deux monstres sacrés de la D1, Lyon et Paris, rien ne résistent aux Girondines depuis 2015. Et c’est tout un club qui suit le mouvement : le budget a été multiplié par 10 en cinq ans (3 millions d’euros cette saison), la cellule médicale est aujourd’hui composée d’un médecin, de trois kinés et d’une ostéopathe alors qu’en 2016, il n’y avait qu’un kiné à temps partiel. C’est le jour et la nuit. « Franchement, on ne pensait pas que ça irait si vite », avoue Jérôme Dauba.

Un vrai engouement autour de cette équipe

Au-delà des terrains, cette ascension fulgurante suscite un véritable engouement depuis quelques saisons. Ce mercredi soir, les Girondines seront par exemple soutenues par les Ultramarines, le plus grand groupe de supporteurs bordelais. « Je me souviens qu’au tout début, on était seulement quelques curieux, on ne connaissait pas forcément les joueuses pour être franc, se remémore Thibaud, l’un des plus fervents supporteurs de cette équipe. Maintenant il y a un vrai public de connaisseurs avec qui on peut parler tactique et même des caractéristiques de chaque joueuse. » Tout ça devant un public de plus en plus nombreux. Les Bordelaises, qui doivent encore s’exiler à Libourne ou Bouscat pour jouer, sont passées de 700 spectateurs de moyenne (dont la moitié de non payants) à plusieurs milliers lors des matchs de gala contre Lyon et le PSG ces dernières saisons.

Sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook et Instagram), le club a multiplié par trois son nombre de followers depuis 2017 (plus de 60.000) soit près de 15 % sur l’ensemble du club. « Je pense qu’il y a eu aussi un effet compensatoire vis-à-vis des garçons qui enchaînent ces derniers temps les saisons catastrophiques. Les filles, elles, n’ont jamais triché, elles mouillent le maillot à chaque match. Elles ont su aussi garder une vraie identité de proximité et de la simplicité malgré un statut grandissant », lance Thibaud qui a créé un compte Twitter (ScapGirondines) spécialement dédié à la section féminine. Maintenant le plus dur commence sûrement pour les Girondines, à savoir rester au top niveau derrière l’OL et le PSG avec quelques interrogations sur la volonté du nouveau propriétaire, Gérard Lopez. Va-t-il toujours autant soutenir cette section féminine ? « Il ne faut pas tout gâcher », prévient celui qui fera 900 kilomètres aller-retour ce mercredi pour voir ce match historique.

Patrice Lair, le nouvel entraîneur de l'équipe féminine des Girondins.
Patrice Lair, le nouvel entraîneur de l’équipe féminine des Girondins. – Daniel Vaquero/SIPA

Pour l’instant, il est encore trop tôt pour le savoir. Une chose est sûre : après le départ surprise de Pedro Martinez Losa cet été, le club a très vite réagi en nommant Patrice Lair. Le technicien français, double vainqueur de la Ligue des champions avec Lyon et passé par le PSG, va apporter toute son expérience et vécu à cette équipe. A commencer par ce mercredi (19 heures) contre Wolfsburg.