Gironde : « Je me suis fait tabasser »… Un riverain accuse des chasseurs de violence, ils évoquent une mauvaise chute

Xavier Gourgues affirme avoir eu affaire « à une véritable meute humaine. » Pour les chasseurs, c’est une histoire montée de toutes pièces dans le but de surfer sur le « chasse bashing ». Cet habitant de Lussac, village situé à quelques kilomètres de Libourne et Saint-Emilion (Gironde) assure avoir été passé à tabac samedi dernier par un groupe de chasseurs, après s’être plaint de tirs de fusil trop près de son habitation.

« Je l’ai vraiment mauvaise, confie Xavier Gourgues à 20 Minutes. Aujourd’hui [mercredi] je récupère, les hématomes diminuent, mais ça fait toujours mal au niveau du visage, je traîne la patte, et ma clavicule est douloureuse. » Huit jours d’ITT lui ont été délivrés.

« J’ai regardé ma femme et on a tout de suite compris que ça allait tirer de partout »

Que s’est-il passé ? L’homme de 46 ans, solide gaillard d’1,85 mètre et plus de 100 kg, raconte qu’il était « en train de planter de la lavande » dans son jardin avec sa femme et son fils de cinq ans, « quand tout à coup, nous avons vu débouler à toute allure un véritable wagon de véhicules, composé de 4×4 et de fourgonnettes. » « J’ai regardé ma femme et on n’a pas eu besoin de se parler : on a tout de suite compris qu’il s’agissait d’une battue et que ça allait tirer de partout. Les chiens ont été lâchés, et ont commencé à se rapprocher de notre jardin, qui fait 4.000 m2 et qui domine la vallée des vignes. »

Les tirs de fusil ont alors démarré. « Mon fils était en panique, on s’est dit qu’on allait en prendre une. J’en ai eu marre, car cela s’était déjà produit l’an dernier, je suis allé au bout de mon jardin et j’ai hurlé de toutes mes forces en sautant en l’air : « Vous allez arrêter vos conneries ? Y’en a marre, il y a des gens qui vivent ici, vous allez finir par nous tirer dessus ! » Je me suis fait insulter en retour… »

« Une odeur de brûlé autour du jardin »

Xavier Gourgues assure qu’il avait « un chasseur à moins de quarante mètres » de lui,  « deux autres sur [sa] gauche à moins de 200 mètres, et quatre autres plus loin. » La législation en la matière est très claire, et interdit de chasser à moins de 150 mètres des habitations des communes dites ACCA (association communale de chasse agréée), ce qui est le cas de Lussac. « C’est un tissu de mensonges, assure Fernando Padrao, président de l’ACCA de Lussac, joint également par 20 Minutes. Nous n’étions pas près de chez lui, mais à un kilomètre. »

Xavier Gourgues dit avoir « continué de hurler, mais ça ne les a pas arrêtés, ça tirait et ça tirait encore. » « Il y avait une odeur de brûlé tout autour du jardin, ça sifflait de la gauche vers la droite, poursuit-il. J’ai dit à ma femme et à mon fils de vite rentrer se cacher dans la maison, j’ai appelé la gendarmerie en leur donnant mon adresse, puis je suis allé chercher ma voiture pour retrouver les chasseurs qui étaient à 500 mètres. » Sans attendre les gendarmes, donc.

« J’ai pris un grand coup de poing dans la tempe »

Le riverain et les chasseurs s’accordent sur un point : Xavier Gourgues a klaxonné en arrivant à leur rencontre. Pour le reste, deux versions diamétralement opposées s’affrontent. « Ils étaient postés en haut d’un fossé, raconte le riverain, un premier groupe de cinq chasseurs s’est approché de moi, puis d’autres les ont rejoints, et se sont regroupés face à moi. Je leur ai crié dessus, je leur ai demandé quand est-ce qu’ils allaient arrêter leurs conneries, je me suis fait insulter, menacer, et il y en a même un qui m’a sorti qu’ils avaient le droit de chasser où ils voulaient, quand ils voulaient. »

C’est là que les violences auraient commencé. « Il y a en a un qui m’a tordu le bras, d’autres me poussaient, j’ai commencé à les repousser à mon tour, mais jamais je n’ai pas frappé. Tout d’un coup j’ai pris un grand coup de poing dans la tempe. J’ai alors voulu photographier leurs plaques d’immatriculations, mais il y en a un qui a pris mon portable, j’ai alors chargé comme une mule et on est tombés avec un des chasseurs. »

C’est là que je me suis fait tabasser de partout, j’ai pris des coups de pied, de poing, dans les côtes, dans les cuisses, dans l’épaule, le visage… Et j’ai pris un coup de clairon aussi. »

Il poursuit : « Je n’avais plus qu’à attendre que ça s’arrête. Puis il y en a un qui a dit : « Stop, arrêtez », mais j’ai encore pris deux ou trois coups. Ils étaient une bonne quinzaine en tout, même s’ils n’ont pas tous frappé. »

« Il s’est blessé car il est tombé la tête la première », soutiennent les chasseurs

Pour Fernando Padrao, qui a lui-même porté plainte contre Xavier Gourgues, ce dernier « a foncé avec son véhicule sur un groupe de chasseurs, alors que la battue était terminée ». « Il est descendu de sa voiture et a bousculé cinq ou six chasseurs, il était très énervé, je suis alors intervenu pour tenter de le calmer, il m’a bousculé en me lançant qu’il allait me traquer comme les autres. Il m’a poussé, je suis tombé dans le fossé avec lui, c’est là qu’il s’est blessé car il est tombé la tête la première avec ses lunettes qui se sont cassées, ce qui l’a coupé. Il avait du sang en se relevant, mais aucun chasseur n’a levé la main sur lui. Il n’arrêtait pas de dire qu’il faisait 110 kg, qu’il allait nous traquer, que nous n’étions que des illettrés et des poivrots. »

Après cette séquence, plusieurs chasseurs auraient aussi pris des photos et des vidéos de la scène et de la victime. « Sur le moment j’étais groggy, continue Xavier Gourgues. Puis j’ai entendu les sirènes de gendarmerie, et au même moment une dizaine de voitures sont parties, il n’en restait plus que quatre ou cinq. A leur arrivée, les gendarmes m’ont demandé de me calmer, j’étais certes excité mais c’était quand même moi la victime. » « Les gendarmes ont vu quelqu’un de très excité, et ils lui ont ordonné de rentrer dans son véhicule pour se calmer », assure de son côté le président de l’association de chasse.

« Ce que cet homme a décrit sur les conditions de chasse est impossible, soutient de son côté Guillaume Desenfant, le responsable de la communication de la fédération de chasse de Gironde, nous allons attendre les résultats de l’enquête, mais nous sommes assez suspicieux sur le récit qu’il a pu faire. »

« Je suis un vrai campagnard, un gars d’ici, pas un néorural »

Xavier Gourgues réfute de son côté être « un anti-chasse. Je suis un vrai campagnard, un gars d’ici, pas un néo-rural ni un Parisien comme j’ai pu le lire, même si tout le monde a le droit d’y vivre au passage. » Directeur de recherche en imagerie médicale, il habite dans sa maison de Lussac depuis un peu plus de deux ans. « J’ai toujours vécu avec la chasse, mais là il s’agissait d’une battue, c’est très particulier comme exercice, car ce sont des dizaines de chasseurs qui débarquent d’un coup avec des meutes de chiens pour encercler la bête et la tirer au gros calibre. »

Cet habitant estime qu’il faudrait mieux réglementer les conditions de chasse, qui devraient « se faire à un minimum de 500 mètres des habitations ». « Là, on nous impose ces meutes et des coups de feu matin et soir le week-end. On ne peut plus se promener autour de chez nous », déplore-t-il.

Sept personnes ont déjà été entendues dans le cadre de l’enquête de gendarmerie ouverte par le parquet de Libourne.