« Gilets jaunes » : Trois mois de prison avec sursis requis contre un CRS qui avait lancé un pavé

Des affrontements opposant CRS et black blocks avaient eu lieu durant la manifestation du 1er mai 2019 à Paris — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

  • Un CRS toulousain était jugé ce jeudi à Paris pour avoir lancé un pavé en direction de manifestants lors de la manifestation du 1er mai, marquée par des heurts entre policiers et black blocs.
  • Tayeb C., 42 ans, assure qu’il s’agissait d’un « réflexe » défensif et qu’il ne voulait blesser personne.
  • Le parquet a requis trois mois de prison avec sursis à son encontre.

Depuis le début de la mobilisation des «gilets jaunes​ », nombreux sont les manifestants à dénoncer les violences policières. Le premier fonctionnaire à comparaître, ce jeudi, devant un tribunal correctionnel de Paris pour « violences volontaires de la part d’une personne dépositaire de l’autorité publique » n’a pourtant blessé personne. Le 1er mai dernier, Tayeb C., un CRS de 42 ans aux brillants états de service, a été filmé ramassant un pavé qu’il lança ensuite en direction de manifestants violents, sans que l’un d’eux ne soit touché. Mais la vidéo, qui a fait le tour des réseaux, a eu des répercussions catastrophiques « tant pour l’image des CRS que pour l’action des forces de l’ordre durant les manifestations », explique le président du tribunal Mickaël Humbert.

Le parquet de Paris avait ouvert une enquête, confiée à l’IGPN, la police des polices. Dans les jours qui ont suivi, le policier toulousain s’était dénoncé à ses supérieurs. « Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ? », lui demande le magistrat. C’était « un réflexe de défense », répond-il, le visage grave. Cheveux courts et barbe bien taillée, chemise claire et jean bleu foncé, le quadragénaire se souvient de cette journée. L’une des pires; dit-il, depuis qu’il a intégré les CRS, il y a cinq ans. Son unité était chargée de sécuriser le flanc gauche de la manifestation du 1er mai, organisée par les syndicats, à laquelle s’étaient greffés des « gilets jaunes ». « Le capitaine nous avait dit que ça serait une journée très longue, et très rude », poursuit-il.

« Une pluie de projectiles »

Dans l’après-midi, la tension monte avec les blacks blocs, venus en nombre pour en découdre avec les forces de l’ordre. « Je commandais trois sections de 18 fonctionnaires, 22 ont été blessés dont douze au cours de la première heure », raconte à la barre son supérieur, le capitaine M.. Ponctuant presque toutes ses phrases par « d’accord », l’officier se souvient d’une journée « très compliquée ». Lui-même a été grièvement blessé à la tête après avoir reçu un projectile à la tête, devant l’hôpital de la Salpêtrière. « Il est tombé à mes pieds, il avait une plaie béante au niveau du front, large de cinq centimètres », ajoute Tayeb C., qui se rappelle avoir eu « peur » sur le moment.

A 17h39, le brigadier doit, avec d’autres CRS, mettre un terme au saccage d’un magasin Monoprix, toujours boulevard de l’Hôpital. Les casseurs prennent la fuite quand les policiers se trouvent sous « une pluie de projectile ». L’un d’eux est blessé après avoir été touché à l’omoplate. C’est à ce moment-là que Tayeb C. ramasse un pavé et le lance, droit devant lui, par-dessus un bosquet. Dans quel but ? « Je voulais créer une distance de sécurité pour préserver mon intégrité physique et celle de mon collègue blessé, et pour nous permettre de nous replier », assure le policier, cheveux courts noirs, lunettes rectangulaires. Il précise qu’il n’avait pas « l’intention de toucher qui que ce soit. (…) J’ai visé une zone neutre. »

« Ce n’est pas le procès de la police »

Le président se demande si, au lieu de la « calmer », il n’aurait pas « excité la foule » en jetant ce pavé. « A l’instant T, c’était la chose à faire », rétorque Tayeb C.. C’est donc cette décision prise en une « fraction de seconde » que les magistrats prennent le temps de juger ce jeudi après-midi, reconnaît le juge Humbert, rappelant qu’aucun blessé ne s’est manifesté. « Peu importe le résultat mais lorsque le prévenu lance ce pavé il ne peut pas ignorer qu’il peut provoquer des blessures graves », souligne la procureure Aude Duret, assurant que le geste n’était « pas strictement proportionné ». Elle requiert trois mois de prison avec sursis. « Je ne veux pas en faire un exemple », insiste-t-elle. « Ce n’est pas le procès de la police. »

Pour Me Laurent Boguet, l’avocat de Tayeb C., ce réquisitoire est « hors-sol » car le « jet minable » du policier ne pouvait blesser personne. Plaidant la relaxe, il rappelle que son client a toujours été très bien noté par ses supérieurs hiérarchiques. Il a même été décoré pour « acte de bravoure et de dévouement » après avoir sauvé des gens d’un incendie, en Corse. Il demande aussi, qu’en cas de condamnation pénale, la sanction ne soit pas inscrite au volet B2 de son casier judiciaire. La décision sera rendue le 19 décembre. Le président Humbert sait qu’elle sera « très commentée ». « Elle est d’ores et déjà contestée alors qu’elle n’est même pas encore rendue. »

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