«Gilets jaunes»: Qui est derrière la marche «républicaine des libertés» organisée ce dimanche à Paris?

Des «gilets jaunes» manifestent à Paris, sur l’avenue des Champs-Elysées, le 24 novembre 2018. — MEIGNEUX/SIPA

  • Un événement, créé sur Facebook pour organiser dimanche une marche « républicaine des libertés », intéressait 26.000 internautes ce lundi, quand près de 10.000 annonçaient y participer.
  • Initiée par un macroniste, cette manifestation a été ralliée par le collectif des « foulards rouges », qui se veut « apolitique ».
  • Au sein de la majorité, la question du soutien à cette initiative fait débat.

Après s’être organisée en ligne, la riposte aura lieu dans la rue. Des Français appellent à manifester ce dimanche à Paris « contre les violences » commises par certains « gilets jaunes ». Près de 10.000 personnes ont annoncé leur participation sur la page Facebook de l’événement ce mardi. Trois organisateurs sont derrière cette initiative, un adhérent de La République en marche et les collectifs des « foulards rouges » et des « gilets bleus » (fondé par un adhérent LREM). Mais le parti n’appelle pas à manifester, signe d’un léger malaise au sein de la majorité face à cette intitiative citoyenne.

Un marcheur toulousain

A l’origine, il y a Laurent, 51 ans, habitant la région toulousaine. Cet ingénieur du privé qui dit avoir « voté à gauche toute [sa] vie », a glissé un bulletin Macron dans l’urne aux deux tours de la présidentielle en 2017, avant d’adhérer au mouvement La République en marche. Il a ensuite participé à la campagne pour les législatives dans sa circonscription. Le 10 décembre dernier, après le discours du président  annonçant des mesures pour le pouvoir d’achat, Laurent crée le groupe Facebook « STOP. Maintenant, ça suffit ».

« J’étais choqué par les violences et les comportements inexcusables observés lors des manifestations des « gilets jaunes », ainsi que les menaces contre les élus et les journalistes », explique-t-il. « Bien sûr, cela ne concerne pas tous les « gilets jaunes », mais leurs manifestations dérivent quasi systématiquement vers la violence et je n’entends pas grand monde condamner ces violences », déplore Laurent, ciblant l’opposition. Dans la foulée, il crée un événement pour organiser une « marche républicaine de soutien à Emmanuel Macron ». Depuis, l’événement a été rebaptisé « marche républicaine des libertés ». C’était la condition pour rallier les « foulards rouges » à sa cause.

Ralliement des « foulards rouges » et des « gilets bleus »

D’abord nés en collectifs locaux, les « foulards rouges » se sont constitués en association loi 1901 nationale début décembre 2018, en réaction au mouvement des « gilets jaunes », sous le slogan « Défense des libertés citoyennes. Stop aux blocages – Stop aux violences ». « J’ai été contacté par Théo Poulard, l’un des administrateurs des « foulards rouges » », raconte Laurent, devenu début janvier référent du collectif en Haute-Garonne. Les « foulards rouges », qui annoncent rassembler plus de 30.000 personnes, revendiquent leur caractère apolitique. « Il faut que ça puisse toucher un maximum de personnes. Chez nous, il y en a de tout bord », explique Théo Poulard à L’Obs. D’où le changement de nom de l’événement, dépouillé de toute référence au chef de l’Etat.

Un autre collectif leur a emboîté le pas, celui des « gilets bleus ». Son fondateur, Laurent Segnis, est aussi un marcheur. Il fait partie d’un comité LREM du Val-de-Marne. Il définit les « gilets bleus » comme un « collectif citoyen contre les blocages des « gilets jaunes », les atteintes portées à la liberté de circuler, à la liberté d’opinion et à la liberté d’entreprendre », et contre « les attaques dirigées contre la République, ses institutions, ses valeurs, et ses symboles ».

Le triumvirat appelle à « ce que cessent les désordres et les violences contre les institutions. C’est une marche de soutien à la République, à la démocratie. Ce n’est pas une marche contre les « gilets jaunes » », insiste Laurent. « On sera là pour marcher calmement, montrer que le monde n’est pas fait de « gilets jaunes » et qu’une grande partie de la population se sent exclue, reste terrée chez elle depuis le début des violences », poursuit-il, « en colère ». *

Organisés, ces manifestants ont déclaré leur événement en préfecture et sont en train de former un service d’ordre interne avec des bénévoles, afin d’éviter les affrontements avec des « gilets jaunes » dans les rues, alors qu’ils se sont multipliés en ligne. Mais des associations ayant prévu une « marche pour le climat » à la même date, la préfecture doit se prononcer cette semaine sur la tenue de ces événements.

Une marche qui se veut « apolitique »

Malgré les affinités macronistes de deux de ses organisateurs, les manifestants veulent désormais éviter « la récupération politique ». Les initiateurs ont toutefois été reçus par le cabinet de Stanislas Guerini, le patron de LREM, le 11 janvier dernier, indique Le Parisien. « On leur a dit qu’on ne souhaitait pas qu’ils s’engagent dans notre marche. On veut éviter d’être assimilés à eux », précise Théo Poulard au journal. 

Le parti a finalement annoncé ce mardi qu’il n’appelle pas à manifester dimanche. « Je partage les valeurs portées par les organisateurs de ce mouvement et comprends le besoin d’exprimer son refus de la violence et de défendre notre République », a déclaré Stanislas Guerini, délégué général du mouvement. « Mon rôle n’est pas d’apporter de la confusion. Appeler à manifester dimanche aurait pour conséquence d’encourager la logique du “camp contre camp”. »

Et au sein de la majorité, l’emballement n’est pas unanime. Si une dizaine de députés LREM ont annoncé qu’ils y participeraient, la plupart conservent leurs distances. « Je n’irai pas car je déjeune avec Macron, élude le député de la Vienne Sacha Houlié. Mais j’invite toutes les personnes qui le souhaitent à y aller. Si des gens veulent dire qu’ils en ont marre des violences et que ce que l’on fait est fait agréable, je ne vais pas les en dissuader ».

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