Gibraltar refuse de saisir un pétrolier iranien et contre Washington

Le pétrolier Grace 1 a été rebaptisé « Adrian Darya 1 » et est passé sous pavillon iranien, il est au centre d’un bras de fer entre Téhéran, Londres et Washington. — Marcos Moreno/AP/SIPA

La crise qui oppose Washington, Téhéran et Londres se joue aussi sur mer. Gibraltar a rejeté dimanche une demande américaine de saisir un pétrolier iranien au centre d’une crise diplomatique, alors qu’il s’apprête à quitter les eaux de ce territoire britannique où il était retenu depuis des semaines.

Dans un communiqué, les autorités du « Rocher » ont refusé cette saisie demandée en application de sanctions prévues par une loi américaine : « en vertu du droit européen, Gibraltar est dans l’impossibilité de prêter l’assistance demandée par les Etats-Unis ».

Deuxième refus

C’est la deuxième fois que le territoire britannique rejette une demande d’assistance américaine dans cette crise. Gibraltar avait arraisonné le 4 juillet le pétrolier Grace 1, soupçonné de transporter du pétrole vers la Syrie, en application des sanctions européennes contre la Syrie. Le pétrolier a été autorisé jeudi à repartir quand Téhéran a assuré que la cargaison de 2,1 millions de barils ne serait pas livrée à la Syrie.

Entretemps, explique le communiqué, les Etats-Unis ont présenté plusieurs demandes pour que le pétrolier soit immobilisé, et le ministère américain de la Justice a émis vendredi un mandat de saisie fondé sur les sanctions américaines contre l’Iran.

Mais « le régime des sanctions de l’Union européenne est fondamentalement différent de celui des Etats-Unis », souligne le communiqué. De plus, la réglementation européenne « interdit spécifiquement d’appliquer certaines lois américaines », dont celles sur les sanctions contre l’Iran.

L’arraisonnement du Grace 1 avait provoqué une grave crise entre Londres et Téhéran, qui démentait que le navire fasse route vers la Syrie, et avait saisi quinze jours plus tard un pétrolier britannique, le Stena Impero, dans le détroit d’Ormuz.

Un étau qui se resserre sur l’Iran

L’Iran avait saisi deux autres pétroliers, aggravant ainsi la tension dans une région où plusieurs navires ont été attaqués ou endommagés par des mines et où un drone américain a été abattu par l’Iran, alors que les Etats-Unis resserrent l’étau des sanctions contre la République islamique.

Le président américain Donald Trump s’est retiré en 2018 d’un accord international permettant d’encadrer l’industrie nucléaire iranienne, négocié par son prédécesseur Barack Obama avec l’Iran, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Allemagne, et a rétabli des sanctions draconiennes contre Téhéran.

Les Européens ont tenté de persuader l’Iran de continuer à respecter l’accord, en s’efforçant de limiter l’impact des sanctions américaines que Washington veut appliquer à toutes les sociétés qui commercent avec l’Iran quelle que soit leur nationalité.

Appareillage imminent

Le pétrolier, qui naviguait sous pavillon panaméen, a été rebaptisé Adrian Darya pour la suite de son voyage et est passé sous pavillon iranien, qui flottait dimanche à sa poupe. « Le navire devrait appareiller ce soir », a annoncé sur Twitter l’ambassadeur d’Iran à Londres, Hamid Baeidinejad. Pour compléter l’équipage, deux équipes de mécaniciens sont en route vers Gibraltar sur deux vols différents, a-t-il ajouté.

Une partie de l’équipage, dont le capitaine, a dû être remplacée parce que les Etats-Unis ont menacé de refuser ou retirer les visas d’entrée « aux membres d’équipage de bateaux aidant les Gardiens de la Révolution en transportant du pétrole depuis l’Iran ».

Pas les mêmes sanctions en Europe

Les Etats-Unis avaient tenté une première fois le 15 août de persuader Gibraltar de retenir le pétrolier en envoyant une demande d’assistance judiciaire, alors que la justice du territoire britannique s’apprêtait à le relâcher.

Gibraltar explique dans son communiqué avoir répondu le jour même qu’il « était dans l’impossibilité de donner suite à cette demande », sur la base des informations fournies par Washington, les délits invoqués par les Etats-Unis n’en étant pas dans l’Union européenne.

Le 16 août, les Etats-Unis ont envoyé des informations supplémentaires, notamment pour prouver que les Gardiens de la Révolution iranienne contrôlaient le pétrolier et sa cargaison. Mais contrairement aux Etats-Unis, l’Union européenne ne considère pas les Gardiens de la Révolution comme une organisation terroriste et n’applique pas les mêmes sanctions que les Etats-Unis, rappelle le communiqué.

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