Gaz à tous les étages, auto-stop… Les conseils disparus des guides de voyage

Le premier guide du Michelin était consacré à la Bretagne ©MICHELIN — © Hachette Tourisme

Vous savez à quoi reconnaît-on un transport en commun au mois juillet ? Les guides de voyage sont dans les mains d’un voyageur sur trois (à la louche). Des couvertures avec palmiers, des pages stabilotées ou cornées… Ces guides se sont révélés indispensables dès les premières vacances des Français en 1936 comme l’avance Philippe Orain, le rédacteur en chef des guides vert Michelin. « Ce Guide vert a accompagné les premiers congés, il n’était pas cher et démocratisait l’accès à la culture, le langage était simple. » Mais le Michelin est apparu après la Première Guerre mondiale, l’entreprise de pneus éditant déjà des cartes routières.

Près d’un siècle plus tard, il est temps de se pencher sur ce que conseillaient ces guides d’antan, qui ont fait voyager nos parents et grands-parents.

Profiter des panoramas en auto-stops

La voiture l’emportait sur tous les moyens de locomotion. Et là encore, le fameux bouquin reposait souvent dans la boîte à gants. « Les premiers guides du Michelin, ceux à la couverture rouge, étaient destinés aux chauffeurs, aux routiers. Ce sont eux qui choisissaient les auberges pour leur possesseur, explique Philippe Orain. A l’époque, on précisait si les toilettes étaient dans la cour, sur le palier ou dans la chambre… ».

Pour le trajet en voiture, le Michelin sélectionnait les plus beaux panoramas et les routes les plus agréables. « Ces points d’intérêts qui fleurissaient dans les années 1960/1970 ne sont plus mentionnés aujourd’hui. A l’époque, ces points de vue étaient très populaires, comme ceux autour de Paris : il y avait par exemple comme belvédères, celui de la Butte des Châtaigniers à Sannois dans le Val-d’Oise. Cette place arborait deux étoiles mais maintenant, vous avez vue sur le port de Gennevilliers et La Défense… »

En avril 1973, le Guide du Routard, considéré comme un guide « hippie » voit le jour. Il propose à ses lecteurs des astuces pour voyager à très bon marché. Selon son créateur, Philippe Gloaguen, le Routard consacrait même un chapitre à l’auto-stop. Cette section proposait les meilleurs spots mais divulguait aussi des conseils pratiques : comment s’habiller, comment se présenter. Et si l’auto-stop ne marchait pas, place à l’autre solution : comment acheter une voiture d’occasion sans se faire rouler. Des astuces non rééditées dans nos guides actuels…

Un hôtel avec gaz et Wi-Fi

Au début du XXe siècle, il était crucial de préciser pour les hôtels si l’un des services les plus importants de l’époque était proposé, à savoir le gaz. « On le mentionnait comme les immeubles « gaz à tous les étages » » précise Philippe Gloaguen. Et aujourd’hui, Michelin et Routard ont décidé ne plus accoler la mention « avec ou sans wifi » aux bonnes adresses. Les temps changent.

Pour les cafés, le Routard confie qu’il indiquait ceux acceptant les femmes seules. Le Fouquet’s par exemple, refoulait les femmes non accompagnées au moins jusqu’en 1999… L’établissement confirme d’ailleurs cette information sans pouvoir nous donner une date précise.

Des blancs dans les pages et dans les paysages

Palmyre, les Twin Towers, la ville de Norcia en Italie,… Les guides ont dû revoir ces sites, les supprimer de ses pages, en modifier la description… Le Michelin s’est posé la question des « attractions » aux multiples étoiles : la ville du Havre comptait deux étoiles avant 1939… Puis après la Seconde Guerre mondiale, en a perdu une. « On essaie de garder ce lien avec l’Histoire, assure Philippe Orain. Il y a quelques années, nous avions publié des guides sur les champs de batailles avec les extraits des premiers guides. »

D’autres sites ont disparu des guides, jugés trop ringards « Dans les années 1960, le Guide vert du Michelin décrivait la belle autoroute vers la Normandie : le premier tronçon avait été inauguré, proche du pont de Saint-Cloud, on traversait ensuite la forêt de Marly-le-Roi. Autres curiosités à voir, selon le Michelin de cette époque : les barrages électriques sur le Rhone, comme celui de Donzère-Mondragon. Côté à deux étoiles tout de même, le site symbolisait le progrès. Les gens maintenant s’en fichent », avoue Philippe Orain.

Les séjours « débrouille »

« Comment gagner de l’argent ? » Cette section initiée par le Routard n’existe plus… « On y donnait des petits tuyaux pour se faire un peu de sous. Deux jobs marchaient bien : la cuisine et la magie. Avant de plier bagage, vous appreniez trois tours et quatre recettes bien franchouillardes, et vous les proposiez aux restaurants ou aux hôtels. »

Le regret commun aux deux directeurs du Michelin et Routard, celui des éditions inactualisées depuis des années : « le guide sur la Syrie, celui sur l’Afghanistan, le Pakistan, certains pays de l’Afrique francophone », énumère Philippe Gloaguen. Quant au Michelin, il déplore l’édition raccourcie de l’Egypte qui ne traite plus la région du Sinaï déconseillée par le quai d’Orsay.

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