Fuite massive de millionnaires au Royaume-Uni : incertitudes financières persistantes
En 2024, 10.800 millionnaires ont quitté le Royaume-Uni et 16.500 en 2025, selon les estimations du cabinet de conseil Henley & Partners. La banque UBS estime que le pays pourrait perdre jusqu’à 500.000 millionnaires d’ici à 2028.
Fondatrice du capitalisme et ancien centre névralgique de la finance mondiale, la City de Londres observe, depuis deux ans, un phénomène inquiétant : l’exode des ultra-riches. En 2024, 10.800 millionnaires ont quitté le Royaume-Uni, suivis de 16.500 en 2025, d’après les estimations du cabinet de conseil Henley & Partners. Cette situation, qui établit un record, est loin de réjouir les autorités. Selon le Trésor britannique, chaque départ représente une perte annuelle de 460.000 livres (522.000 euros) pour l’État.
Quel a été le déclencheur de ce départ massif ? En mars 2024, le gouvernement britannique a modifié un droit vieux de plus de 200 ans, le *remittance basis*. Depuis 1799, les « non-doms », c’est-à-dire les étrangers vivant au Royaume-Uni, étaient exemptés d’impôts sur leurs revenus générés à l’extérieur pendant quinze ans. Ce délai a été réduit à quatre ans, tout en ajoutant un impôt sur l’héritage de 40 % sur les biens détenus à l’étranger, prélèvement dont ils étaient précédemment exonérés. Le gouvernement espère ainsi percevoir 34 milliards de livres sterling en cinq ans (39 milliards d’euros).
### Des cas similaires en Norvège et en Californie
Dès l’annonce de cette mesure, le milliardaire Nassef Sawiris, surnommé « l’homme le plus riche d’Égypte » et résidant entre Paris, New York et Londres, a décidé de quitter le pays. En 2025, Lakshmi Mittal, magnat de l’acier installé au Royaume-Uni depuis trois décennies, a également annoncé son départ. Nik Storonsky, cofondateur de l’application Revolut, a transféré sa résidence fiscale vers les Émirats. La banque UBS prévoit que le Royaume-Uni pourrait perdre jusqu’à 500.000 millionnaires d’ici à 2028. L’Adam Smith Institute, un think tank libéral, évalue le coût de cette mesure à 111 milliards de livres et anticipe la perte de plus de 40.000 emplois.
Cependant, ce phénomène est loin d’être isolé au Royaume-Uni. La Norvège, après avoir imposé une forte augmentation d’impôts sur les super-riches, a également connu un exode similaire. De plus, des mouvements de richesses ont été observés à l’intérieur d’un même pays. En Californie, la mise en place d’une taxe inspirée du modèle Zucman a conduit certains milliardaires à se tourner vers d’autres États américains, à la recherche de meilleures conditions fiscales.
### Les finances publiques britanniques, gagnantes ou perdantes ?
Néanmoins, il convient de nuancer cette situation. La question fiscale est complexe, d’autant que les ultra-riches sont souvent très mobiles. « Il est difficile de suivre véritablement les évolutions de domicile », souligne Sylvain Bersinger, expert économique au cabinet BersingerEco, qui met en garde contre des interprétations trop simplistes et idéologiques.
Les chiffres eux-mêmes peuvent être sujets à interprétation : UBS prévoit 500.000 départs de millionnaires d’ici à 2028, mais seulement 73.000 d’entre eux sont directement concernés par cette nouvelle mesure (les non-doms). De plus, il est délicat d’attribuer cette migration uniquement à la modification législative. « La fiscalité n’est pas toujours le seul élément qui incite les milliardaires à rester ou à partir », ajoute l’expert. Par exemple, la Suisse attire la richesse non seulement pour sa fiscalité, mais aussi pour sa sécurité et la qualité de ses écoles. D’autres facteurs comme la croissance faible du Royaume-Uni, le sentiment d’insécurité ou même le Brexit peuvent participer aux départs. Il demeure une règle : « Quand vous augmentez les impôts, vous augmentez la probabilité que les millionnaires partent. »
Le Trésor britannique, quant à lui, ne montre pas de signes de panique. Lors de son budget d’automne 2025, il estimait que les réformes fiscales pour les « non-doms » devraient générer 39,5 milliards de livres supplémentaires en cinq ans, soit près de 20 % de plus que les prévisions initiales. En d’autres termes, les revenus générés par ces taxes compenseraient largement les départs des non-résidents. *Keep calm and carry on taxing*.

