France

Free party : « Le mouvement ne va pas s’arrêter »… Identité des organisateurs difficile à établir

Jeudi, les parlementaires ont débattu de la nécessité d’imposer une législation plus ferme à l’encontre de ceux qui organisent ou participent à des free parties. La proposition de loi de la députée Horizons, Laetitia Saint-Paul, a été adoptée par 78 voix de droite, du centre et de l’extrême droite.

La « tekno » a fait son apparition à l’Assemblée nationale. Ce n’était pas pour divertir les députés, peu intéressés par la musique de teuf. Jeudi, les parlementaires ont débattu de la nécessité d’introduire une législation plus stricte à l’encontre de ceux qui organisent ou participent à des free parties. Par 78 voix, provenant de la droite, du centre et de l’extrême droite, la proposition de loi de la députée Horizons, Laetitia Saint-Paul, a été adoptée.

Si cette mesure est confirmée au Sénat – ce qui semble probable – elle stipulera des peines allant jusqu’à six mois de prison et 30.000 euros d’amende pour toute personne contribuant « de manière directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement » d’une free party. L’objectif de la droite est de contraindre les organisateurs de ces rassemblements illégaux, avec l’espoir que ces fêtes libres disparaissent progressivement.

Pas de leader identifiable

Cependant, l’identification des responsables s’avère complexe. Dans ce milieu autogéré, il est très difficile de repérer les personnes influentes. Les teufs ne sont pas organisées par des associations avec un président, un secrétaire et un trésorier. Animées par des sound-systems sans hiérarchie ou organigramme, ces fêtes incluent des dizaines de participants unis par la même passion pour la fête libre.

« Il n’y a pas de chef, pas de donneur d’ordre. Chacun apporte ce qu’il peut et tout le monde aide. Certes, certaines personnes sont davantage impliquées dans l’organisation que d’autres, mais leur identité n’est pas toujours claire. Nous avons un aspect anarchiste », témoigne Fanny, qui est impliquée dans ce milieu depuis « six ou sept ans ».

Le fiasco de la teuf de Lieuron

Les gendarmes essaient d’identifier les responsables, mais se heurtent à l’absence d’organigramme à chaque fois. Un exemple ? Pour le nouvel an 2021, durant la pandémie de Covid, la teuf de Lieuron, en Ille-et-Vilaine, a suscité de vives réactions. À l’époque, l’opinion publique aurait volontiers puni les organisateurs de cet événement. En 2024, les quelques personnes identifiées et soupçonnées d’y avoir participé ont toutes été relaxées par la justice.

En 2021, une teuf avait rassemblé plus de 2.000 personnes à Lieuron, alors que la France était sous couvre-feu. L'affaire avait provoqué un véritable tollé. Mais personne n'a été condamné.
En 2021, une teuf avait rassemblé plus de 2.000 personnes à Lieuron, alors que la France était sous couvre-feu. L’affaire avait provoqué un véritable tollé. Mais personne n’a été condamné. - J. F. Monier

Le mouvement underground est difficile à tracer. Pour chaque nouvelle fête, une nouvelle équipe se forme pour installer le matériel, gérer les accès, avertir les teufeurs et superviser les stands de prévention. « Il n’y a pas de gourou ou de président. Cela dit, personne ne peut faire ça seul. On ne peut pas organiser une teuf juste avec quelques personnes. Tout le monde est un maillon de la chaîne, tout le monde aide », raconte Jeff (prénom d’emprunt), un organisateur et DJ familier des free parties.

« La free party, elle n’est pas contrôlable »

Dans une tribune publiée sur Télérama, plusieurs collectifs, dont Tekno Anti Rep, ont critiqué directement cette loi jugée répressive. « Une politique qui criminalise et réprime aussi durement la fête libre, ce n’est pas de la sécurité, c’est de l’autoritarisme », affirment les signataires. Cependant, en l’absence de leader, la voix de ce mouvement peine à se faire entendre. À part les teufeurs eux-mêmes, qui se lèvera pour défendre un mouvement perçu comme un rassemblement de punks à chien écoutant du boum boum ? « Il y a des personnes qui ont essayé de devenir des porte-paroles, mais ça n’a pas fonctionné. La free party n’est pas contrôlable », admet Jeff.

Critiquée par la gauche, la loi prévoit aussi une amende de 1.500 euros pour les simples participants. En augmentant les amendes, la France souhaite dissuader les teufeurs. Cette mesure va-t-elle les décourager ? « Ça peut devenir un frein. Avant, les policiers infligeaient 135 euros d’amende au conducteur. Comme on partageait, c’était gérable. Maintenant, ils infligent 135 euros à chacun. Cela fait réfléchir. Certaines personnes ne viendront plus », reconnait Fanny.

Notre dossier sur la free party

Ces dernières années, de nombreux préfets ont cependant renforcé leurs arrêtés interdisant les rassemblements pour des week-ends, des semaines, des mois, voire une année. « Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l’on prétend combattre », s’inquiètent les auteurs de la tribune. Les participants craignent les risques encourus. Toutefois, avec cette nouvelle loi, les personnes « intervenant exclusivement dans le cadre des actions de réduction des risques » seront exemptées de sanctions.

Cependant, d’après les anciens, la free party est loin d’être en voie d’extinction. « Cela fait plus de trente ans que cela existe. On ne peut pas éteindre un mouvement autogéré et autosuffisant. Cela continuera à exister. Le mouvement ne s’arrêtera pas », explique Jeff. « Rien n’arrête un peuple qui danse », lancent souvent les teufeurs.