Frédéric Lodéon: «Dans la musique classique, il faut rentrer par une porte et ensuite ouvrir les autres»

Frédéric Lodéon, animateur de «Carrefour Lodéon» — Christophe Abramowitz

  • Ancien violoncelliste, Frédéric Lodéon est depuis plus de deux décennies l’un des animateurs emblématiques de la musique classique sur les grands médias.
  • Il a animé pendant dix-sept ans les «Victoires de la musique classique» et présente aujourd’hui «Carrefour de Lodéon» sur France Musique.
  • «20 Minutes» lui a demandé comment découvrir la musique classique.

Il a présenté les Victoires de la musique classique pendant dix-sept ans, et est à la tête de Carrefour de Lodéon sur France Musique depuis vingt-cinq ans. Qui de mieux que Frédéric Lodéon pour faire aimer la musique classique à n’importe qui ? 20 Minutes l’a rencontré avec une lectrice, Camille, profane de la musique classique, dans le studio dans lequel il enregistre son émission.

Pouvez-vous nous rappeler votre carrière ?

A la base, je suis violoncelliste. En 1977, j’ai gagné le premier prix du concours Rostropovitch. Puis j’ai rencontré Jacques Chancel, qui animait Radioscopie et le Grand échiquier. Il m’a fait jouer avec Georges Brassens, Julien Clerc… Il essayait de sentir les gens. « Je travaille à la curiosité », m’avait-il dit. Les gens n’ont pas besoin de tout savoir, il suffit de demander ce que les auditeurs voudraient savoir.

Justement, comment fonctionnez-vous dans vos émissions ?

« Il faut donner aux gens ce qu’ils pourraient aimer », disait Jacques Chancel. J’évite le jargon, ça n’enrichit personne. Il faut que tout le monde puisse comprendre ce que je dis. J’ai toujours pensé qu’il fallait s’exprimer de manière très simple.

Dès les premières émissions de radio que j’ai faites, j’ai voulu casser les codes. Les gens se sont dit « enfin quelqu’un comme nous ». Le dénominateur commun entre les auditeurs, moi et Mozart, c’est que nous sommes des êtres humains avec une joie de vivre, des peurs, de la tristesse etc. Il faut parler de l’être humain d’abord.

Comment ça ?

La musique ne doit pas être solennelle, scolaire. Si on parle de la forme d’écriture, du schéma AB/A’B’par exemple, c’est ennuyeux à mourir. Je préfère dire que Mozart a écrit cette sonate quand il était très malheureux à Paris. J’adore raconter.

Et que répondez-vous à ceux qui vous accusent d’être trop populaire ?

On n’est jamais trop populaire. L’année prochaine, je fêterai mes cinquante ans de carrière donc je m’en fous maintenant. Mes ennemis sont morts. Le principal c’est de durer. Quelques fois, il y a eu des coups qui m’ont fait mal, mais le public ne se trompe pas, il me remercie d’avoir ouvert des portes. Mon but c’est d’abattre les frontières, il ne faut pas avoir de complexes en musique. J’ai un peu la position du parrain en violoncelle.

Et donc là, les Victoires de la musique classique, c’est terminé ?

Après dix-sept ans à présenter les Victoires de la musique classique, j’ai mis la clé sous la porte l’année dernière. Dix-sept ans, c’est long : j’ai tout fait, rencontré tout le monde… Le directeur général qui était mon ami est parti. Je me suis dit qu’il était temps pour moi de lâcher la rampe. Place aux jeunes ! Personne n’a présenté les César, les Oscars, dix-sept fois de suite, c’était normal.

Quand on n’y connaît rien, par quoi faut-il commencer son initiation à la musique classique ?

Ça dépend de votre nature. Qu’est-ce que vous attendez de la musique ? Si c’est du calme, je vous conseille du vrai classique : Mozart, Haydn, Schubert. Les romantiques se sont dégagés de la perruque, en même temps ils ont beaucoup d’orgueil. Mozart c’est la grâce, Beethoven c’est la force, Brahms la sensualité, Debussy la poésie…

Dans la musique classique, il faut rentrer par une porte et ensuite ouvrir les autres, sinon c’est frustrant. Moi je vais de Monteverdi à Poulenc. J’adore le concerto pour violoncelle de Schumann. Bach aussi, ce sont les deux compositeurs qui m’ont construit musicalement. La musique c’est du plaisir et de l’émotion. « La musique c’est l’exaltation, s’il n’y a pas d’exaltation, ce n’est pas bon », disait Pablo Casals, un très grand violoncelliste.