France – Ukraine : Un système à trois derrière au service de l’attaque… Mais que cache le 3-5-2 de DD?

Montage effectué sous eau minérale. — 20 Minutes Productions

  • Didier Deschamps est passé au 3-5-2 depuis près d’un an.
  • Le sélectionneur se défend d’adopter un système défensif.
  • On vous explique pourquoi effectivement jouer à trois derrière n’est pas nécessairement synonyme de bétonner (mais aussi pourquoi on pourrait faire plus offensif).

Le temps passe vite. Poncif. Mais vrai. Saviez-vous par exemple que le 3-5-2 en équipe de France sous Didier Deschamps fêtera son premier anniversaire le 17 novembre ? A cette date, en 2019, le sélectionneur avait surpris son monde en innovant avec une défense à trois contre l’Albanie, succombant à la grande mode rétro d’un schéma qui acvait conduit l’Argentine de Maradona au sacre mondial en 86 avant de repasser sous les radars au gré des années.

Petit clin d’œil à DD : c’est son ancien club, la Juve,​ qui a été sous Antonio Conte l’un des premiers à ressortir le 3-5-2 du placard au début de la décennie 2010. Le système à trois derrière a même survécu au départ de son instigateur car il permettait dans un premier temps de ne pas avoir à choisir entre Chiellini, Bonucci et Barzagli. Toute ressemblance avec l’équipe de France et sa pléthore de défenseurs centraux serait fortuite. Kimpembe, Varane, Upamecano contre la Suède, Hernandez, Lenglet, Upamecano contre la Croatie, il y a de quoi faire. Mais, en adoptant un schéma initialement pensé pour la défense, Didier Deschamps offre une ouverture aux détracteurs qui lui reprochent un pragmatisme excessif au détriment du beau jeu. Ce dont il s’est d’ailleurs encore défendu cette semaine.

« On est au haut niveau et l’objectif c’est d’aller chercher la victoire. Pas n’importe comment, mais l’objectif premier c’est toujours le même. D’avoir le plus de maîtrise possible et de mettre le plus en difficulté possible l’adversaire. Je préfère avoir le ballon et maîtriser. »

Accordons ça à Didier, ça n’a pas trop mal marché jusqu’ici. Mais il faut reconnaître qu’aligner Dubois et Digne en pistons – ces genre de latéraux-ailiers hybrides qui doivent occuper l’intégralité des couloirs – droit et gauche contre la Suède n’était peut-être pas la meilleure façon de vendre un nouveau produit dont la principale qualité serait la maîtrise. De là à dire que ce 3-5-2 est l’antithèse du football, il y a un fossé que l’on ne franchira pas (tout de suite). D’abord, parce qu’il n’en est qu’à ses premiers balbutiements et que Deschamps a six matchs pour le peaufiner. Ensuite, car contrairement aux idées reçues, ce changement tactique n’a pas nécessairement vocation à consolider l’assise défensive.

Modulable à souhait

« Etre solides derrière, on a déjà prouvé qu’on pouvait l’être dans d’autres schémas. Ce 3-5-2 n’est pas pour verrouiller, jurait DD lundi en conférence de presse. Cela vous surprendra peut-être, mais mon objectif avec ce système est de faire en sorte de mettre les joueurs offensifs dans les meilleures dispositions […] Dans ce système, on s’est créé pas mal d’occasions, on a marqué pas mal de buts. » Sept pions en trois matchs, on a connu pire, on a connu mieux. Docteur ès tactique, Christophe Kuchly distille son savoir dans le podcast Vu du banc. Et pour lui, le sélectionneur est de bonne foi.

« Le 3-5-2 de Deschamps est à mi-chemin entre les versions où on bétonne derrière et ceux de Leipzig et l’Atalanta où les pistons sont ultras hauts. En équipe de France, il veut faire jouer ses latéraux assez hauts mais il y a pas encore les combinaisons pour. Si tu veux faire un truc type Atalanta, il faut vraiment beaucoup de répétitions et c’est pour ça que c’est intéressant de le faire dès maintenant. Ça demande des ajustements des circuits de passes à travailler. »

Ah oui, au fait, la notion de piston veut tout et rien dire. Vous n’aurez pas le même rendement selon que vous alignez un latéral de formation, un milieu ou un ailier comme Coman, dont le nom est cité par le sélectionneur à droite. De même qu’il ne jouera pas de la même manière selon que vous affrontiez Saint-Marin où le Brésil.

« Contre l’Ukraine, expose Kuchly, la position de ton piston sera logiquement celle d’un ailier parce que tu vas dominer. Donc Coman à droite, avec un profil plus défensif à gauche pour équilibrer, pourquoi pas ? » Dit comme ça, le 3-5-2 apparaît comme l’équivalent tactique de la tente Quechua modulable. Y a-t-il quelque chose qui soit plus Deschamps que ça ?

Carré, triangle, losange, haut, bas, gauche, droite…

Mais rangeons donc le tableau noir. Au fond, ce changement de cap cache aussi les desseins du DD gestionnaire, désireux de conserver Antoine Griezmann, traumatisé par son exil à droite au Barça, dans une position axiale qu’il affectionne tant. Qu’il déprime en club, soit, mais hors de question pour le sélectionneur de laisser son atout trainer son spleen en Bleu. Trop précieux, trop atypique, dira le boss de l’EDF. « Là où il est le plus efficace, c’est dans l’axe, au cœur du jeu, pour pouvoir faire du liant. Il a même le volume pour se retrouver parfois au milieu de terrain. »

Toujours est-il que le 3-5-2 n’est pas le seul système capable de remettre Grizou au centre du village. Pourquoi pas tenter un milieu en losange plus porté sur l’audace, sur la créativité ? Avec la myriade de milieux de terrains à disposition, ça devrait le faire non ? On a posé la question à Deschamps, professeur émérite de géométrie. Accrochez-vous :

« Le losange c’est une des solutions. Évidemment il y a beaucoup de milieux de terrains et d’autres qui pourraient être là donc à ce poste-là il y a suffisamment de joueurs. Le choix de jouer dans une défense à trois, je l’ai déjà expliqué, c’est par rapport au triangle à trois devant [Giroud, Griezmann, Mbappé], et ce triangle, dans le cadre d’un losange au milieu, il reste d’actualité. C’est donc une possibilité mais c’est pas les mêmes repères, pas le même système, avec des avantages et des inconvénients. C’est une option que je mettrai en place à un moment ou un autre. »

Vu la tiédeur de cette réponse, on se réserve le droit d’imaginer au mieux comme une solution d’appoint. Kuchly y voit une incompatibilité majeure avec ce que se doit d’être un plan A pour Deschamps. « J’ai tendance à penser que pour bien défendre en bloc, tu as besoin de joueurs sur les côtés au milieu. Or dans le losange, les deux milieux auraient une trop grande zone à couvrir sur les côtés en phase défensive, et j’ai du mal à voir comment un losange peut ne pas exposer les latéraux. » La défense, toujours la défense…

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