France – Irlande : Pourquoi ce tournoi des VI Nations ne doit plus nous échapper

Au Stade de France,

Priorité officielle des deux semaines qui viennent, avec éviter la guerre en Ukraine ? Dégonfler nous boulards de journaliste supporters et ne pas crier au Grand Chelem trop tôt. On connaît l’histoire, et le niveau général du tournoi, hormis ces pauvres hères italiens, n’incite pas encore à la bamboche du siècle, puisque les trois matchs qui viennent sont tout à fait paumables d’une façon ou d’une autre.

Mais tout de même : la France est la dernière équipe invaincue de ce tournoi et la mieux placée pour l’emporter, même sans Grand Chelem. Voilà pourquoi on y croit, après avoir passé l’Irlande à l’essorage 1.000.

Parce que la botte de Jaminet

OK, le bel hidalgo de Perpignan est un peu passé au travers sur les ballons hauts en première mi-temps, notamment sur l’essai casquette de (Mikkel) Hansen. Mais alors quel taulier quand il s’agit d’enquiller les strikes. Un seul échec en neuf tentatives, qui a surpris tout le monde en tribunes tellement ils sont rares avec lui, mais alors pour le reste, Melvyn, c’est vraiment notre pied sûr. Même à 50 mètres, l’arrière des Bleus est capable d’envoyer de la praloche sans donner l’impression de forcer. De mémoire de suiveur, cela fait bien longtemps qu’on n’avait pas un buteur à 90 % pour une décennie.

Parce que notre intensité physique

« On savait qu’ils allaient nous faire la guerre dans les rucks, on s’y attendait, et on a répondu présents même s’ils nous ont piqué quelques ballons ». Thibaut Flament a tout dit. Face à la meilleure équipe du monde quand ça se bastonne au sol, l’équipe de France a été capable d’une férocité à l’impact qu’on ne lui connaissait pas, grattant même trois pénalités sur ce secteur avant la pause.

La force brute de nos piliers, comme sur l’essai de Baille, les 16 plaquages de Jelonch, les yards gagnés par Aldritt en hommage au Superbowl, et l’activité de Cros, ont été remarquables : « On savait que l’Irlande conservait énormément de ballons, et quand on les laisse imposer leur rythme, ils sont vraiment dangereux, résumait ce dernier. Ça passait par un gros combat sur le jeu au sol ». Combat gagné aux points, comme Francis Ngannou. Tremble Murrayfield.

Parce que notre discipline

« Six pénalités concédées je crois, c’est ça les gars ? ». Fabien Galthié n’a pas eu de réponse à sa relance tout de suite, mais c’est que le sélectionneur voulait faire son petit effet. Malgré la dimension physique proprement stupéfiante de ce match, les Bleus n’ont été sanctionnés que sept fois, soit 50 % de fautes en moins que face aux Italiens en entame. Un rapport qui correspond davantage aux standards exigés pour gagner un tournoi. Galthié toujours :

« Les pénalités sont les conséquences d’un comportement. Cela fait partie de notre entraînement la semaine, avec un arbitre qui nous accompagne sur tout. On travaille toujours sur la règle avec Jérôme Garcès, sa pédagogie nous accompagne en défense et en attaque. On a trouvé une bonne régulation dans un match très spécial ».

Parce que le french flair de notre charnière

A l’automne, c’était la relance de feu de Romain Ntamack depuis le fond de l’en-but pour renverser un match qui sentait le sapin. Cette fois. Une touche vite jouée au bout de 30 secondes de jeu par Antoine Dupont, alors qu’on était à peine chaude. La suite ? Un balayage de gauche à droite comme chez le coiffeur, puis un surnombre bien senti par le fils de Milou qui retrouvait à l’intérieur son partenaire de club d’une passe aveugle assez insensée. Sept points en un coup de cuiller à pot, et explication benoîte du meilleur joueur du monde : « Personne ne marquait Romain sur la touche, alors on n’allait pas attendre ! On avait tous envie de se dégourdir les jambes, ce qui est bien c’est que tout le monde a suivi ». Simple, non ?

Parce que la grinta de Villière

Un match de chien pour les ailiers aux envies de grand large, tout le contraire de la semaine passée. Mais peu importe, Gabin Villière trouve sa gamelle dans tous les petits bonheurs de la vie. Une chandelle à réceptionner, un coup de casque à donner dans un maul, un arrière à pousser dans la Seine, l’ailier toulonnais, mélange de Clerc et Dominici transmet sa rage et son caractère à tous ses équipiers. Superbe anecdote de Galthié en conf d’après-match.

« Lors de la remise des maillots, Un moment important pour nous, parce qu’on veut célébrer chaque cap, Gabin il a dit « Je vais être là vous allez voir, la guerre je vais l’animer. Les actes ont suivi. Il fait des promesses à ses potes, il les tient ». Avec Gabin jusqu’au bout du monde.

Parce qu’on est perfectibles

A se demander comment à ce niveau on peut prendre un essai pareil. Renvoi les Irlandais à l’agonie après six minutes (10-0), puis Jaminet et Penaud qui se regardent l’air ahuri et laissent Hansen filer à l’essai. En tout ce sont quatre renvois après avoir marqué qui vont être mal négociés par les Bleus, donnant aux Irlandais des occasions de recoller à partir d’une miette de pain.

« Sur le premier, c’est une erreur d’inattention, on pensait qu’ils allaient taper de l’autre côté, se souvient François Cros. Sur le deuxième, on récupère le ballon mais on n’est pas efficaces au soutien. Ce sont dix points cadeaux qui les remettent dans le match ». Un copier-coller des Blacks là aussi, ce qui prouve que l’équipe de France ne maîtrise pas tout, loin de là, et qu’elle peut encore améliorer sa gestion des temps faibles.

Parce que ce sont les Irlandais qui le disent

Toujours étonnant de lire les commentaires dithyrambiques de la presse anglo-saxonne à notre sujet, on n’a pas l’habitude. Si Andy Farrell s’est contenté d’un « Well done et félicitations à eux », rappelant que les Bleus avaient juste fait leur taf sur leurs deux matchs à domicile, nos confrères de l’Irish Times étaient beaucoup moins réservés : « L’Irlande est tombée sur plus fort qu’elle. Les Français seront certainement champions le mois prochain. Leur combinaison de talent balle en main, de fleur, et de ballons volés est assez spéciale ».

Un autre pour la route ? Signé Matt Williams, ex-entraîneur de renom, consultant pour le diffuseur à Dublin : « Je sais que tous les joueurs sont dévastés, mais ils ont juste affronté la meilleure équipe du monde chez elle et ils ont été tout proches de revenir sans Sexton ». Ce serait couillon de décevoir tout ce beau monde dans un mois, vous ne pensez pas ?