France-Irlande : Les Bleus favoris du Tournoi des VI Nations même pour les Anglo-Saxons, « tout le monde aime cette équipe »

Le plus souvent, lorsqu’un sportif a une belle étiquette de favori collée sur le front, son premier réflexe est de tenter de l’arracher. Comme Romain Ntamack, avant le France – Irlande de ce samedi à Saint-Denis, qui pourrait déjà faire basculer le sort du Tournoi des VI Nations. « Les Irlandais méritent ce statut parce qu’ils sont 3e mondiaux, restent sur neuf victoires d’affilée, une super tournée de novembre et un gros match face aux Gallois [29-7], » argumente l’ouvreur des Bleus.

Certes, pendant que les coéquipiers de Jonny Sexton (absent sur blessure face aux Bleus) mixaient le Poireau à Dublin, les Bleus sortaient une prestation « bien mais pas top » face aux Italiens (37-10). Pourtant, rien n’y fait. Les hommes de Fabien Galthié, 5es au dernier classement World Rugby qui vaut ce qu’il vaut, trimballent une grande pancarte, encore plus visible depuis le triomphe sur les All Blacks en novembre (40-25).

Prenez Austin Healey, l’ancien trois-quarts polyvalent du XV de la Rose au tournant du millénaire. Le 31 décembre dernier, dans les colonnes du Telegraph, il se félicitait du retour en grâce d’un rugby offensif incarné par la France, à laquelle il prédisait une victoire dans le Tournoi 2022, qui serait la première depuis douze ans. Puis, tant qu’on y est, un triomphe lors de « sa » Coupe du monde 2023.

En bon Anglais, Healey n’est pourtant pas un francophile béat. En mars 2016, dans le même journal, il écrivait que les Bleus « étaient si mauvais que c’est pénible à regarder ». Et en février 2019, il les jugeait « nuls et leur coaching catastrophique ». La moustache de Jacques Brunel, le sélectionneur de l’époque, en tremble encore d’indignation.

« Une équipe formidable avec un grand potentiel »

Depuis ces récentes années noires, une nouvelle génération a pris le pouvoir. Conduite par Antoine Dupont, meilleur joueur du monde en titre, et cornaquée par Fabien Galthié, elle séduit bien au-delà du « Channel ».

« C’est une équipe formidable avec un grand potentiel, s’enthousiasme ainsi pour 20 Minutes Scott Hastings, l’ancien centre écossais des années 1980-1990, aujourd’hui consultant « free-lance ». La structure mise en place par les entraîneurs est excellente et les Bleus sont capables de battre n’importe quelle équipe dans le monde. »

La France a fait forte impression lors de sa victoire sur la Nouvelle-Zélande à Saint-Denis (40-25), le 20 novembre 2021.
La France a fait forte impression lors de sa victoire sur la Nouvelle-Zélande à Saint-Denis (40-25), le 20 novembre 2021. – Christophe Ena / AP / Sipa

« Tout le monde adore cette équipe de France, renchérit Bernard Jackman, ex-talonneur international irlandais puis entraîneur de Grenoble (2011-2019), consultant pour le groupe public audiovisuel RTE. Depuis le début du Tournoi, je dis qu’elle va gagner. Elle joue avec beaucoup de fierté, elle est forte mentalement, avec beaucoup de facteurs X notamment derrière, comme Dupont, Fickou et Jaminet. Quand tu vois qu’un ailier comme Teddy Thomas [actuellement blessé] n’est pas dans les premiers choix, c’est un signe que l’effectif est très profond. Et j’ai entièrement confiance dans le staff, très compétent. »

Scott Hastings, frère de l’inoubliable Gavin, ajoute les noms de Woki, Alldritt et Ntamack parmi ses chouchous au sein « d’une équipe stable qui joue avec confiance » et « avec du rythme aussi bien qu’avec des joueurs coureurs et physiques qui mobilisent les défenseurs adverses ».

Le banc irlandais moins profond

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On arrête tout dès maintenant et on expédie le trophée du Tournoi au siège de la FFR ? Les Irlandais, également tombeurs des Blacks à l’automne (29-20), s’affichent quand même comme les principaux rivaux des Français et le match de samedi aura des allures de finale avant l’heure (désolé pour le cliché).

Là encore, même un ancien joueur du Trèfle donne un léger avantage à la bande à Galthié. « Ce sont les équipes les plus fortes, mais prenons l’exemple de la première ligne, lance Jackman. Nous, avec Porter-Kelleher-Furlong, on est bons. Mais quand on fait tourner après 60 minutes, le niveau baisse un peu et les Français vont avoir plus d’impact. En Irlande, nous n’avons que quatre provinces professionnelles [Leinster, Munster, Ulster, Connacht], pour 125 ou 130 joueurs sélectionnables. »

Gare à l’Ecosse ?

Un calendrier favorable avec la réception des Irlandais au réservoir un peu court puis des Anglais battus d’entrée en Ecosse (20-17), un déplacement chez des Gallois diminués et perclus d’arthrose… La voie semble dégagée pour les irrésistibles Français. Pas si vite, rétorque Scott Hastings. « Je pense que la France peut gagner le Tournoi mais qu’elle ne fera pas le Grand Chelem. La pression du VI Nations et le fait de jouer à l’extérieur peuvent tendre les joueurs. »

Forcément, l’ancien recordman de sélections pour le XV au Chardon (65) a une idée derrière la tête. « Si les Ecossais battent les Gallois samedi, le match à Murrayfield [le 26 février] peut être amusant. »

D’ores et déjà, Bernard Jackman dédramatise un éventuel revers. « Même si la France ne gagne pas ce Tournoi, elle peut voir l’avenir avec optimisme, assure l’Irlandais, désormais chef d’entreprise dans le secteur technologique et entraîneur de Bective Rangers, vénérable club amateur de Dublin. L’équipe va encore progresser et faire des choses très intéressantes dans les quatre ou cinq années à venir. » A l’automne 2023, ce ne serait pas mal.