France-Irlande : Le trou d’air à l’heure de jeu, on est vraiment obligés ?

Au Stade de France,

Vous connaissez le XV de France qui commence du tonnerre et qui finit sur les rotules ? Oubliez et faites place au XV de France qui commence toujours du tonnerre, qui a un gros coup de mou au milieu, mais qui retrouve du peps pour finir. La victoire contre l’Irlande en deuxième journée du tournoi a ressemblé à la petite jumelle de celle contre les Blacks en novembre. D’abord une entame incroyable pour marquer son territoire, dix points en cinq minutes sur des actions all-star game, principe ainsi résumé par Baille : « Attaquer le match le mieux possible et valider nos temps forts, c’est notre force et c’est bon pour la confiance ».

Même scénario que face aux Blacks

Comme à l’automne, contre la seule autre équipe à avoir battu les Blacks, les Bleus font du petit bois de la science du ruck irlandais, 22-7 juste après la mi-temps, on se dit que ça roule tout seul jusqu’au coup de bambou, tout pareil que face aux Néo-Z. Deux actions connes, enfin un renvoi mal négocié et une pénaltouche irlandaise réglée comme du papier à musique, et une pénalité sifflée contre Villière franchement duraille qui débouche une minute plus tard sur une percée plein champs de Gibson Park, et les Bleus ont dilapidé toute leur avance savamment construite brique après brique en moins de cinq minutes douche et rasage compris.

Antoine Dupont appelle ça un « petit trou d’air à corriger sans lequel on aurait pu avoir une fin de match très tranquille », son coéquipier Cyril Baille « un point noir à corriger ». Fort bien. Les Irlandais, pourtant, ne manquaient pas de s’étonner discrètement d’être revenus dans un match qu’ils n’apercevaient plus qu’à la jumelle. « A 22-7 contre nous, beaucoup pensaient que c’était fini, témoignait Andy Farrell, le manager du Trèfle. Pourtant, on est revenus, ça montre toute la détermination des gars et leur caractère ». Ainsi que les petites faiblesses du XV de France, oserait-on ajouter. Car ne pas savoir enfoncer un adversaire qui demande grâce en est une, même si Fabien Galthié nous invite à considérer l’œuvre dans son ensemble : à ce niveau de compétition, on ne martyrise personne de la première à la dernière minute, il faut s’accrocher quand ça tangue

« Contre ces équipes-là il faut accepter d’avoir des temps faibles et limiter leur impact parfois violent. Ça s’est passé contre les Blacks, ça s’est passé contre l’Irlande, mais on a réussi à reprendre la main un peu comme à l’automne, avec la même organisation de notre équipe sur ces 30 dernières minutes, ce coaching avec six avants qui est une prise de risque mais qui a fonctionné. Au-delà de la victoire qui est très très positive, il y a aussi l’expérience collective qui se débloque dans des matchs comme ça, une sorte de confiance qui imprègne l’équipe ».

« Notre force de savoir rester froids dans ces moments-là »

Le manager des Bleus touche ici un point sensible. Même dans ses trous d’air, l’équipe de France ne semble jamais désarçonnée totalement, la preuve, cet essai de Baille tout en percussions successives à 22-21 pour démontrer aux grands gaillards d’en face que le réservoir n’était pas encore à sec. Il y a l’idée en creux que tout ça fait partie d’un match, et qu’il ne faut pas paniquer en cas de remontada comme quelques années en arrière, quand la litanie de défaites ne permettait pas de transmettre au groupe la culture collective suffisante pour conserver une avance pourtant imperdable.

C’est François Cros qui l’explique le mieux à sa manière : « On n’a pas vraiment douté, même si c’est jamais bon de prendre autant de points si vite. Se dire que ce sont des essais qui viennent de nos propres erreurs, ça nous a peut-être permis de rester sereins, de se dire des choses simples pour rassurer tout le monde. C’est aussi la force du groupe de savoir rester froids dans les moments chauds ». Autant vous dire qu’on n’en est pas du tout à ce degré de zénitude bouddesque en tribune de presse, mais il va falloir vivre avec. Dans ce tournoi, et avec nos Bleus, ce sera la tremblote jusqu’à la sirène à tous les coups.