France – Danemark : Karim Benzema, un chef-d’œuvre au milieu du brouillon

Au Stade de France,

Il y a un paradoxe à couronner l’individu dans un sport collectif, surtout quand son équipe a perdu. Mais un joueur aussi exceptionnel que Karim Benzema mérite bien une dérogation. Auréolé de son cinquième titre européen avec le Real Madrid, l’attaquant français flotte d’une légèreté propre aux champions en état de grâce. Son 50e but de la saison lors de la défaite des Bleus face au Danemark (1-2), parfait alliage de maitrise technique et de malice, est là pour en témoigner. Avançons donc la cérémonie du Ballon d’Or, à quoi bon attendre plus longtemps, les dés sont jetés. A 34 ans, le Nueve est le meilleur joueur du monde et personne ne s’approche de son niveau en 2022. À part peut-être Kylian Mbappé.

Parlant du duo d’attaque français, et au risque de décevoir les ahuris du Chiringuito qui nous vendaient une rupture amicale sans aucun fondement, les deux attaquants se sont illustrés par leur complicité en première période. Le Parisien​ a failli offrir l’ouverture du score à son ex-futur coéquipier en conclusion d’une combinaison de haut vol si le bon alignement de la défense danoise n’avait pas mis Benzema en position de hors-jeu. Celle-ci n’a en revanche rien pu faire pour freiner KB19, qui, après avoir pris appui sur Nkunku, a enrhumé trois Danois avant d’ajuster Kasper Schmeichel.

Un geste pour lequel il a été félicité en zone mixte, éloges auquel le Français a été sensible au point de laisser apparaître un sourire timide derrière sa barbe. « C’est vrai que c’est un beau but, mais j’aurais préféré la victoire. » « C’est dommage après avoir mené au score, grâce à la superbe action de Karim [Benzema], de ne pas avoir fait le nécessaire pour garder ce résultat et même l’amplifier », s’est presque excusé Guy Stéphan en conférence de presse, comme si le fait d’avoir entaché le chef-d’œuvre était moins pardonnable que la défaite en elle-même.

Benzema n’accable pas T. Hernandez

Et puis tant qu’à faire, s’il y avait des excuses à formuler auprès de sa majesté, il aurait été plus logique que celles-ci émanent de Théo Hernandez, l’homme-couverture, l’homme-plaid, appelez-le comme vous voudrez. Jusqu’ici impeccable ou presque depuis ses débuts en Bleus, le latéral du Milan AC aura coûté deux buts à la France sur des erreurs d’alignements doublement impardonnables : d’une parce que c’est indigne du niveau international et de deux parce que les pistons jouant naturellement plus haut que les trois autres défenseurs, c’est bien les derniers à avoir le droit de traînasser en queue de peloton.

Pour autant, Benzema s’est montré particulièrement élégant dans son refus d’ « incriminer qui que ce soit » et d’impliquer tout le collectif dans le naufrage de vendredi. Et il n’a pas vraiment l’air abattu par sa première défaite dans le temps réglementaire depuis son retour en Bleu. « Je ressens rien de spécial, c’est comme ça, c’est le football ». Les jambes alourdies par un calendrier interminable, le Nueve a encore des ressources psychologiques. « Il reste trois matchs, c’est mental. Si tu veux continuer à courir, il faut travailler ton mental. Après, le physique suivra. » Les quelques Français émoussés comme Antoine Griezmann, au bout du rouleau passé l’heure de jeu, feraient bien de s’en inspirer.