France-Australie : « On ne pouvait pas ne pas regarder », les supporters n’ont pas boudé les bars

Après des semaines de polémiques, de dénonciation, la Coupe du monde au Qatar a bien lieu et ce mardi, les Bleus, tenants du titre, entrent dans la compétition contre une équipe australienne a priori pas favorite. Mais un fervent supporter, croisé au détour du premier bar visité dans la capitale hier soir, écharpe tricolore discrètement enroulée autour du cou, rappelle les précédents. « L’Italie, qui a gagné en 2006 s’est fait sortir dès le premier tour en 2010, pareil pour l’Espagne en 2014 et l’Allemagne en 2018, alors si on pouvait éviter de parler de match facile. »

Impossible donc pour ce fan, qui préfère rester anonyme de rater la compétition : « le sport, ça doit juste rester le spectacle. Le reste, on le laisse de côté le temps de la compétition ». Dans le même bar du 10e arrondissement de Paris, Laurène s’est aussi laissée tenter. « C’est toujours sympa de venir boire une bière en sortant du bureau, le foot, c’est plus un prétexte », sourit-elle en lançant son pronostic. « Oh je dirais 2-1 pour la France, parie notre supportrice d’un soir. Mais en 2018, à chaque fois qu’on tentait des pronostics, je m’étais plantée ». Ce sera encore le cas ce soir.

« Ce soir, pour France-Australie, c’est plein. Sur le reste, no comment »

Avant même le coup d’envoi de ce France-Australie, on continue la tournée des popotes, histoire de prendre la température dans le quartier central de Bonne Nouvelle. Si un bar dont on taira le nom nous refuse l’entrée, qui se fait sur réservation pour obtenir une place assise, le patron est catégorique : « Oui on diffuse tous les matchs. Ce soir, pour France-Australie, c’est plein. Sur le reste, no comment ». Il nous laisse là sur le trottoir, ne pouvant que constater que derrière les baies vitrées, l’ambiance monte doucement un quart d’heure avant le coup d’envoi.

A deux pas sur le boulevard, en face du Grand Rex, l’Indiana a sorti son grand écran sur la terrasse. Seb (dont le prénom a été changé à sa demande) est venu avec des amis : « c’est un moment de communion, on se retrouve, on boit un coup et on encourage les Bleus ! » Alors que l’hymne retentit, la terrasse l’entonne en chœur. Les passants s’arrêtent sur le trottoir. « Allez les Bleus ! », tonne Mathieu, qui admet s’être posé la question de suivre cette Coupe du monde. Mais l’appel des copains a été plus fort : « je dirais 3-0 pour la France histoire de commencer pleine bourre ».

« Pour des moments comme ça, on ne pouvait pas ne pas regarder »

Pour cette première période, on a rallié le 2e arrondissement où le ton est donné dès la devanture : « Ici, on diffuse les matchs ». Pour un groupe de jeunes collègues, rassemblé autour d’Amine, « on est venus en sortant du travail ». Clope et pinte à la main, ils restent en terrasse en regardant le match à l’intérieur : « c’est bien sans le son aussi, et puis ce n’est que l’Australie ». Pour un autre, « c’est une façon de supporter sans trop s’impliquer ». Jusqu’à la 9e minute où les Australiens ouvrent le score et les Bleus perdent Luca Hernandez sur blessure. « Non mais on ne peut pas se laisser climatiser comme ça, ils vont se reprendre », souffle Amine, plus si détaché.

A l’intérieur, agglutinés devant l’écran, les supporters sont éteints : « On aurait peut-être mieux fait de boycotter », lâche Aurélien. Mais l’égalisation d’Adrien Rabiot rassérène tout le monde, Olivier Giroud confirme. « Pourquoi s’en priver ? Ils y sont maintenant et le mal est fait alors autant se régaler », ajoute un Aurélien bien plus détendu. « Pour des moments comme ça, on ne pouvait pas ne pas regarder », ajoute-t-il.

« Même si je ne suis pas d’accord avec tout, j’aime trop le foot »

A la mi-temps, changement de rade : sur la ligne 3, Adrien casque vissé sur les oreilles et match sur son téléphone, accepte de nous répondre. « J’ai loupé trois buts déjà, je regarde les temps forts avant de finir le match chez moi. Ne pas regarder ? Je ne me suis pas posé la question même si je ne suis pas d’accord avec tout, j’aime trop le foot », lâche-t-il avant de se replonger dans le résumé.

Pour finir ce barathon de France-Australie, on échoue à la sortie du métro Gambetta, où les supporters sont là même si l’ambiance n’explose pas les décibels. Au serveur, qui prend sa pause cigarette, dos tourné à l’écran : « Oh moi le foot, c’est vraiment pas mon truc, même une Coupe du monde, j’ai jamais vraiment regardé. Et pour le reste, je ne suis pas trop les actualités, vous savez ». Un 4-1 contre l’Australie, ça ne lui fait ni chaud ni froid, lui qui a déjà repris ses allers-retours avec son plateau. « Mais ça m’a fait plaisir de vous parler, revenez quand vous voulez ». Sauf pour parler foot, politique, écologie ou polémiques. La Fifa apprécierait.