France-Australie : Giroud, « The Walking Dead »… Toutes les fois où il est sorti de sa tombe pour nous faire mentir

De notre envoyé spécial à Doha,

Le barbu à la coiffure impeccable et au timbre de voix posé nous pousse à un cas de conscience. Après son doublé face à l’Australie mardi soir, Olivier Giroud est un peu plus entré dans l’histoire du football français en égalant le record de Thierry Henry et ses 51 pions en Bleu. C’est vrai quoi, comment parvenir à se renouveler quand on aborde le cas du numéro 9 de l’équipe de France, passé de paria à héros en l’espace d’à peine six mois ? On laissera la comparaison avec le Phénix, cet oiseau mythique symbolisant la renaissance et l’immortalité dans la tradition grecque, à l’Intelligentsia de nos confrères du Monde (on blague bien sûr, on les adore) et osons le parallèle avec de la culture un brin plus populaire. Au hasard, The Walking Dead.

Avouez qu’en y regardant de plus près, Giroud a quelque chose de ces morts-vivants apparus sur nos écrans il y a onze ans de cela. C’était en 2011, la même année où le buteur de l’AC Milan a été appelé pour la première fois en sélection. Tiens, tiens… Arrivé sur la pointe des pieds sous l’ère Laurent Blanc, celui qui faisait alors les beaux jours de Montpellier a toujours connu une histoire plus ou moins compliquée avec les Bleus, notamment d’un point de sa légitimité aux yeux du grand public et des médias. Le point d’orgue de cette incompréhension, l’Euro 2016, lors duquel Giroud est sifflé par le public français, dans son propre pays, payant là la décision du sélectionneur de ne pas prendre Benzema, alors empêtré dans l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena. Le bonhomme n’y est pour rien et encaisse le coup.

Travail, humilité et bouches fermées

Et le voilà aujourd’hui aux côtés de Thierry Henry au sommet du classement des meilleurs buteurs de l’équipe de France. Interrogé en zone mixte après la victoire contre les Socceroos, son poto Hugo Lloris a tenu à lui rendre hommage : « C’est exceptionnel. Surtout, c’est un modèle d’exemplarité parce qu’il n’a jamais rien lâché. Et de se retrouver à la même hauteur que Thierry Henry, c’est juste fantastique pour lui. Maintenant, ce qu’on lui souhaite c’est de lui passer devant, pour lui mais surtout pour l’équipe. » Le héros du soir ne pouvait pas ne pas faire une halte devant les micros.

Alors, il en pense quoi de ce record ? « C’est une grande fierté, un honneur de pouvoir être aux côtés de Titi après ses onze années que j’ai passées en équipe de France. Je mesure le chemin parcouru, mais aussi les superbes équipes dans lesquelles j’ai pu évoluer tout au long de ces années en Bleus C’est un travail collectif, j’essaye de bien finir le travail des mecs et ce soir on s’est plutôt bien trouvé, dit-il humblement. Les 51 buts ? C’était un objectif que je gardais dans un coin de ma tête mais ça ne m’inhibe aucunement sur le terrain, je pense surtout à ce que j’ai à faire pour aider l’équipe. Mon cas personnel passe au second plan. » Et modeste avec ça.

Chronologie d’un enterrement sans cesse repoussé

Combien de fois depuis 2016 ne l’a-t-on pourtant pas donné pour mort ? Et combien de fois a-t-il sorti sa main de six pieds sous terre pour bouffer du hater ? On en a retenu quelques-unes.

2018, déjà contre l’Australie. On l’a peut-être oublié, ou pas, mais c’est bien dans la peau d’un remplaçant que la Gire débute le Mondial en Russie. A sa place, Deschamps lui préfère son chouchou de Griemzann, entouré par les marmots Mbappé et Dembélé. Problème, après 70 minutes d’une bouillie infâme, le compte n’y est pas. DD décide alors de faire rentrer la tour de contrôle, qui débloque le match sur un une-deux avec Pogba, lequel marquera un but chanceux mais non moins décisif. Après ce match, Giroud ne sortira plus jamais du onze de départ et sera sacré champion du monde. Sans marquer, certes, mais pas sans peser.

Black-listé après l’Euro 2021. Prié de rester bien tranquillement dans son nouveau chez lui du côté de Milan après l’échec à l’Euro 2021 et son crime de lèse-majesté à l’encontre de Kylian Mbappé, Giroud vit des moments difficiles et assiste impuissant à la victoire des Bleus de Kyky et KB9 en Ligue des nations, même s’il répète qu’il se tient à la disposition du sélectionneur en cas de besoin. Ce qui arrive quelques mois plus tard, lors du rassemblement de mars duquel Benzema est absent pour blessure. Résultat : deux matchs amicaux contre la Côté d’Ivoire et l’Afrique du Sud, deux titularisations et deux buts.

Cette fois-ci, c’est fini… Deux mois plus tard, il fait alors les frais du retour de Benzema à l’occasion du rassemblement du mois de mai, l’avant-dernier avant l’annonce de la liste pour la Coupe du monde. A l’époque, on écrit dans un papier que « la non-convocation d’Olivier Giroud pour les quatre prochains matchs des Bleus en Ligue des Nations sonne quasiment le glas de sa participation au Mondial au Qatar ». Mouhahaha !

T’as qu’à croire, Edgard ! A la rentrée, à quelques semaines du départ de l’équipe de France au Qatar, et toujours à cause des pépins physiques du Nueve de Valdebebas, revoilà donc le Milanais en Bleu. Au meilleur des moments, peut-être, mais encore faut-il prouver son utilité à un DD qui n’en a plus que pour les beaux yeux du futur Ballon d’or. Résultat bis : trois matchs, trois titularisations, trois buts. In-jou-able.

Tout seul, tout en haut, dès samedi ?

La suite on la connaît. Une convocation au Mondial dans un rôle de joker qu’il accepte sans sourciller, mais une convocation qu’il n’a volée à personne, comme il nous l’expliquait en conf avant même l’annonce du forfait de Benzema : « L’équipe de France est un fil rouge pendant une carrière, et pour y aller il faut être décisif et important dans ton club. Ça a été le cas avec Milan, c’est ce qui m’a donné beaucoup de confiance. Et surtout, quand je suis venu en équipe de France dernièrement, j’ai fait le boulot, c’est ce qui m’a permis d’être ici aujourd’hui ».

Interrogé à son sujet, Benjamin Pavard n’avait qu’un mot à la bouche « Respect ». « Rester au plus haut niveau autant de temps, toujours répondre présent même quand personne n’y croyait, c’est beau, enchaîne-t-il. Il est là, il marque des buts, il est généreux pour l’équipe parce que c’est un super mec. J’espère qu’il va continuer comme ça et battre de nouveaux records. » A commencer par planter le 52e but qui ferait de lui l’unique meilleur buteur de l’histoire tricolore. Et pourquoi pas dès samedi contre le Danemark ? On prend les paris.