Formule 1 : De « baby Schumi » à son engagement écologique, le si « spécial » Sebastian Vettel prend sa retraite

Peut-on être engagé écologiquement et pilote de Formule 1 ? En prenant sa retraite à l’issue du dernier Grand Prix de la saison, sur le circuit de Yas Marina à Abu Dhabi, le quadruple champion du Monde, Sebastian Vettel apporte un début de réponse. « Ma passion est associée à certains aspects que j’ai appris à ne pas aimer. Ils pourraient être résolus à l’avenir mais la volonté d’appliquer ce changement doit être beaucoup, beaucoup plus forte et doit se traduire par des gestes dès aujourd’hui. Les mots ne suffisent pas et nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. Il n’y a pas d’alternative. La course est lancée », expliquait-il sur ses réseaux sociaux pour annoncer sa retraite à la fin de la saison.

Une fibre écologique ancienne que Sebastian Vettel a progressivement développée au cours de sa carrière à travers son humanisme, comme l’explique Karin Sturm, auteure de sa biographie. « Il était plus intéressé par ce qu’il se passait dans le monde que les autres pilotes. En 2011, il est allé visiter le Taj Mahal en marge du Grand Prix d’Inde. Sur la route, il a vu les conditions de vie des Indiens, et en est ressorti avec des remarques philosophiques sur la pauvreté, notamment. Il a un œil, et un sentiment pour ça. »

« Est-ce quelque chose que nous devrions faire ? »

Avec l’accélération du réchauffement climatique, et le fait de devenir père de trois enfants, cet engagement est devenu de plus en plus important. « Certaines choses sont sous mon contrôle et certaines choses ne le sont pas. C’est ma passion de conduire une voiture, chaque fois que je monte dans la voiture, j’adore ça. Quand je sors de la voiture, bien sûr, je pense aussi : Est-ce quelque chose que nous devrions faire, parcourir le monde, gaspiller des ressources ? », confiait-il récemment à la BBC.

Avec en toile de fond, la lenteur avec laquelle la Formule 1 se transforme par rapport aux enjeux écologiques. Sebastian Vettel pousse depuis plusieurs saisons pour un rapprochement géographique des courses, alors que Liberty Media, le promoteur de la discipline, a tardé à remodeler le calendrier et éviter des allers-retours entre les différents continents. « C’est un ensemble, il n’arrive plus à faire correspondre la F1 avec sa famille et ses enfants qui grandissent. Et il n’y aurait pas eu beaucoup de différences l’année prochaine avec l’utilisation d’énergies fossiles et l’impossibilité de se battre pour une course ou un podium », résume Karin Sturm.

Plus jeune champion de F1 avec RedBull

En parallèle de ses engagements, et avant de rejoindre Aston Martin qui a eu du mal à entrer dans les points dans chaque course cette saison ou presque, Sebastian Vettel était un grand champion. Et même le plus jeune, en glanant son premier titre avec RedBull en 2010 à l’âge de 23 ans, 4 mois et 11 jours (un record depuis battu par un certain Max Verstappen), avant d’en glaner trois autres jusqu’en 2013 avec cette nouvelle écurie dans le monde de la F1.

« C’était vraiment une belle combinaison, RedBull et lui étaient jeunes, leur monoplace correspondait bien à sa conduite, et Adrian Newey [ingénieur de RedBull] développait la voiture à son style », liste sa biographe. En devenant le plus jeune champion du monde, il glane le surnom de « baby Schumi », en référence à son idole de toujours. « Le sport auto allemand était basé sur Schumacher à cette époque et il était capable de suivre ses pas », avance Karin Sturm, qui a également écrit la biographie du Baron Rouge.

Les douloureuses années Ferrari

A une exception prête, celle de n’avoir jamais gagné avec Ferrari, une écurie que rejoint Sebastian Vettel en 2015, après une dernière année compliquée avec RedBull. Des débuts mitigés, avant deux titres de vice-champion du Monde en 2017 et 2018, et une progressive dégringolade. « Il suffit de regarder cette saison de Ferrari pour comprendre pourquoi ça n’a pas marché », tranche Karin Sturm.

En cause, des stratégies pas claires de Ferrari, et des brouilles avec Kimi Räikkönen, son coéquipier. Mais la saison 2019, et la triche sur les moteurs de la Scuderia marque véritablement le point de rupture, acté en 2020. « Sebastian Vettel est quelqu’un de profondément honnête, il n’a pas du tout apprécié d’être rattaché à ces histoires. Plus généralement, il est sensible et a besoin de confort dans son environnement. Ce qu’il avait chez RedBull, mais pas chez Ferrari », avance la journaliste.

Une personnalité spéciale dans les paddocks

Ces traits de caractère font justement de lui quelqu’un de si spécial dans les paddocks de Formule 1, et ils ne sont pas étrangers à la prouesse d’avoir réussi à réunir tous les pilotes de la grille pour un déjeuner d’adieu jeudi soir en marge du Grand Prix d’Abu Dhabi. « Il est spécial parce qu’il fait attention aux autres. Il n’est pas égocentrique, une qualité nécessaire pour devenir l’un des meilleurs pilotes, comme les autres », souligne Karin Sturm. Il avait par exemple longuement attendu devant le motor-home de Max Verstappen après son gros accident à Silverstone pour prendre de ses nouvelles.

Nul doute que certains de ses adversaires l’accompagneront dans une série de « donuts », comme il l’avait fait pour le premier départ à la retraite de Fernando Alonso, pour son ultime au revoir à la Formule 1. A moins que. « Je ne suis pas sûre qu’il ne reviendra pas. Ca dépend un peu de comment les choses vont évoluer en F1, mais je n’exclurai pas un retour. Pas comme consultant TV, mais avec la possibilité de faire changer les choses », prévient Karin Sturm.