Food courts, des temples de la restauration rapide voués à la bonne bouffe

Le food court La Felicita, vu de l’intérieur — Jérôme Galland/La Felicità

  • L’inauguration de nombreux food courts partout en France au cours de ces derniers mois témoigne de l’attrait nouveau des Français pour ces « aires de restaurations » très populaires en Asie et aux Etats-Unis.
  • Les food courts réinventent le fast food en le débarrassant de ses relents de malbouffe et en lui injectant de la qualité et une dose de plaisir.
  • Pouvoir manger sur le pouce ou improviser un repas à n’importe quelle heure de la journée, c’est ce que le public attend aujourd’hui, surtout les plus jeunes…

Partout, la promesse est la même : on y mange bien ou on peut acheter de bons produits, pour pas trop cher (souvent moins de 10 euros l’assiette), dans une ambiance agréable et conviviale, voire festive. Les food courts réinventent le fast food en le débarrassant de ses relents de malbouffe et en lui injectant une dose de plaisir, cette « joy food », selon l’expression inventée par le chef Thierry Marx pour qualifier une cuisine simple, savoureuse et décomplexée.

L’inauguration, il y a quelques jours, de la Halle Gourmande dans l’enceinte de la gare du Sud à Nice, un an et demi après la Commune à Lyon et six mois après La Bocca à Bordeaux, témoigne de l’attrait nouveau des Français pour ces « aires de restaurations » très populaires en Asie et aux Etats-Unis, et qui essaiment depuis peu un peu partout en Europe, du Time Out Market de Lisbonne au Market Hall Victoria de Londres, en passant par le Reffen à Copenhague ou Eataly à Turin, puis partout dans le monde… C’est ce même Eataly qui affole les foodistas et les touristes confrontés à de longues files d’attente depuis son ouverture en avril à Paris dans le Marais. Auparavant, il y avait eu Ground Control derrière la gare de Lyon, La Felicita derrière Austerlitz, Beaupassage à Saint-Germain-des-Prés, La Grande Epicerie Rive droite rue de Passy, le food court des Galeries-Lafayette sur les Champs-Elysées. Et les projets ne manquent pas, à Saint-Lazare, La Défense, Rungis…

Shopping ou snacking ?

« Le succès est bien là, mais on est loin de la saturation », affirme Tigrane Seydoux, l’un des deux patrons de la Felicita. Ses 4.500 m2 de surface (dont 1.000 m2 de terrasse) attirent 6.000 clients par jour le week-end « quand le service est assuré de midi jusqu’à très tard le soir », 1.500 en semaine, « quand ce n’est ouvert qu’à l’heure des repas ». Le succès de la Felicita, et de sa maison mère Big Mamma n’a pas empêché le mégastore Eataly, spécialisé dans la gastronomie italienne, d’ouvrir ses portes neuf mois plus tard dans le Marais. « Ce concept transalpin est connu depuis des années, il est hyperalléchant, mais on y vient surtout pour trouver de bons produits, moins pour consommer sur place », compare Mathilde Dewilde. « La Felicita met davantage l’accent sur l’aspect convivial et événementiel, confirme Tigrane Seydoux : nous avons des clowns en journée pour les enfants, une programmation musicale ou festive en soirée. » Voilà pour l’ambiance. Et au fond de l’assiette ?

« En tant que foodista, j’adore ce genre d’endroit, explique Mathilde Dewilde, responsable de la programmation et de la communication du festival Taste of Parisqui s’est tenu mi-mai. C’est une fête pour les yeux et on sait qu’on trouvera de bons produits. Pas forcément les moins chers, mais des produits de qualité. »

Pouvoir se restaurer à n’importe quelle heure

Ces nouveaux sites ont surtout vocation à bousculer les codes de la restauration. « Pouvoir manger sur le pouce ou improviser un repas à n’importe quelle heure de la journée, c’est ce que le public attend, surtout les jeunes, précise à 20 Minutes le patron de la revue Omnivore Luc Dubanchet. A Paris, les food courts romptent avec la tradition des repas à heures fixes mis en place par les Auvergnats, tout en jetant des ponts entre la simplicité d’une cuisine de rue parfaitement exécutée et le meilleur de la gastronomie. »

En cuisine, les chefs aussi y trouvent leur intérêt. « Pour les jeunes, c’est un moyen de lancer sa carrière sans prendre trop de risque, car c’est bien moins cher qu’investir dans un restaurant en dur », estime Luc Dubanchet. Et pour les chefs confirmés, comme Thierry Marx, Yannick Alleno ou Anne-Sophie Pic réunis à Beaupassage, « c’est souvent la curiosité qui les pousse à expérimenter de nouveaux lieux, se confronter à la culture urbaine, sortir de leur zone de confort ». Même chose pour les festivals qui se transforment en food court éphémère, comme Omnivore, Taste of Paris, voire We Love Green qui mêle désormais musique et gastronomie.

A cela s’ajoute la déco, pour lesquels des architectes ou des designeurs réputés sont appelés à la rescousse. Chaque lieu doit se distinguer des autres suivant l’image qu’il veut donner, arty, fashion, chic ou branché. « Au sous-sol des Galeries Lafayette des Champs-Elysées, ils ont eu la bonne idée de relooker le logo des marques, souligne Mathilde Dewilde. Cela donne une cohérence et une harmonie nouvelle à ce type d’endroit. » Une élégance et une discrétion très éloignée de l’esprit criard et flashy des fast foods lancés dans les années 1980.

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