Filmé en train de se masturber dans le métro, il affirme souffrir d’un problème aux testicules

L’homme qui s’est masturbé devant Safiétou dans le métro parisien, l’a fait en plein jour à une heure de pointe, en toute impunité. — Capture vidéo Safiétou

  • Monir H. avait été filmé en train de se masturber dans le métro. La vidéo était devenue virale sur les réseaux sociaux.
  • Devant le tribunal, il a tout nié en bloc, assurant qu’il souffrait d’un problème aux testicules.
  • Le ministère public avait requis 9 mois de prison avec sursis.

C’est une affaire banale et pourtant terriblement symptomatique des violences faites aux femmes qui s’est jouée ce lundi matin devant la 29e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Monir H., un ressortissant bangladais de 48 ans, a été condamné à 8 mois de prison avec sursis pour s’être masturbé devant deux femmes dans les transports en commun. Le tribunal a accompagné sa peine d’une obligation de soins, y compris psychologiques, et d’une indemnisation des victimes à hauteur de 500 euros.

L’affaire avait fait grand bruit à la mi-décembre lorsque Safiétou, 20 ans, avait publié sur les réseaux sociaux la vidéo de ce qu’elle venait de vivre en se rendant à son travail. Ce jour-là, il est près de 18 heures lorsque la jeune femme s’engouffre dans la ligne 7 à Aubervilliers. La rame est quasiment vide. Pourtant, lorsque Monir H. entre à son tour quelques stations plus tard, il s’installe face à elle. Selon son récit, elle se rend compte presque immédiatement qu’ il se masturbe, d’abord par-dessus son pantalon puis exhibe brièvement son sexe. « J’ai ressenti du dégoût parce que ce n’est pas la première fois que ce genre de chose m’arrive », explique d’une voix fluette la jeune femme, tout de noir vêtue.

« J’étais dans un lieu public, je ne voulais pas faire de scène »

Lorsqu’elle sort du métro pour effectuer sa correspondance, l’homme la suit. Selon ses dires, il lui attrape le bras, lui propose d’aller boire un verre. Ce qu’elle refuse « gentiment ». Pourquoi le faire gentiment, lui demande la présidente. « J’étais dans un lieu public, je ne voulais pas faire de scène », explique-t-elle. Arrivée sur le quai, Monir H. est toujours là, quelques mètres derrière elle. Elle change de rame, lui aussi, elle change de place, lui aussi.

Devant le tribunal, le prévenu n’a eu de cesse de nier. De s’être assis en face d’elle, de l’avoir suivie, de lui avoir attrapé le bras. Mais surtout de s’être masturbé devant elle. En dépit de la vidéo versée au dossier, cet employé dans la restauration rapide, marié et père d’une fille, plaide l’incompréhension : s’il se touche le sexe, détaille-t-il dans un français hésitant, c’est parce qu’il souffre d’un problème génétique aux testicules qui le fait souffrir. Des certificats médicaux attestent qu’il s’est effectivement fait opérer. Mais pourquoi exhiber son sexe devant la victime, l’interroge la présidente. « J’avais trop mal. » Pourquoi se lécher les lèvres de manière suggestive ? Parce qu’elles étaient sèches. Quant aux compliments – « vous êtes magnifique », « tu es très belle » – ils étaient en réalité destinés à un bébé présent dans le wagon, poursuit-il.

« Au début, on pense que c’est commun, banal »

Difficile pour autant de croire à une simple méprise tant le récit de Safiétou est similaire à celui livré par Hortense. La jeune femme s’est décidée à porter plainte après avoir découvert la vidéo devenue virale sur Twitter. « Au début, on pense que c’est commun, banal », explique-t-elle à la barre, vêtue d’un pantalon fleuri, les cheveux tirés en chignon. Elle ne veut pas en faire « toute une histoire », d’autant qu’elle aussi affirme avoir déjà été victime de faits similaires.

Pourtant, ce 2 septembre 2018, lorsqu’elle croise Monir H. dans une rame du RER C, c’est bien de la peur et de la solitude qu’elle ressent « car même si des gens sont présents, on se dit qu’ils ne vont pas intervenir ». Selon son récit, le prévenu s’est assis à côté d’elle, s’est masturbé par-dessus son pantalon puis lui a proposé d’aller avec lui dans un coin, ce qu’elle a refusé. Arrivée à destination, elle en parle à quelques amis puis décide de mettre ça « aux oubliettes car c’est pesant et traumatisant ». Mais en voyant la vidéo, elle reconnaît instantanément l’homme qui y figure. « Ça a été un déclic, raconte-t-elle. Je me suis sentie obligée de porter plainte en voyant qu’il y avait eu d’autres femmes comme moi. »

Un contexte « lourd de sens »

Si le casier judiciaire de Monir H. est vierge, « le contexte est lourd de sens », selon les mots du procureur. En 2008, il avait déjà été entendu pour une affaire d’exhibition sexuelle dans les transports. En 2010, il écope d’un rappel à la loi pour les mêmes faits. Au cours de leur enquête, les policiers ont également découvert qu’il avait été licencié pour avoir embrassé une collègue à son insu et tenter la même chose avec une seconde entre les mois de décembre 2015 et février 2016. Là encore, le prévenu s’en défend. A la barre, il assure sans ciller qu’elles ont trébuché contre une porte et sont tombées dans ses bras. Un expert psychiatre a estimé qu’il avait une « addiction à la fantasmatique sexuel ». « Autrement dit, vous pensez beaucoup au sexe, il envahit toutes vos pensées », résume la présidente.

Les explications alambiquées ont laissé de marbre le procureur. « A chaque fois, il choisit des victimes isolées, c’est bien le signe que tout ceci est réfléchi, ce n’est pas impulsif », a-t-il estimé. Il avait requis 9 mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende pour exhibition sexuelle. « C’est une atteinte à leur dignité, c’est réduire ces femmes à des objets sexuels », a précisé le magistrat, appelant à combattre « l’idée sexiste selon laquelle ces faits ne sont pas graves, banals ».

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