Fillette « martyre de l’A10 » : jugement des parents en novembre 2026.
Les parents de la fillette Inass, retrouvée le 11 août 1987, comparaîtront devant la cour d’assises de Blois du 9 au 27 novembre 2026. La mère, Halima El Bakhti, sera jugée pour « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort » sans intention de la donner, tandis que son époux, Ahmed Touloub, devra répondre de « complicité ».
Trente-neuf ans après la découverte du corps d’Inass, une fillette de 4 ans, sur le bord de l’autoroute A10, à Suèvres (Loir-et-Cher), le 11 août 1987, ses parents comparaîtront devant la cour d’assises de Blois du 9 au 27 novembre 2026, selon les informations obtenues lundi. Classée parmi les cold cases les plus anciens en France, cette affaire connaîtra enfin un procès après des décennies d’enquête et de procédures.
La mère, Halima El Bakhti, âgée de 71 ans, sera jugée pour « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort » sans intention de la donner. Son époux, Ahmed Touloub, 74 ans, sera poursuivi pour « complicité ». D’après un rapport d’enquête rapporté par l’AFP, la mère est accusée d’actes « volontaires, nombreux et échelonnés dans le temps » ayant conduit à la mort de l’enfant.
Au moment de la découverte, le corps de l’enfant présentait de nombreuses marques de violence. Les médecins légistes avaient noté des brûlures causées par un fer à repasser ainsi que des cicatrices correspondant à des morsures humaines, attribuées à une femme. Appelée « la martyre de l’A10 », la fillette n’avait pas pu être identifiée malgré une vaste campagne d’appel à témoins.
La gendarmerie avait diffusé son signalement dans plus de 30 pays et affiché sa photographie dans 65 000 écoles et 30 000 mairies. Malgré ces recherches, deux ordonnances de non-lieu, prononcées en 1991 puis en 1997, avaient laissé le dossier sans suite pendant près de trois décennies.
L’affaire a été relancée en 2018 grâce à un prélèvement ADN effectué sur le frère de la victime dans une autre affaire de violences. La comparaison avec le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) a permis d’établir une correspondance avec des traces retrouvées sur les vêtements et la couverture entourant le corps. Les parents ont été interpellés en juin 2018, sans reconnaître les faits lors de leur garde à vue, chacun accusant l’autre dans un contexte de violences conjugales.
Après plusieurs recours, la Cour de cassation a validé en septembre 2024 les charges, ouvrant la voie au procès, classé « procès sensible » et bénéficiant d’un soutien « organisationnel et financier ». « C’est une première étape pour redonner un peu de dignité à cette fillette qui a perdu son identité », a déclaré à l’AFP Agathe Morel, avocate de l’association Enfance et partage. Pour Me Jean Sannier, avocat de la commune de Suèvres, « chaque jour de plus » sans jugement « est un coup de plus donné à cette petite » à laquelle « toute une petite commune » s’est attachée.

