Festival de la Fiction TV de La Rochelle : Ne qualifiez pas Sandrine Bonnaire d’« actrice intello » !

Après Guillaume de Tonquédec, le Festival de la Fiction TV de La Rochelle a confié la présidence de son jury à Sandrine Bonnaire. « Une immense artiste », rappelait, à juste titre, Stéphane Strano, aux manettes de l’événement lors d’une conférence de presse à l’hôtel de la Monnaie de la capitale charentaise-maritime fin août. Certains pourraient s’étonner de voir l’actrice vue chez Sautet, Rivette, Téchiné et Chabrol présider un festival dédié à la télévision. « Je suis très honorée. J’ai présidé le jury de nombreux festivals de cinéma, un festival de télévision, c’est une première », se réjouit la comédienne et réalisatrice lors d’une rencontre avec une poignée de journalistes.

« Un rôle dans « Le père Noël est une ordure », je l’aurais fait ! »

« J’ai l’air d’être une actrice intello, mais pas du tout », assure-t-elle, tout sourire. « J’aurais adoré jouer dans Bienvenue chez les Ch’tis ! J’aime beaucoup ce que font Dany Boon et Franck Dubosc… Récemment, j’ai croisé Gustave Kervern et Benoît Delépine, je leur ai dit que je voulais tourner avec eux », raconte-t-elle. Et d’insister : « Si on m’avait proposé un rôle dans Le père Noël est une ordure, je l’aurais fait ! »

L’actrice n’aime pas le terme cinéma d’auteur, une étiquette qui lui colle peut-être trop à la peau. « Il y a simplement de bons et des mauvais auteurs, des films qui font recette, et d’autres moins ». « J’ai eu des films qui ont eu du succès, mais je pense que je suis devenue populaire aussi grâce à la télévision », lance-t-elle, rappelant qu’elle a été l’une des premières actrices venue du cinéma à jouer dans une série télévisée, Femme en blanc, en 1996. « Elle a connu un énorme succès. France 2 l’avait produite et TF1 a voulu une suite, c’est assez rare que TF1 rachète un projet… Et j’ai fait la suite », précise Sandrine Bonnaire.

« Tu vas faire une série, tu as besoin d’argent ? »

Elle raconte : « A l’époque, il y avait un snobisme du cinéma par rapport à la télévision. Les gens me disaient : « Ah, bon, tu vas faire une série, tu as besoin d’argent ? » On considérait alors la télévision comme moins qualitative que le cinéma, aujourd’hui, cela ne veut plus rien dire. Je suis contente d’avoir fait de la télévision et j’en fais encore. La télévision et les plateformes sont un super support. Avec les séries, on a le temps d’étirer un récit sur plusieurs épisodes. »

C’est pourquoi l’actrice, réalisatrice, scénariste et productrice se réjouit de découvrir la sélection de 41 œuvres, dont 25 créations françaises inédites en compétition, 10 européennes et 6 francophones étrangères. Les festivals permettent « de découvrir des auteurs, des acteurs, des formes de travail. C’est très enrichissant », salue-t-elle.

Sandrine Bonnaire considère son rôle de présidente « comme une responsabilité » : « Les récompenses sont utiles, elles permettent de mettre en lumière des œuvres. La presse en parle. Quand je reçois un prix, je suis contente », souligne-t-elle. Elle compte partager cette responsabilité avec son jury, « une présidence, c’est avant tout une démocratie », estime-t-elle.

Sur quels critères jugera-t-elle les œuvres de la sélection ? « Je m’attacherais au fond du sujet, mais aussi beaucoup à sa forme, parce que vous avez aussi des sujets simples traités d’une manière formidable. C’est important de saluer le travail d’une écriture, d’une mise en scène, la forme est importante, parce qu’on est tellement envahi par les images qu’il y a des choses qu’on a envie de voir et d’autres pas. »

« La petite vulgarité du formatage »

Sandrine Bonnaire aime ainsi le divertissement : « C’est important de se divertir, et encore plus aujourd’hui, je trouve ! » mais déteste « le travail prémâché, le formatage de certains programmes. Le formatage, je trouve qu’il y a une petite vulgarité là-dedans ». La présidente souhaite procéder par élimination : « On va commencer par éliminer ce qu’on n’aime pas ! Il faut qu’un film m’apprenne des choses, que j’ai une émotion forte, comme rire ou pleurer », explique-t-elle.

A La Rochelle, l’actrice a ses habitudes : « J’ai tourné ici Voir le jour de Marion Laine. J’y ai des souvenirs de vacances avec ma petite sœur Sabine, parce que j’ai un frère qui avait acheté une maison ici, qu’il a revendue. J’ai aussi un très beau souvenir des Francofolies où je suis venue chanter avec Jacques Higelin. »

Mais elle n’aura pas le temps d’en profiter pendant sa présidence : « Je ne suis pas là pour ça, je profite juste de la beauté du port », assure la studieuse Sandrine Bonnaire. Elle y verra notamment pour la première fois les épisodes des Combattantes, la superproduction de TF1 présentée hors compétition. A l’affiche aux côtés d’Audrey Fleurot, Julie de Bona, Camille Lou, et Sofia Essaïdi, elle y joue une belle-mère acariâtre.

« C’est chouette de jouer une bourgeoise étriquée »

« Elle est loin de moi, mais j’adore qu’on propose aux acteurs et actrices, des contre-emplois. C’est chouette de jouer une bourgeoise étriquée. Elle n’est pas que méchante, mais si elle n’avait été que méchante, cela m’aurait plus aussi. Jouer un rôle, c’est enfantin, c’est se déguiser. On dirait que je serais Éléonore et qu’elle serait méchante », souligne-t-elle.

Un projet parmi les innombrables qu’elle mène de front. « Avec ma fille aînée, Jeanne, on a créé A nos amours production, qui va produire des formats courts », annonce-t-elle. L’actrice développe une minisérie qu’elle réalisera et dans laquelle elle jouera avec sa fille aînée, « qui me joue moi jeune », une adaptation du livre Les dessous des chandelles de Valérie Hervo et un film, Le Bruit du silence, coécrit avec une scénariste belge et produit par Dominique Besnehard, « sur l’identité, sur l’abandon, sur les naissances sous X, sur qu’est-ce qui se passe quand on ne sait pas d’où on vient. ».

Sandrine Bonnaire sera aussi à l’affiche de Dance First, un biopic où elle donne la réplique à Gabriel Byrne. Sandrine Bonnaire poursuit aussi sur scène ses lectures musicales avec le trompettiste de jazz, Erik Truffaz. On ne peut donc réduire Sandrine Bonnaire à une « actrice intello », parce qu’elle est avant tout une talentueuse touche-à-tout !