Femme brûlée vive en Gironde : Chahinez disait de son mari « que c’était un monstre »

Mercredi soir, à l’appel de collectifs de défense des femmes, quelque 300 personnes se sont rassemblées à Mérignac, où une femme de 31 ans a été tuée par son ex-conjoint. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Mercredi soir, à l’appel de collectifs de défense des femmes, quelque 300 personnes, amies, voisines ou militantes, se sont rassemblées pendant une heure en silence à Mérignac, dans la banlieue de Bordeaux. C’est dans ce quartier pavillonnaire que Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, est morte mardi soir, après avoir été brûlée vive par un mari violent, suscitant une vague d’indignation.

Mardi vers 18h10, en pleine rue, Mounir, 44 ans, déjà emprisonné pour violences conjugales en 2020, a poursuivi sa femme. Il a tiré plusieurs coups de feu dans ses jambes jusqu’à ce qu’elle s’effondre, l’a aspergée d’un liquide inflammable alors qu’elle était encore en vie et l’a immolée par le feu, selon le parquet de Bordeaux et la police.

« Après, il est venu brûler la maison, il tirait n’importe où »

« On s’est dit que c’était des pétards. Après, il est venu brûler la maison, il tirait n’importe où », a raconté à l’AFP une voisine, Anne. Le garage du pavillon a été brûlé, des effets personnels calcinés sont encore visibles à l’intérieur. L’homme a été interpellé environ une demi-heure plus tard non loin et placé en garde à vue.

Il « était porteur d’un fusil de calibre 12, d’un pistolet à gaz et d’une ceinture de cartouches », selon un communiqué du parquet, qui a ouvert une enquête pour homicide volontaire par conjoint et destruction par incendie.

Il avait interdiction d’entrer en contact avec la victime

Le 25 juin 2020 à Bordeaux, le quadragénaire avait été condamné à 18 mois de prison dont 9 mois avec sursis et mandat de dépôt à l’audience pour « violences volontaires par conjoint » en récidive, sur la même victime, selon le parquet. Il « avait obtenu à compter du 5 octobre » une mesure de placement extérieur spécifique pour les auteurs de violences conjugales. Libéré le 9 décembre 2020, « il était depuis suivi par le service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Gironde ». Cette mesure « comprenait notamment une obligation de soins, l’interdiction d’entrer en contact avec la victime et l’interdiction de paraître à son domicile », selon le parquet.

Chahinez ne disposait pas de téléphone grave danger (TGD) et son époux ne s’était pas vu attribuer de bracelet anti-rapprochement, « pas effectif » à l’époque. « Cela se voyait qu’elle se faisait battre. Mais elle était très discrète, elle disait à nos mères que c’était compliqué », explique Chahima, 19 ans, qui a ouvert une cagnotte via Instagram (TousavecChahinez) « pour qu’elle puisse être enterrée en Algérie auprès de sa famille ».

« Il n’a fait que trois mois de prison et il continuait à circuler dans le quartier »

« Chahinez disait que c’était un monstre. En juin, elle avait eu le larynx écrasé. Il n’a fait que trois mois de prison et il continuait à circuler dans le quartier », ajoute Anne, qui se souvient d’avoir vu la victime avec « deux yeux au beurre noir ».

Le 15 mars, Chahinez avait porté plainte au commissariat de Mérignac contre son conjoint pour une agression commise dans la matinée, selon le parquet. Mais l’intéressé, recherché par la police, était « introuvable ».

En 2020, 90 féminicides ont été officiellement recensés en France, contre 146 l’année précédente.

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