Femme brûlée vive à Mérignac : « Il voulait brûler un peu sa femme pour lui laisser des marques », rapporte le procureur

Frédérique Porterie, procureur de la République de Bordeaux, a fait le point sur l’affaire du féminicide à Mérignac, ce jeudi. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le procureur de la République de Bordeaux a fait le point sur l’affaire du féminicide perpétré mardi près de Bordeaux.
  • Le mis en cause, interpellé juste après les faits, explique qu’il ne voulait pas la tuer mais la punir pour une supposée infidélité.
  • Une mission d’inspection a été demandée par le gouvernement pour vérifier les conditions de contrôle du sursis probatoire auquel était soumis le mis en cause.
  • L’auteur était recherché par la police depuis la plainte déposée par la victime le 15 mars 2021, après une agression.

La mort d’une femme de 31 ans, brûlée vive à Mérignac près de Bordeaux par son ex-compagnon, Mounir B., condamné pour des violences conjugales et contre qui elle avait déposé plainte en mars 2021, a déclenché une vague d’indignations parmi les associations et les élus. Alors qu’
une mission d’inspection a été annoncée par les ministères de la Justice et de l’Intérieur, pour étudier les conditions de remise en liberté et le suivi de cet homme de 44 ans qui purgeait une peine de prison avec sursis, Frédérique Porterie, procureur de la République de Bordeaux, a fait le point sur l’affaire ce jeudi.

Que sait-on sur les faits ?

Mardi, à 18 h 10, plusieurs détonations ont été entendues avenue Carnot à Mérignac. Deux témoins habitant dans la rue ont vu la victime tomber au sol, touchée aux cuisses par des tirs d’arme à feu. Un autre voisin, qui habite face aux lieux du crime, a tenté de s’interposer mais Mounir B. a mis le feu à la victime qu’il venait d’asperger d’essence, avant de le braquer avec un pistolet. Le riverain menacé raconte que l’auteur a calmement rechargé son fusil avant de repartir pour prendre la fuite par l’arrière du jardin du domicile de la victime. Il a mis le feu au garage et au premier étage avant de déguerpir. Mounir B. a été interpellé à 18 h 45 par la BAC, en possession d’un fusil de calibre 12, d’un pistolet à gaz et d’une ceinture de cartouches. Il a été testé négatif à l’alcool et aux stupéfiants.

Où en est l’enquête ?

Les premiers résultats de l’autopsie de la victime montrent qu’elle est décédée « suite à une détresse respiratoire aiguë secondaire à une combustion vitale, rapporte le procureur. On peut penser qu’il a tiré sur la victime et qu’elle était en vie au moment où il l’immolait. » Les analyses toxicologiques et anatomopathologiques sont en cours.

Le fils aîné de la victime, âgé de 13 ans (et issu d’une autre union) a été réveillé par le mis en cause qui lui a ordonné de quitter la maison, après avoir immolé sa mère à quelques centaines de mètres de là. Le jeune garçon a pris la fuite, essayant d’appeler sa mère sur le chemin et a croisé une amie de celle-ci qui l’a accueilli à son domicile. « Il n’aurait rien vu ni rien entendu d’autre », précise le procureur.

Que dit le mis en cause ?

Avant de se retrancher dans le mutisme, Mounir B. a expliqué qu’il était convaincu que son épouse avait un amant et qu’elle le manipulait. Il aurait décidé de la punir « pour les souffrances endurées », sans vouloir la tuer. Il a expliqué aux enquêteurs qu’il voulait « brûler un peu sa femme pour lui laisser des marques ». Il avait stationné sa fourgonnette dès le matin et surveillait ses allées et venues. « Vers 18 heures, elle sortait à nouveau et remontait l’avenue dans sa direction. Alors qu’elle arrivait à son niveau, il sortait de la voiture avec un fusil et tirait deux balles dans les cuisses de la victime, pour prévenir toute fuite. » Il aurait acheté les armes auprès de « clandestins croisés en ville ». Il a été déféré ce jeudi pour une ouverture d’information judiciaire des chefs d’homicide volontaire par conjoint, destruction volontaire par incendie, violences sans ITT avec armes en récidive légale.

Quel est son casier ?

Sept condamnations figurent sur le casier de Mounir B., notamment pour des conduites en état d’ivresse et des violences. Le 25 juin 2020, il a été condamné pour des violences par conjoint en présence d’un mineur à une peine de dix-huit mois de prison dont neuf mois avec sursis probatoire pendant deux ans, avec mandat de dépôt décerné à l’audience. Ce sursis probatoire comprenait une obligation d’exercer une activité professionnelle, une obligation de soins, une interdiction de paraître au domicile de la victime et d’entrer en contact avec elle et l’interdiction de fréquenter les débits de boissons.

« Il a obtenu à compter du 5 octobre 2020 une mesure de placement extérieur spécifique pour les auteurs de violences conjugales, dispositif que nous avons en partenariat avec SOS solidarité. Son écrou a été levé le 9 décembre 2020 », explique le procureur. Il a répondu aux convocations du service pénitentiaire d’insertion et de probation, en apportant les justifications de travail et de soin demandées. Mounir B. a reconnu cependant être rentré en contact à plusieurs reprises avec la victime et, ce en totale contradiction avec les exigences de son sursis.

Où en était la dernière plainte déposée par la victime ?

Le 15 mars 2021, la victime avait déposé plainte au commissariat de Mérignac contre son ex-conjoint pour une agression commise dans la matinée. « Une enquête en flagrance avait été ouverte et malgré les recherches des policiers, il restait introuvable. L’enquête était toujours en cours au moment du drame », commente le procureur.

La mission d’inspection va s’intéresser au suivi du sursis probatoire dont faisait l’objet l’auteur et aux suites données à cette plainte qui remonte à seulement trois semaines avant le drame.

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