Faut-il prioriser les mineurs dans la vaccination contre le coronavirus ?

Les enfants doivent-ils se faire vacciner prioritairement en France ? — Sameer Al-DOUMY / AFP
  • La semaine prochaine, les Etats-Unis devraient autoriser la vaccination pour les plus de 12 ans.
  • Une vaccination sur laquelle se penche également l’Europe, alors que les écoles sont toujours soupçonnées d’être l’un des plus importants foyers de contamination.
  • Faut-il prioriser la vaccination des enfants pour lutter contre ce potentiel cluster ?

Selon le New York Times ce lundi, tout porte à croire que la semaine prochaine, les Etats-Unis, par l’intermédiaire de la Food and Drug Administration (FDA), autoriseront le vaccin de Pfizer-BioNtech pour les adolescents âgés de 12 ans ou plus. L’Agence européenne du médicament (EMA) se penche également sur le sujet en ce qui concerne l’UE et la vaccination contre le coronavirus pour les mineurs. Les mineurs doivent-ils être vaccinés en priorité ? 20 Minutes fait le point.

Que sait-on de la vaccination sur les enfants ?

La vaccination sur les enfants est longtemps restée une inconnue, du fait que les groupes tests sur le vaccin Pfizer-BioNtech n’étaient composés que de personnes âgées de plus de 16 ans. Ainsi, l’essai de phase 2/3 (où on teste le vaccin sur une population volontaire) du vaccin Pfizer s’est fait avec 43.448 personnes de plus de 16 ans, sans antécédents de Covid-19, avec un âge médian de 52 ans. La vaccination n’étant pas encore envisagée pour les enfants à l’époque, et le Covid provoquant bien plus de formes graves et de décès chez les personnes âgées, l’intérêt de cette cible était limité. Au contraire, 21,4 % de participants étaient âgés de plus de 65 ans, et 35 % des participants souffraient d’obésité, deux grands facteurs de risque.

Une fois le vaccin validé, et dans le but notamment d’atteindre l’immunité collective (qui doit compter entre 60 et 90 % – selon les variants – de la population totale, pas seulement majeure), la question s’est donc posée sur les mineurs. Le laboratoire américano-allemand a donc lancé des essais cliniques sur les 12-15 ans, avec 2.260 volontaires américains de cette tranche d’âge. Dix-huit adolescents non-vaccinés ont eu le Covid, contre zéro chez les vaccinés. Le vaccin a parfois entraîné des effets secondaires sans conséquence et similaires à ceux observés chez les jeunes adultes. L’EMA a également commencé son évaluation auprès des 12-15 ans, et « communiquera les résultats de son évaluation, attendus en juin, sauf si des informations complémentaires sont nécessaires », a-t-elle indiqué ce lundi.

Quel est l’intérêt de vacciner les enfants ?

Les enfants sont beaucoup moins touchés par les hospitalisations et les formes graves du coronavirus, étant pour l’écrasante majorité asymptomatiques. Ainsi, le 3 mai 2021, sur les 28.950 patients hospitalisés, seulement 149 avaient moins de 20 ans. Il n’y avait également que 30 personnes de moins de 20 ans sur les 5.630 patients en réanimation. Les vacciner pour les protéger semble donc avoir un intérêt extrêmement limité.

Pourtant, la vaccination des enfants peut servir pour deux raisons. Premièrement, comme déjà évoqué, atteindre l’immunité collective est impossible sans eux. En France, selon Statista, les moins de 20 ans représentaient en 2020 24 % de la population. Difficile d’atteindre ne serait-ce que les 60 % de la population vaccinée sans eux, surtout au vu du nombre de sceptique ou d’anti-vaccin. « C’est un objectif irréalisable, a fortiori depuis l’apparition de variants plus contagieux », note Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique.

Deuxièmement, les écoles et les cantines scolaires. Selon l’Institut Pasteur, les contaminations à l’intérieur représentent 95 % de l’ensemble des contaminations. Or, les cantines sont des lieux clos et sans masque, l’un des derniers endroits où cela est autorisé depuis octobre et la fermeture des restaurants et des bars. La circulation virale est donc importante à l’école. Juste avant la fermeture des écoles, le 26 mars, l’incidence chez les 10-19 ans était de 496 cas pour 100.000 habitants, contre 313 de moyenne nationale. Une fermeture qui coïncide d’ailleurs avec une forte baisse des cas, des hospitalisations et même des réanimations, qui ne faisait jusque-là qu’augmenter.

Faut-il prioriser les enfants dans la vaccination ?

De fait, faut-il changer totalement la stratégie vaccinale ? Au lieu de cibler les populations les plus fragiles, tenter de cibler les populations avec le plus d’incidence afin de limiter la circulation virale. On estime désormais que le vaccin diminue la capacité de transmission du virus, de fait, pouvoir vacciner les personnes susceptibles de plus transmettre le virus pourrait faire baisser les contaminations plus efficacement que vacciner les plus fragiles.

Seulement voilà, cela reste très théorique. « Vacciner une personne fragile et vous êtes sûr de la protéger. Vacciner une personne susceptible d’en contaminer, et vous n’êtes pas certain de l’efficacité », atteste Laurent Chambaud. Pour lui, « il n’y a pas en l’état matière à changer de stratégie vaccinale », stratégie d’ailleurs adoptée par l’ensemble des pays du monde – prioriser par critère de fragilité.

En réalité, le débat risque de ne pas avoir le temps de se poser. L’EMA ayant prévu de rendre son verdict en juin, la vaccination aura normalement déjà atteint l’ensemble ou presque des personnes à risque, « et il n’y aura plus de priorisation ou de problème de quantité de dose », espère Laurent Chambaud. Fin juin coïncide également avec l’arrivée des grandes vacances scolaires d’été, ce qui devrait régler pour deux mois la problématique des repas géants en lieux clos dans les cantines. « Bien sûr que la question se posera pour la vaccination des enfants, que ce sera probablement un complément essentiel, mais il ne faut pas hâter les choses », conclut Laurent Chambaud.

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