Faune sauvage : Dans la forêt de Rambouillet, le brame du cerf se fait entendre et se laisse voir

Un cerf dans la forêt sauvage de l’Espace Rambouillet en pleine saison des amours. — F.Pouliquen/20 Minutes

  • Au beau milieu de l’Espace Rambouillet, dans les Yvelines, au cœur de la forêt, des chanceux peuvent suivre les pas d’un guide pour observer la faune sauvage.
  • Actuellement, c’est un « spectacle » majestueux qui est donné à voir et à entendre : le brâme du cerf. Avec l’espoir, derrière, que ces moments privilégiés transforment les visiteurs en amoureux de la nature.
  • Une visite, menée par Christophe Tétard, a eu lieu lundi, en début de soirée. Et 20 Minutes y était.

Il faut s’asseoir par terre et faire silence pour en profiter pleinement. Là, au pied d’un châtaignier, au beau milieu d’une forêt qui bascule peu à peu dans l’obscurité. C’est du moins l’invitation faite à ses hôtes d’un soir, ce lundi-là, par Christophe Tétard, guide à l’Espace Rambouillet (Yvelines), parc animalier de l’ Office national des forêts (ONF).

La récompense ne tardera pas. Entre les derniers piaillements des oiseaux, le bruit des branches qui craquent et celui des glands qui tombent au sol, retentit un long cri rauque. C’est le brame du cerf, ce rugissement que le cervidé pousse à la saison des amours. Pas n’importe quel cerf, mais le mâle dominant entouré de sa harde de biches – le groupe composé des femelles et de leurs faons – sur laquelle il veille jalousement. Ils sont à une petite centaine de mètres de nous seulement.

Dernier point de Christophe Tétard avant d'emmener ses visiteurs dans la Dernier point de Christophe Tétard avant d’emmener ses visiteurs dans la – F.Pouliquen/20 Minutes

Un ping-pong sonore entre le mâle dominant et ses satellites

Avec un peu d’imagination, on peut approcher le brame de la plainte d’un ado en pleine mue à qui on aurait demandé de faire la vaisselle. Chez les cervidés, au contraire, ce cri doit imposer le respect. « Le mâle dominant le pousse autant pour séduire les biches et rassurer la harde de sa puissance que pour tenir ses rivaux à distances », raconte Christophe Tétard. Car à ses brames réguliers répondent, presque à la même cadence, ceux des cerfs satellites, restés dans la prairie, derrière nous cette fois-ci, et qui ne demandent qu’à prendre sa place.

Nous voici ainsi au milieu d’une curieuse partie de ping-pong sonore [à écouter juste au-dessus]. Un spectacle « prenant », « puissant », commentent Fabrice et Adeline au moment de se lever. Le couple était déjà venu l’an dernier, « mais il pleuvait et les cerfs avaient assez peu bramé, raconte Adeline. Et cette fois-ci, nous avons amené mes parents pour leur faire découvrir ce moment. » Ils finiront la soirée conquis, comme Marie-Bernard, emmenée là par son mari, venu observer le brame du cerf il y a dix ans, déjà à l’Espace Rambouillet. « Tout simplement génial et reposant », glisse-t-elle.

Ecouter, et surtout voir

Il faut dire que la trentaine de visiteurs venus ce lundi soir a été particulièrement vernie. Christophe Tétard le leur dira à plusieurs reprises, et il est bien placé pour le savoir, lui qui participe à l’animation de ces visites guidées spéciales « brame du cerf » depuis une vingtaine d’années maintenant. En même temps, on limite les risques de partir bredouille en venant à l’Espace Rambouillet. Sur les 250 hectares du parc animalier, 180 qui constituent la « forêt sauvage », des bois profonds où vivent en liberté, au milieu des sangliers, chevreuils et daims, une vingtaine de cerfs et une trentaine de biches. « Soit une belle densité, plus forte qu’à l’état naturel », en convient le guide.

Pourtant, il avait préféré jouer carte sur table, à 18h30, au moment d’accueillir ses hôtes. « On ne distribue pas d’hormones avant les soirées. Si les cerfs ont envie de bramer c’est très bien, si c’est un jour sans, malheureusement, on n’y peut rien », glissait-il avec ironie. Une crainte vite dissipée. Les premiers brames retentiront avant même d’atteindre l’entrée de la « forêt sauvage », et il suffira de quelques mètres à l’intérieur pour apercevoir, entre les arbres, les premiers cerfs et leurs bois majestueux.

C’est le point fort de l’Espace Rambouillet : donner à écouter autant qu’à voir. Car entendre le brame du cerf n’est pas si inhabituel pour celles et ceux qui aiment passer du temps en forêt. D’autant qu’il peut s’entendre à plusieurs kilomètres lorsque les vents sont favorables. « Pouvoir observer ces animaux de près, en revanche, est bien plus compliqué », raconte Vincent, 34 ans, qui avait entendu son premier brame lorsqu’il avait 10 ans, « mais sans réussir à voir le cerf ». Ce lundi-là, à pas de loups, Christophe Tétard a pu emmener son groupe jusqu’à cinquante mètres de la harde de biches et de son mâle dominant. « Chose impossible en forêt ouverte, ils nous auraient fuis depuis bien longtemps », dit-il.

Un cerf dans la forêt sauvage de l'Espace Rambouillet en pleine saison des amours. Un cerf dans la forêt sauvage de l’Espace Rambouillet en pleine saison des amours. – F.Pouliquen/20 Minutes

Pas en terrain conquis

A l’Espace Rambouillet, qui voit passer 100.000 visiteurs par an, les animaux sauvages ont dû s’habituer à la présence humaine. Certains tiqueront forcément, encore plus en apprenant que le parc a recours à la chasse pour réguler les populations, et à l’agrainage [le fait de répandre de la nourriture au sol] pour compléter l’alimentation des animaux, en forte densité de population sur ces 180 hectares. Christophe Tétard n’élude en tout cas pas ces sujets, et en parle un peu comme le revers de la médaille de la mission que s’est fixé le parc à sa création, en 1972. Celle de faire découvrir aux citoyens – urbains notamment, Paris n’étant qu’à 50 km – la grande faune de nos forêts tempérées dans leur habitat naturel. Avec l’espoir, derrière, que ces moments privilégiés transforment les visiteurs en amoureux de la nature.

Il n’empêche, « on s’efforce malgré tout de préserver au maximum le côté sauvage de la faune, assure Christophe Tétard. Nous n’entrons jamais en contact physique avec les animaux par exemple, ni ne leur donnons de noms ou de numéros, et nous veillons à ce que nos approches ne les fassent courir. » De fait, on est loin de se sentir en terrain conquis lorsqu’on déambule entre les arbres de la forêt sauvage, même avec notre guide pour ouvrir le chemin. Encore moins lorsqu’un sanglier en alerte nous défie du regard en nous voyant passer à quelques dizaines de mètres. C’est là que les explications sont précieuses. « C’est un mâle, lance Christophe Tétard sans hésiter. C’est souvent le cas lorsqu’on a affaire à un individu qui se promène seul. C’est l’animal que je préfère observer. Il est très curieux, très intelligent, et absolument pas agressif comme on le dit souvent, mais surtout extrêmement peureux. Celui-ci cherche juste à se plonger dans la mare, mais hésite du fait de notre présence. »

Dallas à Rambouillet

Une invitation à reprendre notre chemin sur les traces de la harde de biches, au sujet desquels Christophe Tétard est encore loin de nous avoir tout raconté. En particulier sur la saison des amours. « On parle de cerf dominant, mais en réalité, il ne décide de rien, commence-t-il ainsi. C’est la biche meneuse qui décide de tout dans la harde, celle d’âge mûre et qui connaît, à ce titre, le mieux le territoire. Elle est aussi presque toujours suitée, c’est-à-dire qu’elle a eu un petit dans l’année, ce qui semble lui confier une aura particulière auprès de la harde. Comme si les autres biches étaient certaines alors qu’elle prendra les meilleures décisions pour assurer la sécurité de son faon et, par extension, de la harde. »

De la même façon, c’est bien la biche qui va choisir son géniteur, et pas l’inverse. « Il arrive très régulièrement qu’elle repousse le mâle dominant du moment en espérant mieux du suivant ou de celui qui viendra après encore », explique Christophe Tétard. Une chose est sûre : un mâle dominant ne le reste jamais toute une saison des amours. Cela nécessite une trop forte dépense d’énergie pour pouvoir tenir à distance ses rivaux sur la durée.

A l’Espace Rambouillet, celui observé ce lundi « est le premier que l’on voit aussi nettement bramer cette saison », précise Christophe Tétard. Combien de temps tiendra-t-il encore ? Difficile à dire. « Il reste des daguets [de jeunes mâles d’1 ou 2 ans] dans la harde, alors que le mâle dominant aurait dû les expulser tous à ce stade de la saison des amours », pointe le guide. Un premier signe de faiblesse, peut-être. Christophe Tétard note surtout qu’en face, dans la harde des satellites, l’un des cerfs brame déjà presque aussi puissamment que le mâle dominant.

Affaire à suivre donc. L’Espace Rambouillet fera courir ses visites spéciales « brames du cerf » jusqu’au 4 octobre cette année. A raison d’une par soir sauf le dimanche, mais aussi le samedi et le dimanche matin [tous les détails ici]. Lundi, il restait encore des places.

Planète

Environnement: De l’orage aux micro-insectes, Boris Jollivet capte les sons de la nature

Planète

Biodiversité : Les deux-tiers des vertébrés ont disparu en près de 50 ans, alerte le WWF

8 partages