Fantasy : « Terremer », d’Ursula K. Le Guin, le roman d’apprentissage pionnier

On commence avec Terremer, d’Ursula Le Guin. Le cycle se compose d’une première trilogie, écrite entre 1968 et 1972, puis d’une seconde, publiée en 1998 et 2001. On vous conseille l’intégrale parue au Livre de poche.

Ça raconte quoi ?

L’action se situe dans l’archipel de Terremer. Sur la petite île de Gont, Ged, un jeune chevrier, présente des dispositions à la magie. Sa tante, une sorcière, lui transmet ses quelques connaissances en la matière. Un jour, l’île est attaquée et, grâce à l’intervention de Ged qui parvient à créer un brouillard, les assaillants sont repoussés. Ayant entendu parler de cela, le mage Ogion décide de le prendre sous son aile. Mais le potentiel et l’impatience de Ged conduisent Ogion à lui conseiller d’aller étudier à l’école des mages sur l’île de Roke.

Le premier roman, Le sorcier de Terremer, est conçu comme un roman d’apprentissage. La suite évolue vers de la high fantasy plus traditionnelle, mais toujours avec cette exigence qui caractérise l’écriture d’Ursula Le Guin, qui a récolté – entre autres récompenses – huit prix Hugo dans sa vie. Faits rares pour l’époque, les personnages principaux sont noirs, et le narrateur du livre est parfois une narratrice. On pense notamment aux personnages de Tenar ou de Tehanu, héroïnes des deuxième et quatrième livres.

C’est comment ?

Le premier livre, Le Sorcier de Terremer est une commande du petit éditeur Parnassus Press. Son dirigeant avait demandé à Ursula Le Guin d’écrire un roman pour les jeunes adultes, en lui laissant le choix du sujet.

Bien que non-spécialiste de ce public, l’écrivaine répond parfaitement à la commande et même plus, car le livre et ses successeurs peuvent largement plaire à tous les âges. Les aventures de Ged (et des autres) ont beau avoir été écrites il y a cinquante ans, l’écriture de Le Guin, et les thèmes qu’elle développe, infusés notamment de taoïsme, leur confère une modernité qui a inspiré des générations d’écrivains et d’écrivaines. Parmi ceux-là, Margaret Atwood, l’auteure de La Servante Ecarlate, pour qui la première trilogie est une « exploration mémorable de la relation entre la vie et la mort : sans l’obscurité, pas de lumière ; et la mortalité autorise tout ce qui est vivant à être. »

Quelle magie ?

Les mages apprennent le nom secret des choses. Savoir ce nom vous donne du pouvoir sur la personne et l’élément. En connaissant le nom des vents, les sorciers peuvent par exemple faciliter (ou gêner) la navigation d’un bateau.

C’est adaptable à l’écran ?

Un monde riche, des personnages réussis, des dragons, une intrigue passionnante : pas de doute, Terremer est un matériau de rêve pour une adaptation. Alors pourquoi les deux fois où cela a été tenté, les auteurs/réalisateurs se sont-ils éloignés de l’œuvre au point qu’Ursula Le Guin les a reniées ?

La première adaptation, Les Contes de Terremer, a été réalisée par Gorō Miyazaki, des studios Ghibli, mais dans une version assez éloignée de l’œuvre originale. La deuxième à la télévision par la chaîne américaine SyFy. Si Ursula Le Guin a estimé que le film japonais était réussi, malgré une grande distance avec son œuvre, elle a condamné plus sévèrement la version de SyFy. La véritable adaptation de Terremer reste donc à écrire.