Fantasy : « Le royaume des anciens », de Robin Hobb, « diamant dans un océan de zircons »

On pourrait dire qu’il s’agit de l’une des plus grandes sagas de fantasy jamais écrites : Le Royaume des Anciens, de l’américaine Robin Hobb. Publié entre 1995 et 2017, le cycle a débuté comme une trilogie, dite de L’assassin royal, écrite à la première personne, du point de vue de Fitz. Depuis, l’histoire de l’assassin s’est enrichie de deux autres trilogies, The Tawny Man Trilogy (L’assassin royal, deuxième cycle) et The Fitz and the Fool (Le fou et l’assassin).

Une trilogie et une tétralogie complètent le cycle du Royaume des Anciens, Les aventuriers de la mer et Les cités des Anciens. Fitz n’est pas présent dans ces histoires-là, qui se situent loin des Six Duchés (mais dans le même monde) et peuvent se lire indépendamment des autres – vous pouvez même ne pas les lire, mais elles valent le détour. En tout, on compte seize romans qui tournent autour des 1.000 pages chacun. Vous aurez de quoi faire !

Si l’idée d’avaler 16.000 pages vous semble un peu décourageante, vous pouvez vous contenter de la première trilogie, L’assassin royal, ou des Aventuriers de la mer. Pour les découvrir, on vous recommande les intégrales J’ai Lu, qui respectent le découpage initial des ouvrages. La première trilogie a également été adaptée en BD aux éditions Soleil.

Ça raconte quoi ?

Un jeune garçon de 6 ans, fils naturel du prince Chevalerie, héritier de la couronne des Six Duchés, est déposé aux portes du château royal par son grand-père maternel qui ne veut plus s’en occuper. Il est pris en charge par le responsable des écuries du prince qui le nomme Fitz. Pour éviter le déshonneur, le prince Chevalerie renonce à sa position d’hériter et s’exile. Son père, le Roi Subtil, ordonne que Fitz soit éduqué, protégé et, secrètement, formé comme assassin au service de la couronne. L’histoire est racontée à la première personne, du point de vue de Fitz.

C’est comment ?

On ne va pas tourner autour du pot : cette saga est un chef-d’œuvre. D’aucuns pourraient toutefois regretter quelques longueurs ici ou là, mais elles correspondent souvent aux atermoiements internes de Fitz. L’intrigue est de toute façon suffisamment puissante pour faire pardonner quelques passages superflus.

Fin connaisseur, George R.R. Martin dit des romans de Robin Hobb qu’ils sont « des diamants dans un océan de zircons. » Si l’admiration de ces deux géants de la fantasy est réciproque et si par son ampleur et sa qualité, Le Royaume des Anciens est totalement comparable à la saga du Trône de Fer (encore que le cycle de Robin Hobb est terminé, lui !), la comparaison a ses limites. Là où la saga de Martin fait la part belle aux intrigues politiques, empreintes d’une grande violence, celle de Robin Hobb explore davantage la psychologie et les traumas des personnages, et en premier lieu ceux de Fitz. Et puis les personnages de Robin Hobb ont en général une durée de vie assez supérieure à celle des personnages de George R.R. Martin !

Quelle(s) magie(s) ?

Deux magies principales parcourent l’univers du Royaume des Anciens, l’Art et le Vif. La première est une magie noble, qui est essentiellement l’apanage de la famille royale, les Loinvoyant, mais des individus lambda peuvent la posséder avec une force variable. L’Art permet de communiquer mentalement avec quelqu’un qui le maîtrise, mais aussi d’influencer les pensées et les émotions des autres.

Le Vif est une magie honteuse et ceux qui la pratiquent sont persécutés. Elle permet de se lier à un animal et de créer un lien très fort avec celui-ci. Les détracteurs du Vif estiment que les hommes et les femmes qui y recourent s’avilissent et deviennent eux-mêmes des bêtes. En réalité, les échanges entre humains et leurs bêtes de Vif sont beaucoup plus complexes que cela. Fitz se lie avec plusieurs animaux au cours de sa vie, mais principalement avec un loup, Œil de nuit. Cette relation est d’ailleurs peut-être la plus belle de toute la saga.

C’est adaptable à l’écran ?

Les aventures de Fitz sont suffisamment riches pour nourrir un bon script. Mais cela changerait sans doute énormément la nature de l’œuvre. Les magies de l’Art et du Vif sont en effet essentiellement mentales, donc pas forcément très simples à retranscrire à l’écran. Et l’abus de voix off peut nuire à la santé ! De plus, une adaptation pourrait faire perdre tout l’aspect introspection de Fitz, qui est l’une des plus grandes richesses de cette saga écrite à la première personne.

Robin Hobb n’est en tout cas pas opposée à l’idée d’une adaptation. Dans une interview au Point de 2018, voici ce que l’écrivaine déclarait : « En ce qui concerne l’adaptation de mes livres, j’aurais besoin d’être impliquée et d’avoir confiance envers les équipes du tournage. Je suis attachée à mes personnages qui sont presque mes meilleurs amis. On m’a proposé beaucoup de choses, mais ça n’allait pas du tout. Je n’arrive pas à imaginer un Johnny Depp ou un Harrison Ford incarnant mes héros, car on ne verrait qu’eux… Cela dit, les choses sont en train d’évoluer avec les nouveaux acteurs comme Netflix. Je suis assez optimiste… » Qui s’y colle ?