Face aux dystopies, des auteurs et des scientifiques s’unissent pour réécrire des aventures spatiales plus positives

À chaque film futuriste, un scénario apocalyptique ou dystopique. Celui d’une poignée d’humains qui fuit la Terre pour rejoindre ou conquérir un environnement plus hostile. « Amazonies Spatiales est né d’un sentiment de panne des imaginaires du futur », analyse François-Xavier Petit, historien et directeur général de Matrice, l’institut d’innovation porteur du projet.

Aux côtés de Claudia Del Prado, responsable innovation, ils désirent réinventer les imaginaires spatiaux du futur en mêlant science, création littéraire et web 3, grâce à l’apport d’une communauté. Un projet ambitieux, qualifié par ses créateurs de « multiversel » – une contraction entre multiverse et universel – qui soulève une question : Comment s’approprier notre univers autrement que sur le mode de la conquête ou d’une planète B ?

« Si le futur est celui d’extractions sur Mars ou sur la Lune nous avons perdu », alerte François-Xavier Petit, soucieux de ne pas reproduire les erreurs du passé. Partenaire de l’ESA, il rappelle qu’une autre voie est possible : « 80 % du travail de l’Agence spatiale européenne est en fait tourné vers la Terre ». Et non vers la conquête.

Une œuvre ancrée dans la réalité

Qui veut voyager dans l’espace doit choisir avec soin son équipage. Pour écrire des récits prospectifs basés en 2075 – une date suffisamment lointaine pour pouvoir encore changer le cours de l’Histoire – la même sélection s’impose. « Le futur est un sujet beaucoup trop sérieux pour le laisser aux seuls auteurs de SF, poursuit-il. Nous souhaitons faire monter dans la même fusée des gens qui ont des savoirs et des compétences extrêmement différents ».

D’ici le 20 février prochain, Matrice compte donc sur le recrutement de quinze plumes, ainsi que trente experts et scientifiques pour conseiller les auteurs. Puis, débutera une résidence physique de création littéraire et scientifique de quatre mois. « On va faire vivre aux auteurs un certain nombre d’expériences spatiales pour qu’ils produisent une œuvre ancrée dans la réalité », décrit François-Xavier Petit, enthousiaste.

Une résidence itinérante

Le camp de base sera dans les locaux de Matrice dans le 15e arrondissement de Paris. Mais cette résidence se veut itinérante. Des déplacements au Centre des astronautes européens à Cologne (Allemagne), au Centre spatial de Toulouse ou encore au Centre spatial guyanais de Kourou sont programmés. Depuis un serveur Discord ouvert à tous, une communauté pourra interagir avec eux, pour penser les récits du futur qui feront l’objet d’un livre, publié aux Éditions Bragelonne, à l’horizon 2024.

« Pour sortir de la dystopie et imaginer un futur souhaitable nous avons besoin du collectif », observe Claudia Del Prado Sartorius. À l’issue de cette résidence est prévu un drop de NFT. Une DAO (organisation automne décentralisée) pourra alors contribuer à l’évolution des récits.

« C’est parce que l’on aura construit ces imaginaires et qu’on les aura rêvés très fort sur plusieurs générations, que l’on pourra faire advenir un futur heureux dans notre société », insiste François-Xavier Petit, confiant en l’avenir. Utopiste ? Peut-être. Mais selon lui, « le rêve et l’utopie sont les enjeux premiers qui rendent demain possible ». La preuve. « On n’a pas trouvé la fusée spatiale d’un coup, il a fallu rêver la Lune pendant très longtemps ». À méditer !