France

Fabrice Leggeri, eurodéputé RN, sous enquête pour complicité de crimes contre l’humanité

L’eurodéputé du Rassemblement national, Fabrice Leggeri, est sous le coup d’une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité et de torture, selon une source judiciaire à l’AFP. Quelque 82.000 migrants sont morts ou portés disparus depuis 2014, principalement en Méditerranée, d’après l’Organisation internationale des migrations (OIM).


L’eurodéputé du Rassemblement national, Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex, fait l’objet d’une enquête. La Ligue des droits de l’homme (LDH) a obtenu qu’un juge d’instruction soit bientôt saisi pour enquêter sur l’élu soupçonné de complicité de crimes contre l’humanité et de torture, a indiqué une source judiciaire à l’AFP.

Fabrice Leggeri a dirigé Frontex, une agence de l’Union européenne chargée du contrôle des frontières, de janvier 2015 à avril 2022. Il a régulièrement été critiqué par des ONG pour avoir toléré des refoulements illégaux de migrants, se posant comme un défenseur de l’imperméabilité des frontières européennes.

Des investigations ont été ouvertes à la suite d’une plainte. La LDH, à l’origine de cette plainte en 2024, accuse Fabrice Leggeri d’avoir « encouragé » ses agents à faciliter les interceptions d’embarcations de migrants par les autorités libyennes et grecques. L’organisation lui reproche d’avoir « fait le choix d’une politique visant à faire obstacle, quel qu’en soit le prix – en vies humaines notamment – à l’entrée des personnes migrantes au sein de l’UE ».

Après un parcours procédural de deux ans, la plainte de la LDH a conduit, le 18 mars, l’ouverture d’investigations par la cour d’appel de Paris. La chambre de l’instruction a déclaré « y avoir lieu à informer sur les faits tels qu’ils résultent de la plainte avec constitution de partie civile de la LDH », a précisé une source judiciaire à l’AFP.

L’entourage de Fabrice Leggeri a réagi en indiquant qu’il n’était pas informé de ces développements et n’avait donc pas de commentaire à faire à ce stade. Emmanuel Daoud, l’avocat de la LDH, s’est félicité que « pour la première fois, un ou des juges d’instruction français vont examiner les conditions de la responsabilité pénale éventuelle de Fabrice Leggeri dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment ».

Depuis 2014, environ 82.000 migrants sont morts ou portés disparus, principalement en Méditerranée, considérée comme la route migratoire la plus meurtrière au monde, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). Ce chiffre est sous-estimé selon la Mission d’appui de l’ONU en Libye et le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, qui, dans un récent rapport, a dénoncé les « violations graves » subies par les personnes migrantes « détenues arbitrairement dans des centres de détention officiels et non officiels » en Libye.

Depuis, les moyens maritimes de surveillance de Frontex ont été remplacés par des dispositifs aériens permettant de détecter plus tôt les embarcations, et d’intervenir avec les garde-côtes libyens plutôt qu’italiens ou maltais, ce qui a été dénoncé par des ONG.