Explosion d’une poudrerie à Bergerac : Des accidents fréquents sur les sites Seveso

Mercredi, huit personnes ont été blessées par « plusieurs explosions » sur le site de la poudrerie Eurenco à Bergerac (Dordogne), classé Seveso « seuil haut ». Les accidents ne sont pas rares sur les plus de 1.000 sites industriels classés Seveso en France, même si les cas graves restent limités. Si le rôle du réchauffement n’est pas établi dans cet accident, autorités et experts soulignent qu’il va falloir tenir compte de cette nouvelle réalité.

Chimie, raffinage, munitions, engrais… : la France comptait 1.302 établissements Seveso sur son territoire en 2021, dont 691 dits « seuil haut ». Ce seuil est fonction de la quantité totale de matières dangereuses présentes sur site. Cette classification des sites dangereux prend le nom de la ville italienne de Seveso, qui a connu un rejet accidentel de dioxine en 1976.

Catastrophe du site AZF

Cet accident « a incité les États européens à se doter, à travers la mise en œuvre de la directive Seveso, d’une politique commune en matière de prévention des risques industriels majeurs », rappelle le gouvernement. Cette directive a été adoptée initialement en 1982 puis révisée deux fois, la dernière version (SEVESO 3) datant de 2012.

La France s’est aussi dotée d’une loi « risques » en 2003, à la suite de la catastrophe du site AZF, qui a tué 31 personnes à Toulouse en 2001. Elle s’est notamment traduite par une remise à plat de l’urbanisme existant autour des sites à haut risque – avec parfois des expropriations de riverains – et un renforcement de la réglementation.

Une demi-douzaine d’accidents majeurs par an

« Il y a eu un travail significatif effectué dans la plupart des sites Seveso, qui a pris un temps fou, pour certains 10 ou 15 ans, pour recenser tous les facteurs de risques », explique Patrick Chaskiel, chercheur spécialisé dans les risques technologiques à l’université de Toulouse. « Désormais on ne prend plus en considération un seul facteur de risque, on en prend parfois 500 ou 600 ».

« Bien qu’en légère augmentation, les accidents majeurs restent de l’ordre d’une demi-douzaine par an » dans les établissements Seveso, conclut le gouvernement dans son inventaire des accidents pour l’année 2021. Ce sont ainsi 78 accidents et 6 accidents « majeurs » qui ont été recensés l’an dernier.

Les causes profondes

Pour expliquer leur survenue dans les installations classées, l’inventaire distingue les causes premières des causes profondes. Les premières sont des écarts matériels (71 % des cas), les interventions humaines (29 % des cas) et les pertes de contrôle des procédés (23,5 % des cas).

Les causes profondes, lorsqu’elles sont identifiées, ressortent en premier lieu de l’« organisation des contrôles », « l’identification des risques » et le « choix des équipements et procédés ». Les accidents les plus graves sont toutefois beaucoup plus rares : le dernier en date est l’incendie sur le site Lubrizol à Rouen en 2019.

« Supprimer toutes les usines dangereuses »

« Pour réduire le nombre d’accidents, on a comme solution de faire se conjuguer une double pression », intérieure et extérieure à l’entreprise (associations de riverains, ONG, élus…), avance Patrick Chaskiel. « Ou alors il y a la solution radicale, qui est de supprimer toutes les usines dangereuses ! ».

« Dans les installations industrielles, les fortes chaleurs, qu’elles soient caniculaires ou supérieures aux températures observées à la même période, sont à l’origine de nombreux événements industriels, qu’elles en soient la cause ou un facteur aggravant », rappelait le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (BARPI) dans une note publiée en mai. « Le principal phénomène rencontré est l’incendie », soulignait cet organisme gouvernemental.

La chaleur en cause

Dans le cas de l’accident de la poudrerie Eurenco de Bergerac mercredi, les causes ne sont toutefois pour l’instant pas avérées. « On ne peut pas dire que c’est à cause du réchauffement climatique », a indiqué jeudi le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. Mais « personne ne peut nier qu’on a un réchauffement qui met à l’épreuve les Hommes, la nature et les infrastructures. Et donc que c’est toute notre procédure de prévention des risques qui doit être renforcée à l’aune de ce réchauffement », a-t-il ajouté.

« C’est un sujet mais à multiples facettes », estime Patrick Chaskiel. Il observe que la chaleur a de multiples effets, par exemple sur la capacité des ouvriers à porter des équipements de protection lourds. « La chaleur est un facteur à prendre en considération sur différents plans, pas seulement sur celui du réchauffement des matières dangereuses ; ça peut aussi être à prendre en considération sur l’organisation du travail », observe-t-il.