Eurovision 2023: La Zarra représentera la France et promet de « faire le show »

La Zarra, la chanteuse québécoise révélée il y a deux ans par le tube Tu t’en iras, représentera la France à l’Eurovision 2023 à Liverpool (Royaume-Uni). L’information a été officialisée ce jeudi par France Télévisions, mais les discussions entre l’artiste et le service public avaient cours depuis plusieurs mois. « Pour me donner son accord, elle m’a envoyé un SMS me disant : « Ok, on va y aller ensemble et la remporter, cette victoire. » Elle a cet état d’esprit de s’engager en étant décidée à aller jusqu’au bout », raconte à 20 Minutes Alexandra Redde-Amiel, patronne des divertissements de France Télés et cheffe de la délégation tricolore à l’Eurovision.

Lorsque l’on avait interviewé La Zarra fin 2021, à l’occasion de la sortie de son premier album, Traîtrise, on lui avait demandé ce qu’elle pensait du concours musical. Contrairement à bien des consœurs, elle n’avait pas fait la moue en parlant de pari risqué pour une carrière. Elle avait répondu : « Je n’ai jamais pensé à participer à une compétition, mais cela me ferait plaisir de défendre la France, j’irais avec les crocs. »

Marcher dans les pas de Céline Dion et Natasha St-Pier

Un peu plus d’un an plus tard, elle ne changerait pas un mot : « J’ai toujours la même motivation. En tant que Canadienne, l’Eurovision, ça fait rêver. Il y a eu Céline Dion [qui a gagné pour la Suisse en 1988] et Natasha St-Pier [4e pour la France en 2001], c’est une fierté de marcher dans leurs pas », assure l’autrice, compositrice et interprète originaire de Longueuil, près de Montréal.

La Zarra affirme être honorée de défendre les chances de la France, où elle mène sa carrière et où elle vit désormais. Elle ne redoute pas les esprits chagrins qui estimeraient qu’une Canadienne ne soit pas légitime à représenter l’Hexagone. « Le Québec et la France sont des cousins très très proches. On a une grande sympathie les uns envers les autres », rappelle-t-elle.

« Cela faisait deux ans que j’avais envie de travailler avec La Zarra mais, à l’époque, pour elle, ce n’était pas le moment », confie Alexandra Redde-Amiel. La chanteuse était alors en pleine promotion de son disque et ne s’imaginait pas s’investir pendant plusieurs mois dans la préparation du concours.

« Je suis consciente de l’implication que ça demande, confirme l’artiste. J’ai attendu d’être prête, je pense avoir aujourd’hui des qualités et l’expérience nécessaire pour y participer. » Elle concède avoir demandé conseil à son entourage avant de s’engager définitivement : « J’avais besoin d’être rassurée, qu’on me dise que j’en étais capable. Il y a toujours un doute en tant qu’artiste. C’est normal, sinon ce serait présomptueux. »

« Un mélange intemporel de plusieurs répertoires »

La chanson avec laquelle elle concourra à Liverpool sera révélée prochainement. Même son titre est tenu secret. Selon la cheffe de délégation, il faut s’attendre à un morceau « mystérieux, étonnant, différent », à « un mélange intemporel de plusieurs répertoires » dont « des sonorités à la ABBA », avec « de la personnalité » et intégralement chanté en français. La Zarra ajoute que sa chanson sera « dans la lignée du mélange des genres » de son premier album. « Elle peut parler à plusieurs personnes de manière différente, ce sera à chacun de se l’approprier », prévient-elle.

Alexandra Redde-Amiel croit fort à son potentiel. A un tel point qu’elle a convenu que la troisième saison de sélection Eurovision France, c’est vous qui décidez, pourtant annoncée lors de la conférence de rentrée, n’aurait pas lieu cette année. « Les échanges avec La Zarra ont été fatals dans la décision. Elle a toutes les qualités que je recherchais : elle est une artiste complète, avec du charisme, de la voix et la chanson. Elle a une manière d’écrire qui me touche, les mots sont parfois très forts, assassins, transgressifs. La Zarra a mis entre parenthèses l’écriture de son album et moi la sélection nationale », avance la cheffe des divertissements pour justifier ce choix de la sélection interne.

Alexandra Redde-Amiel dit ne pas avoir de stratégie à proprement parler. « J’essaie de ne pas me poser trop de questions et de suivre mon instinct, mon cœur et mes envies », balaye-t-elle. Mais elle a un objectif affiché : « faire le doublé » en remportant l’Eurovision en mai après la victoire de Lissandro à l’Eurovision junior en décembre. Pour y parvenir, il faut donc a minima se demander quelle proposition aurait le potentiel de remporter l’adhésion la plus large et les suffrages du public et des jurys le soir de la finale, le 13 mai.

« Elle peut être tour à tour Brel, Barbara et Dalida »

« L’Europe aime la France pour ses époques, les grands chanteurs qui ont traversé les décennies. Le chic français, l’icône française, ça plaît aussi, poursuit la cheffe de délégation. La Zarra est le condensé de cela, avec une voix et une sacrée personnalité. Elle peut être tour à tour Brel, Barbara et Dalida. »

Quand elle parle du rayonnement français à l’international, ou plutôt de l’imagerie tricolore fantasmée hors de nos frontières, on pense évidemment à la participation de Barbara Pravi en 2021. Avec un titre et une scénographie élégante qui convoquaient et réactualisaient l’aura de Piaf, l’autrice, compositrice et interprète de Voilà avait fini à la deuxième place – le meilleur classement de la France au concours depuis trente ans. 

« Que ça marche ou que ça ne marche pas [les Bretons Alvan et Ahez ont fini avant-derniers l’an passé], on raconte la France et cette ligne éditoriale est importante pour nous. Quand on analyse le marché culturel de l’Eurovision, la tendance est au retour aux sources, au fait de raconter qui nous sommes », estime la directrice des jeux et divertissements de France Télés.

Choisir La Zarra, qui bénéficie d’une certaine notoriété auprès du grand public, n’est pas anodin non plus. Outre son tube Tu t’en iras – dont le clip a dépassé les 18 millions de vues sur YouTube -, elle a coécrit avec Slimane le duo Les amants de la colline, l’un des titres les plus forts du dernier album du chanteur. Shazam révélait dans un communiqué de presse début janvier que La Zarra était l’une des artistes dont le nombre de streams sur Apple Music avait le plus progressé dans le monde entre le 1er décembre 2021 et le 30 novembre 2022 : + 308% par rapport aux douze mois précédents. Cela permet d’espérer attirer une plus large attention médiatique, de s’attendre à de bonnes rotations de la chanson en radio et de s’engager dans le concours avec une figure identifiée des téléspectateurs et téléspectatrices bien avant la semaine de la finale.

« J’ai une approche à l’américaine, je veux que ce soit énorme »

Cela contribue également à entretenir la flamme autour de l’Eurovision, dont le blason ne cesse d’être redoré ces dernières années. Le concours est redevenu tendance, a gagné en respectabilité et se débarrasse peu à peu des préjugés dont il a longtemps été affublé (à commencer par les procès en ringardise). « Plus on fera de bons résultats, plus la marque Eurovision sera intéressante, insiste Alexandra Redde-Amiel. Pour la carrière d’un artiste aussi, c’est extraordinaire. D’ailleurs, pour moi, La Zarra, c’est une star. Quel que soit son classement à l’Eurovision, elle sera une très grande demain car elle a cet esprit de gagnante. »

Ces mots donnent « confiance » et « énergie » à la Canadienne qui espère par ailleurs que sa participation lui ouvrira les portes du marché international. Mais, pour l’heure, elle entend se concentrer sur l’Eurovision : « On veut offrir un beau tableau pour défendre la France. J’ai une approche très à l’américaine, je veux que ce soit énorme, je veux faire le show. » Elle garantit être perfectionniste. On ne demande qu’à voir et entendre ça.